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Voilà, les dés sont joués. La Guinée après avoir raté son 3è rendez-vous avec l’histoire le 23 décembre dernier vient encore à l’image de bon nombre d’états africains de perdre le chemin menant à la démocratie.
Je n’ai certes pas connu le 2 octobre 1958, mais je pense qu’avec ce qui vient de se passer la semaine dernière en Guinée lors de la rencontre entre le groupe de contact international et Dadis, nous pouvons tous être certains que notre chère Guinée revient à la case de départ d’octobre 1958. Ce jour-là, Sékou Touré venait d’affirmer ces “4 Nons” à De Gaulle à savoir: le Non à De Gaulle, le Non à la démocratie, le Non aux droits de l’homme et le Non au développement. Cinquante années se sont écoulées et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts mais la pauvre Guinée n’a toujours pas bougé d’un iota.
Trouvez ci-dessous là où Dadis mènera la Guinée s’il est élu:
Conséquences politiques:
- L’emprisonnement arbitraire et la mise en état de non nuisance de tous les principaux opposants;
- Le manque d’institutions crédibles et représentatives de la population ( assemblée nationale, constitution, forces vives, etc..) qui peuvent réclamer les droits et protéger les plus démunis;
- Le musellement et la censure de toute la presse privée (rappelons-nous la récente interdiction des débats politiques radiophoniques ou télévisés en direct);
- Des possibles divisions au sein de l’armée qui entraineraient des arrestations ça et là dans les rangs et la liquidation d’officiers indésirables (déjà nous n’avons toujours pas de nouvelles des officiers emprisonnés sur l’île de Kassa) ;
- Un recrutement désordonné et régionaliste au sein de l’armée pour favoriser le contrepoids des ethnies mises à l’écart;
- Une instabilité généralisée et une recrudescence des complots permanents (rapelons-nous la récente fausse alerte d’attaques aux frontières);
- Renforcement du sentiment régionaliste ou ethnique au sein de la population dû aux décisions de deux poids deux mesures de la junte. Situation qui pourra conduire le pays vers une guerre civile.
Conséquences économiques:
- Un possible isolement par la France et le reste du monde. Dans ce cas la Guinée reviendra à la case de départ comme je viens de le dire tantôt;
- Des grèves illimitées et des désobéissances sociales accrues dans les différents secteurs de l’économie entrainant une perte de contrôle de l’Etat sur les indicateurs macro-économiques;
- Manque criard d’eau et de courant même dans la capitale; ces deux denrées sont désormais quasi inexistantes, alors qu’il y en avait sous l’ère Conté;
- Envolée du prix des produits de première nécessité et exode massif de Guinéens vers l’étranger, tous du coup causés par le poids insupportable des sanctions, de l’isolement, du poids de la dette extérieure et du manque de gestion rigoureuse;
- Accroissement de la pauvreté, rappellons que si aujourd’hui certaines familles ne mangent qu’une fois par jour, dans un avenir proche celles-ci ne sauront plus à quel saint se vouer. Cela contraindrait de facto les jeunes à mendier, à voler et à se livrer à toutes sortes de banditisme;
- Multiplication de dépenses pharaoniques et injustifiées au sein de l’armée pour d’une part calmer quelques éléments qui se sentiront oubliés et d’autre part remplir les poches des hauts gradés comme il est de coutume depuis 1984. Facteur qui mettra à sec les caisses de l’Etat au bout de quelques mois;
- Fuite des capitaux: pour mettre leurs avoirs à l’abri de Dadis et de son clan, les opérateurs économiques de la place seront contraints de se délocaliser vers d’autres pays plus sûrs à l’image de Diallo Sadakaadji.
Conséquences démographiques:
- Recrudescence du banditisme et du crime organisé provenant principalement de l’armée (les sorties musclées de certains éléments de l’armée chez des pauvres citoyens en dit quelque chose);
- Profanation des Livres Saints (Coran et Bible) et des lieux de cultes due au silence cruel des grandes organisations religieuses qui pouvaient oser dire non à certaines pratiques (nous avons tous été témoins des souillures causées par le CNDD sur les deux Livres Saints);
- Multiplication de la corruption sur tous les niveaux de l’administration (n’oublions pas que la Guinée occupe déjà la première marche du podium). En ce moment à Conakry, à travers une dispute quelconque vous pouvez enfermer quelqu’un à condition d’avoir ses entrées au camp Alpha Yaya;
- Consommation accrue de la drogue, je voudrais rappeler ici qu’aucune quantité de drogue saisie par le CNDD n’a été incinérée devant le public, ce qui reste à dire qu’elle sera revendue.
Durant les jours qui suivirent le 23 décembre 2008, Dadis avait clamé haut et fort: “Nous ne sommes pas des assoiffés du pouvoir... On n’a pas besoin! D'ailleurs, à l'heure de la mondialisation aucun pouvoir militaire ne peut prétendre s'éterniser au pouvoir”. Pourtant c’est le même Dadis qui disait le 27 Août dernier au palais du peuple: “ J’avais dit que je ne vais pas me présenter en 2009…. Dites-moi objectivement et dans la sincérité est-ce que j’ai le droit d’être candidat dans ce pays ? ….”. N’y a-t-il pas un proverbe de chez nous qui dit: “ tes mains et tes pieds peuvent te mettre en difficulté et que ta bouche vienne te sortir de là, mais hélas quand c’est ta bouche qui te prend en otage, rien ne pourra te libérer”. Désormais plus aucun doute sur la candidature de Moussa Dadis Camara; le CNDD a déjà lancé la campagne tambour battant pour son poulain, que ça soit dans les villes de l’intérieur, les rassemblements pro CNDD à Conakry ou dans les médias d’état. L’opposition elle, n’est pas encore autorisée à en faire autant.
De toutes les institutions qui existent en Guinée, l’armée est non seulement la plus inutile mais la plus nuisible, d’une part elle tue au même rythme que le paludisme et d’autre part elle dépense plus que toutes les autres institutions réunies, il n’est pas question de vous rappeler les immenses sorties d’argents non-justifiées de la banque centrale ou d’autres frais inutiles dépensées depuis 1984. S’il existait un vaccin anti-armée, toute la population devrait s’en procurer, sans oublier les troupeaux à la campagne.
Mais que Dadis sache bien que le Coran ne tolère pas, lui et le CNDD ont tous juré de ne jamais se trahir entre eux et de ne jamais trahir le peuple de Guinée; alors, manquer à ses engagements ne fait-il pas partie de la trahison ?
Boubacar Bah
www.guineeactu.com
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