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Le second tour de la présidentielle guinéenne s’enlise. Et ce ne sont pas les nominations récentes de M. Tibou Camara comme ministre d’Etat et de M. Louncény Camara à la tête de la CENI qui sont de nature à détordre le cambouis politique guinéen déjà fortement agité.
A l’allure où vont les choses, tout porte à croire, à défaut d’une solution urgente, pragmatique, consensuelle, que tout peut arriver.
La scène politique actuelle guinéenne est une parfaite illustration de l’ « irresponsabilité des responsables » : Campés sans concession sur leurs positions, croyant chacun détenir la vérité au sujet d’une situation de blocus qu’ils ont instaurée à force de tirer la couverture à eux, les acteurs politiques (Général Konaté, JMD, CENI, Cellou Dalein, Alpha Condé et leurs alliés) du pays, plus par avidité du pouvoir, que par manque d’inspiration (peut-être) ou faute de moyens (plausible), ne semblent pour l’instant réaliser toute la gravité des conséquences de leur inaction qu’ils font courir à leur pays.
Hier, unis pour fustiger nos dictateurs, nos dirigeants politiques, aujourd’hui aux affaires, se livrent une guerre sans merci pour le monopole du pouvoir ; cruellement incapables de s’entendre pour sortir la Guinée de l’ornière de 50 ans dans laquelle les différents régimes dictatoriaux successifs l’ont plongée. Nul ne voulant concéder le moindre acquis personnel pour l’intérêt de la nation. Ou on se rejette la patate chaude, ou on crie au loup. Mais, il leur échappe qu’à jouer avec le feu, on finit toujours par se faire bruler.
Le Général Konaté responsable en premier de cette transition, s’est à nouveau emmuré dans son mutisme habituel, inquiétant, lequel expliquerait peut-être toute sa perplexité. Pis, Konaté fait montre d’un désintérêt pas exempt de tout reproche; à déléguer aux autres les tâches qui relèvent de ses propres attributs et à n’en garder pour soi que les prérogatives, l’on se doute de l’implication réelle et de la compétence de nos responsables. Et au sommet de l’Etat, ce questionnement est logiquement à porter sur la nature même du patriotisme de ces derniers. Les deux (2) camps politiques (UFDG, RPG) en course, gonflés à bloc par les fantasmes et les discours jusqu’au-boutistes de leurs leaders, se regardent en chiens de faïence, chacun attendant juste l’opportunité d’une élection pour s’empresser de crier victoire. Entretenir un tel état d’esprit est irresponsable de leur part et périlleux pour eux-mêmes, pour la suite. JMD ? Censé jouer aux Guides, se la joue perso. S’il ne se livre pas, sentant sa fin politique proche, à d’obscures manœuvres politiques pour assurer ses arrières. Le CNT ? Avec la célèbre Hadja Rabiatou aux commandes malgré son volontarisme, manque d’autorité et ne pèse pas vraiment sur les débats. La CENI ? Maître d’ouvrage à priori, de coups tordus à versatilité, s’est totalement décrédibilisée et n’est plus à même d’organiser des élections acceptables. Le peuple ? Abreuvé de discours partisans à coloration ethnique commence à se lasser et se doute plus les jours passent. Le pays tout entier vit au rythme des soubresauts imprévisibles de ces fameuses élections. Le bateau Guinée vogue et visiblement il n’y a pas de commandant à bord.
Par delà ce constat peu réjouissant, l’on assiste là à une mue démocratique difficile d’une société profondément marquée par plus d’un demi-siècle de dictature, de corruption, de mal gouvernance. Exorcisation douloureuse à une période charnière de son histoire, l’enjeu de cette transition pour la Guinée est fondamental pour la suite de son existence. D’où tout l’intérêt de mettre les bouchées doubles pour ne pas la rater.
A mon humble avis, pour sortir de cette impasse, il nous faut deux (2) choses. Et cela est encore possible :
1°- D’abord une solution guinéo - guinéenne de sortie de crise
Pour être efficace, la réponse à la question de l’organisation des élections du second tour devrait venir de l’intérieur même, sans immixtion de l’étranger. Et il est impératif de régler la question de l’organisateur du second tour, autrement il est suicidaire d’aller aux élections.
Pour cela, les leaders politiques guinéens doivent être capables dans un premier temps de lâcher un peu de lest de leur avidité du pouvoir, de leur ego et de la haine qu’ils se vouent pour se mettre autour d’une table et rompre le dialogue de sourds au nom de l’intérêt national. Il devrait leur paraitre incongru d’aller à Ouaga pour se faire donner des leçons de démocratie par un cynique dictateur.
Puis dans un deuxième temps, créer un organe ad hoc chargé d’organiser le second tour.
Concrètement….
Très concrètement, il faut mettre sur pied très rapidement un Organe électoral transitoire hybride voué à l’organisation du second tour. Une sorte de comité national exceptionnel, ou conseil électoral national (qu’importe en fait le nom qu’on lui donnera pourvu qu’il organise correctement les élections) mandaté exclusivement à l’organisation du second tour. Il s’agit plus précisément d’un organe électoral collégial composé paritairement de membres issus des différents organes politiques institutionnels : Ceni, gouvernement, primature, présidence, CNT et un léger quotas supérieur (3 membres maximum dans tous les cas) accordés aux deux (2) parties politiques (RPG et UFDG) en lice.
2°- Implication de la communauté internationale seulement après
Cet organe électoral transitoire pour le second tour devra prévoir des rôles précis de rapporteur, de médiateur, de facilitateur à la communauté internationale suivant les cas, pour accompagner le processus électoral et non le chapeauter. On ferait appel à la fois à la CEDEAO, à l’Union Africaine et à l’ONU.
Une CEI (commission électorale internationale) comme certains l’appellent de leurs vœux n’est pas une solution idoine, car cela dénoterait d’une perte de souveraineté nationale et ferait croire à l’existence d’une situation alarmante, en plus d’être irréaliste : en témoignent nos moult appels du pied d’une force d’interposition internationale restés vains au lendemain des tueries du 28 septembre 2009 (encore dans nos mémoires), alors que cette nécessité s’imposait. Je vois mal dans le contexte politique actuel guinéen quoiqu’inquiétant, la communauté internationale (CEDEAO, UA, ONU, Burkina Faso, France, USA, y compris), en plus d’avoir pris en charge presque tous frais payés nos élections, jouer les premiers rôles pour nous aider à faire élire notre président.
C’est seulement à ce prix là – d’abnégation politique de nos dirigeants au profit de l’intérêt national – que nous pouvons espérer des lendemains électoraux sereins et que la Guinée réussira sa transition historique.
A. Oury Baldé, France Etudiant guinéen Correspondant de yalosse.info
www.guineeactu.com
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