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Hier mardi 19 octobre, jusqu’à 23 h, se déployaient à Cosa, banlieue de Conakry, des processions de bruyants manifestants qui chantaient leur victoire. C’est que le problème de la CENI, autour duquel ils avaient manifesté la veille, avait été réglé. Par un décret publié au journal télévisé, le Général Konaté a, comme nous le lui demandions dans notre article précédent, récusé le président « contesté » de la CENI pour y nommer le sieur Siaka Toumani Sangaré, expert en matières électorales, en séjour dans notre pays depuis dix mois au compte de l’OIF (l’Organisation internationale de la Francophonie). Le Général Konaté est à saluer pour cette décision. Elle est non seulement juste mais aussi bien calculée.
D’abord, selon une radio étrangère, avant d’accepter sa nomination, le nouveau président de la CENI s’était assuré que les deux candidats l’accepteraient. Ensuite, le décret disait que M. Lounsény Camara et Mme Aminata Mame Camara étaient nommés vice-présidents de la CENI. On se rappelle que Mme Camara avait été rejetée par l’un des candidats et M. Camara par l’autre candidat. Le fait de les garder comme vice-présidents assure donc les deux candidats. En outre, le décret n’a pas donné d’ordre de préséance entre les deux. Il n’y a pas de 1er et de 2e vice-président ; ils sont tous les deux vice-présidents, donc au même niveau. Ils se valent, se contrebalancent et équilibrent donc la situation.
Tout cela est politiquement bien fait, et nous en remercions à la fois le Général Konaté et les conseillers politiques qui l’entourent. Mais au moins deux inquiétudes demeurent.
La première inquiétude est autour du respect de la date du 24 octobre. On doit la maintenir. Or nous savons combien certains veulent retarder l’élection. Cette première inquiétude est donc de savoir si la CENI, avec son nouvel homme fort, parviendra à résister jusqu’au bout et aller effectivement à l’élection à la date prévue, le 24 octobre. Cette inquiétude aurait pu être évitée si le décret avait fait un rappel dans ce sens. En tout cas, les quatre jours qui restent suffisent pour aplanir les légers dysfonctionnements qui restent, comme il ne s’agit, essentiellement, que de débloquer des fonds, acheminer certains matériels et envoyer le personnel électoral. De toute manière, c’est surtout en respectant cette date que le Général Konaté aura respecté sa parole.
La deuxième inquiétude, plus grande, autour du comportement de nos militaires et de nos responsables au sommet de l’État. Cette décision aurait dû être prise depuis très longtemps. Mais elle ne le fut qu’au lendemain des manifestations de la jeunesse à Cosa, Bambéto et Hamdallaye, qui ont provoqué de nombreux dégâts matériels et humains. Il y aurait eu des morts et des dizaines de blessées. Des témoins oculaires ont assisté à la barbarie des militaires, comme par le passé, qui entraient dans les quartiers, bastonnaient les gens, arrêtaient des innocents, volaient tout ce qu’ils pouvaient et violaient des femmes. Un médecin a affirmé avoir eu à traiter une femme enceinte qui a été violée lors de ces affrontements.
Ici, l’inquiétude est double : Quand nos frères en uniforme cesseront-ils de se comporter comme des bêtes à l’endroit de leurs concitoyens, surtout les femmes : leurs filles, leurs sœurs, leurs tantes, leurs mères et leurs belles-mères ? Et quand nos chefs se comporteront-ils en responsables pour prendre les bonnes décisions à temps ? Le Général Konaté n’avait pas besoin d’attendre qu’il y ait des manifestations pour résoudre le problème. Lors de l’émission intitulée « La Grogne électorale » diffusée par une radio privée, un intervenant a dit hier matin que certains Guinéens se comportent comme des tortues : il faut chauffer le derrière pour que ça marche. Les journalistes ont reproché son langage ; mais il semble bien avoir raison.
La rédaction de www.guineeactu.com
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