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Les forces dites vives (associations, syndicats et parfois Partis politiques) ont imposé un chronogramme, avec semble-t-il l’assentiment implicite de nos compatriotes, ou plus exactement de ceux qui se sont constitués en groupes de pression. La Société Civile dans toutes ses dimensions a fait preuve de détermination. C’est une première. L’énergie déployée est louable. Mais les tergiversations délibérées du CNDD et la duplicité contrainte ou délibérée du chef de la junte ont engendré des retards. C’était d’ailleurs le but visé par le clan militaro-ethnique du commandant Moussa KEITA secrétaire permanent du CNDD. Dans l’immédiat, on peut dire qu’il a atteint le but qu’il s’était fixé. Reste celui de l’immense majorité du pays.
Cela dit, il y a des ambiguïtés à lever quand à la notion de « Forces Vives » et de ce que doivent être la place et le rôle des groupes qui la composent. Le chronogramme est correct, mais le nombre et l’ordre dans lequel les élections devront se faire, est à mon avis discutable, peut être même dangereux.
Référendum, élections législative et présidentielle.
Les modes d’expression ainsi proposés à nos concitoyens sont tous souhaitables, utiles, nécessaires, parfois indispensables. Ils constituent les seules procédures acceptables qui permettent à une communauté humaine organisée, quelle que soit son extraction sociale, son appartenance ethnique, religieuse, culturelle… de révéler pacifiquement ses préférences lorsqu’elle est confrontée à la multiplicité de l’offre politique. Nos compatriotes n’y échappent pas. En tout état de cause, ils savent voter. Ils savent reconnaître la ou les personnes crédibles susceptibles de leur proposer un projet allant dans le sens de l’amélioration de leur condition de vie.
Les populations guinéennes ont une idée précise de ce qu’ils veulent ou ne veulent pas. Personnellement, je n’ai aucun doute, ni inquiétude sur ce plan Ils sont dans l’attente de pouvoir désigner eux-mêmes, librement dans la transparence, la liberté et l’honnêteté, la personne qui devra incarner la Direction Politique du pays pour une certaine durée. Inutile de chercher à s’y soustraire par de petites combines indignes. Plus on recule l’échéance, plus l’impatience grandit et la colère avec. Car, il apparaîtra alors clairement que quelques bandes ethniques militarisées installées au camp Alpha YAYA, entendent conserver par la violence, le pouvoir que le pays refuse de leur confier. Ce sentiment est déjà perceptible dans les villes et campagnes.
Faut-il pour autant une cascade d‘élections ?
Actuellement, le pays n’est ni incarné, ni gouverné. Il continue d’être pillé, humilié et traîné dans la boue. Une ou deux bandes armées conduites par les PIVI, Sékouba KONATE, Moussa KEITA ou Tiégboro CAMARA et d’autres, ne sont pas la Guinée. Les incessantes exactions qu’ils infligent à nos populations créent peut être une soumission apparente, mais n’efface pas le désir d’en découdre avec cette bande ethnique militarisée. Et la détermination à désigner par un vote libre et transparent celui ou celle qui doit occuper la Magistrature Suprême reste intacte. Ce qui nous renvoie à la question de l’élection présidentielle. Mais, précisons d’abord ce que devrait être la place de chacune des composantes des « forces » dites vives.
La notion de « force vive », pour utile qu’elle soit, est porteuse de confusion quant au rôle qui revient légitimement à chacune de ses composantes. Alors, quelles sont ces composantes ?
Il y a d’une part ce qu’on appelle les organisations de la Société Civile (associations, syndicats, organisations humanitaires, …), et les Partis Politiques vrais, représentatifs de l’ensemble du pays. On peut être d’accord ou pas avec eux. Je désapprouve la démarche et la philosophie de certains d’entre eux. Mais, il est incontestable qu’ils sont tous plus légitimes que le CNDD et le gouvernement à parler au nom du pays. Ils ont des militants qu’ils n’ont pas contraint à les rejoindre. Ils sont capables de mobiliser leurs éventuels électeurs. Ce que ni la junte, ni le gouvernement ne sont en mesure de faire sans puiser dans les ressources publiques ou violenter les populations.
La junte n’a ni projet, ni adhésion populaire. Elle utilise les ressources et les armes contre ceux qui les ont produites par leur labeur, c’est-à-dire nos populations. Par ailleurs, certains commandants laissent entendre que si on exigeait d’eux des élections maintenant, ils livreraient nos populations aux hommes de troupe dont chacun sait que ce sont pour la plupart, des drogués et des criminels. Le commandant Moussa KEITA secrétaire permanent du CNDD et certains autres commandants sont sur cette ligne. Ce qui me fait dire que la junte est IMMORALE, et que le CNDD l’est tout autant. Je le maintiens. Je souhaite que tous nos compatriotes, quelle que soit leur appartenance, se convainquent de cela et se posent par exemple les questions suivantes :
- Pourquoi le CNDD parlerait-il au nom du pays ? De qui tient-il ce droit ?
- Dadis signe ici et là, des contrats et des décrets comme si le pays lui en avait donné l’autorisation. En quoi sa signature engagerait-il la Guinée ? Nos compatriotes, faute d’éducation ou par insuffisance d’éducation, ont l’air de croire qu’un décret est de nature « divine ».
Les partis politiques représentatifs vrais, ne sont pas aussi nombreux qu’on le prétend. Il n’y en a pas plus de quatre ou cinq. Les autres, tous les autres, ne sont que des sigles et récépissés ministériels. Il suffit de se rendre à Conakry, y faire une visite nocturne au camp Alfa YAYA. Le CNDD vous délivre un récépissé et un sigle de « parti politique ». Exemple : quelques Guinéens, un peu fatigués de Paris se font recevoir par Dadis. Ils reviennent à Paris, pourvus d’un sigle et d’un récépissé. Et hop ! un communiqué balancé sur le net, on s’auto-désigne président d’un parti dont on est le seul et l’unique membre.
Il en va ainsi exactement à l’intérieur du pays. Résultat : il y a plus de « partis politiques » que de sièges de députés à pourvoir. Fait unique en Afrique Noire.
La Société Civile (syndicat, association…) n’a pas vocation à fixer le calendrier politique d’un pays, même si c’est la Guinée. C’est le rôle exclusif et légitime des partis politiques représentatifs. Un ou une syndicaliste, un ou une présidente d’association n’incarnent que ceux dont ils tiennent leur mandat. La syndicaliste ne représente que ses adhérents.
En Guinée, il me semble nécessaire de relativiser la notion de syndicat et de syndicaliste. Encore une fois, le syndicalisme est inséparable des rapports de travail de type salarial. D’un côté l’employeur, de l’autre les salariés dépourvus de moyens de subsistance autre que son travail ou sa force de travail ; le tout s’inscrivant dans le cadre d’un contrat de travail. Or chez nous, mise à part l’administration ruineuse, il n’y a pas de travail salarié. Les entreprises y sont marginales. Les supposés « opérateurs » économiques ne sont pas des entrepreneurs. Ce sont des « négociants » liés aux fonctionnaires, c’est-à-dire à l’administration. L’essentiel de leurs activités se limite à l’importation de pacotilles asiatiques. Pour cette opération, ils emploient les membres de leurs familles. Le salariat est donc très marginal. Si à cela on ajoute que les syndicalistes sont presque toujours nommés par les gouvernements auxquels ils sont eux-mêmes liés par des liens de parenté, alors, on voit aisément en quoi il est stupide de demander par exemple à une syndicaliste de fournir la liste des personnes « ministrables » ou premier « ministrables ». Les salariés sont ultra-minoritaires en Guinée. S’il est normal de consulter des syndicats, il est incompréhensible que des syndicalistes se prennent pour des hommes et femmes politiques. Il y a là un mélange de genre malheureux. Mme Fatou BANGOURA est une militante politique. Elle est une notabilité du RPG. En cela, elle est respectable. Quand Mme Rabiatou Sera DIALLO se déguise en syndicaliste pour louanger le CNDD et Moussa Dadis, il y a un problème.
Au total, selon moi, seuls les partis politiques représentatifs ont à fixer le calendrier et l’ordre des élections. Car leur finalité, c’est de conquérir le pouvoir en vue d’appliquer la Politique qu’ils croient bien pour leur pays. En acceptant le mélange de genre, ni Sidya, ni Alpha Condé, ni Cellou Dalein, ni FALL et les autres n’ont joué leur rôle normal d’hommes politiques. Les syndicats et associations doivent rester dans leur périmètre, à savoir demander des concertations aux partis et hommes politiques représentatifs, susceptibles d’arriver au pouvoir, ou se contenter des revendications catégorielles. Mais ils ne représentent en aucune manière le pays.
Alors, se pose la question de savoir quels sont les partis politiques représentatifs ?
Les élections passées ne sont pas pertinentes pour déterminer la représentativité d’un parti. Mais certains indices solides permettent de dire que tel parti ou tel autre est représentatif ou pas. Exemples : Personne ne peut nier qu’une fraction du pays se reconnaît dans le RPG. M. Alpha Condé a effectué plusieurs tournées électorales à l’intérieur du pays. L’U.F.R. a tenu une convention à Conakry il y a quelques semaines. L’affluence des délégués et d’invités extérieurs y étaient indiscutables. Son président, Sidya Touré a fait plusieurs tournées politiques à l’intérieur du pays, à la satisfaction de nos compatriotes. Son parti a des élus locaux dans l’ensemble du pays. M. Cellou Dalein va organiser dans quelques jours le congrès de son parti (U.F.D.G.). Sa tournée à l’intérieur du pays a été illégalement interrompue par le clan militaro-ethnique du commandant Moussa KEITA. Il y a donc des partis représentatifs.
Dans la configuration sociopolitique actuelle de notre pays, selon moi, on devrait plutôt s’attacher à organiser l’élection présidentielle avant la fin de cette année. Pour des raisons pratiques et de fond.
Sur le plan pratique :
L’élection présidentielle est moins compliquée à organiser. Elle est à notre portée (du point de vue coût financier). C’est même la seule que le pays est en mesure d’organiser sans être obligé de solliciter le concours financier extérieur. Et s’il en fallait un, certains pays et institutions internationales ont déjà exprimé leur bonne disposition. La Guinée-Bissau, en dépit du chaos (massacres de chefs militaires et présidents…) a quand même organisé une élection acceptable. Nous serions plus incapables que la Guiné-Bissau ? Réfléchissons-y.
Le souhait à mon avis raisonnable de nos compatriotes est que le nouveau président, quel qu’il soit, entre en fonction dès la première semaine de Janvier 2010.
Les arguments de fond :
Il n’est pas normal qu’un pays comme le notre reste sans Direction Politique identifiée. Une bande militaro-ethnique n’en est pas une. L’élection d’un nouveau Président de la République est donc indispensable avant toute autre élection ou référendum. C’est là où apparaît ce qui selon moi est une erreur grave et dangereuse. Vouloir faire d’abord des législatives, ensuite la présidentielle, c’est changer presque clandestinement la nature du régime. Certains craignent que les « prédateurs » vrais ou supposés se battissent une immunité parlementaire. Peut être. Mais cela me paraît secondaire, presque sans importance. Le plus grave, c’est la possibilité de créer la paralysie probable du nouveau Président élu. Or, il aura besoin d’une majorité pour appliquer le programme sur lequel il aura été élu. Si à son arrivée il ne l’avait pas, il dissoudrait bien évidemment l’assemblée nationale, pour demander une majorité qui lui est favorable. Il sera donc mis en situation de conflit dès le début de son mandat. Or, c’est dans la stabilité que les projets économiques viables peuvent surgir.
Selon moi, il faut le mettre en situation d’organiser lui-même les élections législatives, dès après son installation. Puisqu’il aura en charge la Direction Politique du pays, il sera tenu responsable de tout dérapage (trucages, falsifications des résultats au profit de ses amis ou de son parti…). Commencer par les législatives, est une démarche incohérente. A qui Dadis rendrait compte ? Il n’a reçu aucun mandat de personne.
L’élection présidentielle d’abord, ensuite l’élection législative. Vouloir inverser cet ordre, c’est créer artificiellement le terreau d’une instabilité inutile. Ce qu’il faut, c’est expliquer, encore explique que la Démocratie commence par le respect de ceux qui n’ont pas eu la majorité. En clair, la démocratie, ce n’est pas seulement le droit de vote, c’est l’impérieuse nécessité de respecter scrupuleusement les droits, tous les droits de ceux qui ne sont pas au pouvoir.
Mamadou Billo SY SAVANE
www.guineeactu.com
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