|
Ce titre dérive d’un autre, « Se précipiter pour quelle élection ? » (Février 2009). Ce posting expliquait largement notre opposition à toute élection précipitée. Nous n’avions jamais arrêté de tirer la sonnette d’alarme depuis la proposition de Sydia Touré et d’Alpha Condé en ce même mois pour la tenue des élections lgislatives en 9 mois, précisément Novembre 2009.
Après d’amples explications nous avions demandé d’accepter la proposition du CNND, c’est-à-dire l’organisation des Elections en 2010. Comme d’habitude, on nous a traînés dans la boue et fait de nous des salariés du Président Dadis. Weyl ! Nous sommes en 2010 ; et comment ?
Nous sommes dramatiquement entrés en 2010, après 16 mois passés à se tirer les uns sur les autres, au lieu de préparer les élections. Ce qui aurait pu être évité par le simple respect de nos opinions mutuelles et le dialogue.
Nous revenons avec la même question : « Se précipiter pour quel deuxième tour des élections ? », tout en espérant ne pas être confondu à un salarié du Président par Intérim, et comptant sur la bonne compréhension de ceux qui pensent « la Guinée d’abord. »
Après les Elections bâclées aux résultats frauduleux, la véritable question serait :
« Que voulons-nous ; un Président de la République ou une République Démocratique ? Un Président ou une Démocratie ? »
Nous avions déjà eu deux Présidents dans un passé récent, et nous en avons deux actuellement ; l’un se repose dans sa prison dorée d’Ouagadougou et l’autre gouverne.
Si nous allons au deuxième tour uniquement pour un Président, alors que nous en avons « deux » actuellement, le capitaine Dadis et le Général Sekouba, l’armée est capable de nous en offrir un autre au bout des canons sous la surveillance des baillonnettes, que cela soit l’un des candidats Cellou ou Alpha, ou un autre militaire ou civil. Cela ne nécessite même pas d’élection.
A notre avis, nos femmes, nos frères et nos enfants sont morts pour la Démocratie.
Personne ne serait allé s’offrir aux chars et aux bottes si nous vivions sous un régime démocratique. Nous allons aux élections dans l’espoir d’établir un Etat de Droit pour nous et pour nos enfants. C’est pourquoi le Peuple de Guinée est descendu plusieurs fois dans la rue.
Toutes les démocraties sont nées dans le désordre de la rue, mais aucune démocratie ne s’est construite dans le désordre de la rue, quelque soit le pays.
Si nous voulons préserver les acquis de la rue et les développer, nous devrons forcément mettre de l’ordre dans ce que l’irresponsabilité de la CENI nous a offert au 1er tour des élections. Cela demande du temps ; nous demandons le report des Elections pour corriger ces erreurs et en tenant compte des facteurs suivants parmi d’autres :
Psychologique : L’impact de la politique sur la vie des nations est d’abord psychologique.
Cela se résumerait à la capacité des responsables politiques et administratifs de bâtir un climat de confiance entre eux et la masse des administrés. S’ils échouent dans cette œuvre, le peuple perd confiance en la chose politique et devient défiant.
C’est au bord de cette défiance que la sentence de la Cour Subalterne a placé nos populations après les sabotages du premier tour des élections par la CENI.
Il faut rétablir cette confiance, afin que le prochain Président puisse travailler dans la sérénité. Dans le cas contraire l’avenir de la Nation sera encore une fois décidé dans les camps militaires.
La confiance entre le peuple et le sommet de l’Etat s’est fortement érodé ces dernières semaines. C’est le prélude à un désordre dont personne ne peut prédire les conséquences.
Matériel : La maîtrise du matériel électoral laisse à désirer : Des cartes électorales falsifiées ; des urnes parallèles créées; certaines officielles disparues ; (le Jeudi 10 000 urnes vides ont été découvertes) ; d’autres ont été placées dans l’enceinte des mosquées ; des Bureaux de vote supprimés au gré des maîtres des lieux…. Plus de 2600 procès- verbaux n’ont pas été signés ou comportent des irrégularités, certains comme ceux de Kankan, Lola, Madiana ont disparu en cours de route ! Selon les résultats de la Cour Subalterne, 48% des voix ont été jetées à la poubelle pour fraudes ou irrégularités.
Des fraudes d’une telle magnitude ne seront pas acceptées au deuxième tour par les militants et sympathisants du perdant. Aucune ville n’acceptera qu’on annule gratuitement ses voix.
Logistique : Nous avons eu la chance de sillonner plusieurs fois tout le pays l’an passé et cette année. Il est impossible de décrire l’état des routes sur les ¾ du territoire national.
Dans son rapport, Ben Sékou Sylla a parlé des conditions d’accès difficiles de certains endroits du Fouta ; permettez-nous de vous dire que dans la Région de Beyla, et de Lola, mieux vaut parler « d’ACCES IMPOSSIBLE » en saison pluvieuse.
Sur la nationale N’zérékoré - Kankan, c’est Rio Tinto qui avait aidé en Juillet 2009 à relier N’zérékoré et Beyla (120km) ; mais il fallait faire un détour par Koulé - Nyampala pour rattraper la route nationale à 12 km de Boola soit une rallonge de 60 km de plus. Ce qui isolait définitivement Gouéké, la plus grande sous-préfecture de N’zérékoré située à 42km.
Avant l’intervention de Rio Tino, il fallait une semaine pour ce trajet de 120km. Certains passaient par Lola-Lainé ou Foumbadou pour faire le même trajet ; dans ce cas il faudrait compter quelques 190 km de pistes rurales, pour la même destination.
Dans la Région administrative de Beyla il n’y a pas de ponts. Nous avions parcouru 3 fois le trajet Beyla - Togobala en passant par Diaraguéréla en longeant la frontière ivoirienne pour éviter l’axe Moussadou - Sinko et la moitié de la Préfecture. C’était en Juillet 2009.
Lola - Sybidou a été fermé au moins trois fois à la circulation par le syndicat des transporteurs de Lola pour colmater quelques brèches avec les moyens de bord. Nous vous proposerons quelques photos dans notre rubrique-zaley.info « photo de la Semaine. »
Beyla - Kankan a été abandonné depuis 1989. Un véritable «no véhicule land » en toute saison.
Le mois d’Aout à Conakry se passe de commentaires. Le plus terrible est le tronçon Matoto - Dabompa. Le calvaire commence au marché de Matoto. En saison sèche la poussière tue, en saison des pluies la route se transforme en un piège de boue pour les piétons comme pour les véhicules. Deux motocyclistes ont été emportés par les eaux de ruissellement sur cette route entre Kissosso et Enta en Août 2009. L’un a pu être sauvé et le corps de l’autre n’a été retrouvé que 4 jours après ; il a fallu une semaine pour récupérer la moto.
Dire que ce tronçon a été financé à 18 millions de dollars ! Et c’est pareil pour l’axe Enco5 - Kagbelle, 30 Millions de dollars. Ces deux axes de la mort ont coûté 48 millions de dollars aux bailleurs internationaux ; elles ne valent pas 23 fg. Ce qui justifie la peur des Audits.
Que Dieu nous aide !
Curieusement les routes qui marchent avec le moindre problème sont celles construites par le Président Ahmed Sékou Toure comme Conakry - Labé ; Mamou - Kissidougou. Celles qui se sont abîmées dans le temps n’ont jamais été réparées, comme Mamou - Dabola et Kissidougou - Guékédougou. Que les falsificateurs prouvent le contraire.
Quand les Faits parlent, les dieux se taisent.
Affronter le réseau routier guinéen en saison pluvieuse, pour une Election dont les résultats sont calculés dans un temps bien déterminé par la Constitution n’est pas une bonne idée.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de faire le bilan d’un gouvernement et moins encore d’un Ministre, mais de tourner la page et de faire face à l’avenir. Nous ne pourrons pas tourner cette page dans le désordre. Corrigeons les erreurs du premier tour et établissons la confiance du Peuple en la chose politique, avant d’aborder le second tour.
Ne permettons pas à la Cours Subalterne de prononcer une sentence qui obligerait notre Peuple à aller défendre ses droits légitimes dans la rue une fois de plus.
Certains parlent de délai constitutionnel. C’est normal. Mais si la Cour Suprême s’est servie de ses pouvoirs constitutionnels pour torturer le Droit des Electeurs, pourquoi ne torturerait-elle pas la Constitution pour rétablir les électeurs dans leurs droits ?
La Constitutions du Peuple doit être au service du Peuple (même si celle de la Guinée n’a été imposée que la par la signature d’une seule personne).
D’autres avancent comme argument qu’il faudrait obéir à la Communauté Internationale, pour bénéficier de l’aide au développement. Comme l’avait dit le Président par Intérim lui-même en Décembre 2009.
Ça c’est un argument économique taillé sur mesure pour la République des Mendiants.
Dans un pays, riche en ressources naturelles comme le nôtre, s’il y avait un Etat de Droit, nous ne serions pas à l’école de la mendicité pour apprendre un projet économique tel que : Aide Alimentaire. C’est une honte. Il est temps que nous sortions de ce système.
Nous en appelons à la Conscience Nationale, une fois de plus, pour prendre tout le temps nécessaire qu’il faudra pour que le deuxième tour se passe dans de bonnes conditions.
Nous Proposons Janvier 2011 ou un minimum de 120 Jours.
Dans le cas où les conseils de la Communauté Internationale prévaudraient sur les nôtres, comme d’habitude, nous souhaiterions que vous vous rappelez d’une chose qui est encore très fraiche dans nos mémoires ; les événements du 28 Septembre 2009.
Combien de Français, d’Américains, de Hongrois, d’Italiens, de Ghanéens, d’Ivoiriens, de Chinois, de Japonais ou d’Anglais, etc., avez-vous comptés parmi les blessés ou les morts ? Aviez-vous vu un cousin de Sarkozy parmi les blessés ?
Ceux qui exigent des élections précipitées ne seront pas dans la rue avec nos enfants ; ils n’y ont jamais été et ils n’y seront jamais. Il s’agit de notre pays.
Ne perdons pas l’opportunité que l’Histoire nous a offerte. Prenons patience pour corriger les erreurs du premier tour. Nous devons cela à nos Martyrs.
Que voulons-nous ?
Une République Démocratique ou Un Président pour de la République ?
That Is the question.
N’obligeons pas la rue à maintenir l’armée au pouvoir.
Ben Daouda Toure
www.guineeactu.com
|