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C’est un Sékouba Kandia Kouyaté jovial, rayonnant de santé, de vitalité et d’énergie qui nous a reçus pour un entretien à quelques jours de son concert géant pour fêter 20 années de musique en Guinée, en Afrique et à travers le monde.
Le Démocrate : Jouer au football quand on est fils de Pelé, au reggae quand on est Marley ou chanter quand on est descendant de Kouyaté Sory Kandia Kouyaté, pas aisé dirait-on Sékouba ?
Sékouba Kandia Kouyaté : Ce n’est pas facile du tout. Ces hommes ont marqué leur temps. L’histoire garde à jamais leurs noms. Ce sont des « hommes échantillon ». Et à chaque siècle ses hommes « échantillon ». Dieu merci, nous essayons de garder cette image, cette voie. Disons que c’est une continuité qu’il faut suivre de façon respectable. Le papa nous a donnée une bonne éducation. Nous sommes conscients de ce qu’il était, conscients de ce que nous sommes et nous travaillons en fonction. Kandia est un homme modèle, il avait sa voix, son chemin, son destin. Je viens d’un homme célèbre, de succès. J’ai suivi la voie de mon père, sans rester comme Kandia. Je ne peux pas l’égaler, je ne peux pas faire comme lui, mais il est mon identité. Mais moi aussi j’ai fabriqué mon image, ma personnalité, mon identité. J’ai travaillé pour ma célébrité et mon succès. Dieu merci, paix à son âme. C’est comme un cours de classe, le professeur donne un sujet et le développement revient à l’élève.
Le 26 décembre tu invites tout le monde au Palais du peuple pour tes 20 ans de carrière musicale. Qu’est ce que cela signifie pour toi?
Les 20 ans de carrière ? C’est très significatif pour moi. Vous savez la vie a deux voies, deux chemins, positif ou négatif. C’est à l’homme de choisir. Quand on choisit un bon chemin, qu’on se prive de tous les plaisirs et qu’en fin de compte on rencontre cette voie de la réussite ? Vingt ans, ce n’est pas 20 jours, ce n’est pas 20 mois. Il y a eu beaucoup de travail et beaucoup de persévérance. C’est une occasion. Il faut la fêter tout en remerciant tous ceux qui m’ont aidé, épaulé assisté, tous ceux qui m’ont adoré, de près ou de loin. L’homme, c’est son entourage. Ce n’est pas moi qui ai travaillé, mais mon entourage. La Guinée, l’Afrique, le monde, les amis, la famille, tout le monde fait partie. C’est l’occasion de les remercier, de leur tendre la main, de leur obéir pour leur dire que je suis de cœur avec eux.
C’est quand même un concert. Alors, quelles surprises pour le public mélomane ?
Vous aurez beaucoup de surprises ce jour. D’abord j’ai passé toute l’année sans travailler en Guinée. Durant toute l’année 2008, j’ai fait des tournées sur le plan international. Le planning est parti de la cellule familiale pour envoyer le nom jusqu’au-delà des frontières guinéennes, des frontières africaines. Cette carrière internationale entamée depuis longtemps d’ailleurs nous a ouvert les yeux sur la valeur de la culture africaine, particulièrement celle de l’Afrique occidentale, la culture mandingue, particulière dans chaque pays. Le Sénégalais défend le ‘’ mbalax ‘’ comme le jeune ivoirien défend le ‘’ zouglou ». Au Palais du Peuple le 26 décembre prochain, nous allons faire passer le message de nos aïeux qui se transmet de générations en générations, le message de nos ancêtres qui ont fait en 1235, au 13e siècle, la charte de Kouroukan Fouga. Il n’y avait pas l’écriture à l’époque, donc c’est la parole, de bouche à oreille, que les grands pères ont léguée aux papas qui en ont nourris leurs enfants. Nous les enfants aujourd’hui, nous voulons la léguer aux nouvelles générations. L’histoire, on ne peut jamais la gommer. La gomme finira, l’histoire reste l’histoire. Nul ne peut l’effacer.
La culture et l’épopée mandingue à l’honneur. Et avec quelle ambiance ?
On va s’amuser beaucoup. On va s’éclater. On en a besoin, le pays en a besoin, vu la situation actuelle. Ce stress, il faut qu’on débarrasse le pays de ça. Prions tous ensemble pour la paix dans ce pays. Que l’on se donne la main. La Guinée est une terre très bénie. Ce qui se passe, ça ne se passe pas en Guinée seulement. Le monde entier est en crise. La destinée de l’être humain est plus âgée que l’être humain. Aujourd’hui la Guinée doit décoller, la Guinée doit être dans la paix, la Guinée doit être un pays exemplaire de l’Afrique. Toutes les ressources minières ont fait le grand rendez vous sous le sol guinéen. Les hommes aussi doivent faire ce grand rendez vous, se donner la main, pour pouvoir exploiter le sous sol, pour pouvoir exploiter la belle vie. C’est tout à fait normal qu’on se donne la main en se communiquant, en s’écoutant, en s’aimant, en s’acceptant, en se tolérant. Donc ce jour là nous allons chanter l’amour, la paix, la fraternité, le futur, l’histoire. Faire revenir l’esprit en arrière pour s’inspirer de nos aïeux. L’homme c’est les traces. La Guinée est une famille. La main dans la main, peace and love (paix et amour). On a droit à ça comme les autres. Nous qui voyageons, nous voyons ce qui se passe dans certains pays de la sous région qui n’ont pas la chance d’avoir ce que la Guinée a comme ressources minières. Ces gens là essayent d’évoluer dans la cohésion, dans l’entente. Ils se comprennent, s’écoutent, s’acceptent et se tolèrent. Les règlements de compte ne mènent nulle part. Il faut qu’on s’aime. Partout où il y a l’amour, il y a la paix, la gaieté, le plaisir. Dieu a crée l’univers par amour pour le prophète Mohamed (Paix et salut sur lui). Le prophète a plaidé pour nous. Dieu l’a écouté. We need peace and love (nous avons besoin de paix et d’amour).
Sékouba, entre nous, c’est par modestie que tu dis 20 ans de carrière. En réalité tu as commencé depuis longtemps avant 1989. Miriya Koura date de 1979.
Oui, Miriya Koura, mon premier enregistrement. C’était en 1979, après mon premier voyage sur la Bulgarie dans le cadre du festival de l’année internationale de l’enfance. C’est vrai j’ai commencé plus tôt. Je suis né dans une famille de griots. J’ai fréquenté pendant des années les orchestres comme le Bembeya Jazz National, Kaloum Star, Atlantique Mélodie, Sofas Camayenne, Kélétigui et ses tambourinis et l’Ensemble Instrumental National. J’ai formé mes propres groupes Tabaro et Dyagba beat. Tout ça c’est avant 1989. C’est à partir de cette année justement que la maturité est arrivée, la prise de conscience professionnelle. Il fallait se créer une personnalité, une identité. J’écoutais beaucoup Mory Kanté, Salif Keita, Youssou N’Dour, Ismaël Lô et tant d’autres. La Guinée passait en plein dans le libéralisme. En 1989 donc, avec des amis, on a formé « Les Héritiers ». C’est le début de la carrière solo. De 89 à 2009, d’évolution en évolution, beaucoup de choses se sont passées en l’espace de ces 20 ans. J’invite tous les Guinéens et tous les Africains à cet anniversaire. Le fils, le frère, le petit frère qu’ils ont soutenu, supporté, matériellement et moralement, de près ou de distance, a grandi.
Vingt ans de carrière musicale, de tournées mondiales, mais aussi des albums, avec chacun sa particularité, n’est ce pas Sékouba ?
C’est toute une vie, toute une histoire. Kandia Denké ! L’album du début, la fraîcheur, l’album de la transaction, de la révolution au libéralisme. Je l’ai fait avec des amis qui, hélas, ne sont plus de ce monde. Je pense à Tabuley, au grand batteur Mamady Kourouma. C’est un album qui s’est très bien comporté sur le marché. Gnouma Kala, le bienfaiteur, mon deuxième album a, quant à lui beaucoup souffert en Guinée. Sa sortie a coïncidé avec le décès de ma sœur Andrée et l’accident de mes musiciens. Par contre il a beaucoup marché sur le plan extérieur, au Mali particulièrement. Gnouma Kala a été très bien travaillé sur le plan musical avec des touches de Toumani Diabaté et de Cheik Smith. Sarama fut produit dès mon retour de Paris aux environs de 1997. Autre album, autre époque. Lonkacia est l’album qui parle de ma vie, de la vie quotidienne de tout le monde. Je l’ai fait après avoir séjourné aux Etats-Unis d’Amérique pendant cinq ans, de 1997 à 2002. Et tout naturellement il y a ‘’ Sans motif ‘’, l’album du couple Sekouba-Sona Tata, produit dans le studio de Salif Keita de Bamako sous la direction de TEAM production de Mme M’Balia Magassouba. Vous aurez tout ce répertoire le 26 décembre au Palais du peuple, en plus des nouveautés bien sûr.
Comment se porte le couple Sékouba - Sona Tata ?
(Rires). Le couple se porte bien. Everything is clean, right and nice (tout est propre, correct et bien). The love is there, the peace is there (l’amour est là, la paix y est aussi). Tout va bien. Sékouba-Sona Tata, c’est l’amour et la confiance.
Sékouba, terminons cet entretien avec un mot sur l’Ensemble Instrumental National.
(Pensif). L’Ensemble Instrumental National est un patrimoine de la Guinée. C’est notre identité, notre culture. Cet ensemble a signé la paix dans le monde notamment entre le Mali et le Burkina-Faso (Haute-Volta à l’époque). Cet ensemble avec les ballets nationaux a honoré la Guinée. La vie c’est la succession. Les nouvelles générations doivent prendre leurs responsabilités. Il faut saluer au passage les groupes traditionnels comme les Etoiles de Boulbinet, les Espoirs de Coronthie et toutes les nouvelles générations qui s’aventurent à prendre le relais des mains de nos aînés qui fabriquent et jouent aux instruments traditionnels. Je lance un appel à l’Etat pour que cet ensemble dispose des moyens adéquats. J’ai été frappé par l’orchestre symphonique d’Oslo composé de 36 membres avec lequel j’ai joué récemment. Cela m’a beaucoup inspiré par rapport à l’Ensemble Instrumental National. En tant que fils de Sory Kandia Kouyaté, et citoyen guinéen, je me sens concerné par cet ensemble.
Propos recueillis par Ras JediJah Le Démocrate, partenaire de www.gineeactu.com
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