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Très chers lecteurs, essayons d'imaginer la Guinée avec plusieurs scénarios allant de l'indépendance à nos jours. Si nous utilisons notre imagination, nous pourrons voir que la Guinée aurait pu avoir un autre destin. Si en 1958, la Guinée avait dit oui à la France, peut-être que notre pays aurait pris un autre chemin. Les expatriés français ne seraient pas partis avec le coffre de la banque centrale. Les projets de développement dans les tiroirs auraient peut-être été mis en œuvre. Si l'accueil de Sékou Touré au général de Gaulle avait été plus chaleureux, le général n'aurait pas été vexé à un point tel qu'il prenne des décisions sur un coup de tête. Peut-être que l'AOF aurait survécu avec l'union entre les pays limitrophes et notre cher pays. Ce grand ensemble aurait peut-être pesé de tout son poids au moment où les grands ensembles se forment dans le monde. Notre pays aurait pris à coup sûr la tête de ce grand ensemble compte tenu des richesses humaines et matérielles dont nous disposions. Prenons un raccourci. Et imaginons qu’en 1970 les Portugais n'aient pas attaqué la Guinée. Il n’y aurait pas eu novembre 1970. Les élites militaires et civiles auraient peut-être été intactes. On n’aurait pas donné à Sékou Toure le prétexte pour liquider toute contestation intérieure. Le climat de délation, la peur, n'auraient pas été entretenus. Le camp Boiro n'aurait pas existé. Des milliers de morts, disparus, traumatisés, les élites décimées, j'en passe... Si en 1976 on n’avait pas inventé le complot peul, toute une communauté ne se serait pas senti exclue, attaquée, vilipendée, parce qu’étant c'est qu'elle est. Les réflexes de repli identitaire n'auraient peut-être pas été aussi exacerbés. Toute une communauté s'est sentie visée, et ne soyons pas surpris que cette même communauté soit paranoïaque; préférant la politique du pire que tout autre pressentiment, à tort ou à raison, de retour de l'ancien régime. Tout le monde a souffert en Guinée sous Sékou Touré. Mais aucune autre communauté n'a été si clairement visée. Et personne en Guinée n'a réagi. Tout le monde s'en est accommodé. Et tant qu'on n’aura pas expliqué à cette communauté pourquoi, on aura toujours des problèmes ethniques. Si en 1984 après la mort de Sékou Touré, on n’avait pas eu des militaires sans aucune expérience de pouvoir pour nous diriger, peut-être aurions-nous eu un autre destin. A la décharge de ces militaires il faut savoir qu'ils n'ont jamais été reconnus à leur juste valeur. On avait préféré les miliciens, les délateurs, les opportunistes, pour les diriger. Si en 1985, le colonel Diarra Traoré n'avait pas voulu renverser le régime et faire revenir l'ancien système, s’il n'y avait pas eu le fameux "wo fatara" et son lot d'exécutions sommaires de civils et militaires tous issus de la même ethnie, le sentiment des malinké d'être persécutés par un régime revanchard n'aurait pas eu lieu. Cette communauté s'est senti à juste titre visée. En renvoyant les images de Diara Traoré et acolytes torturés, ou la liste des exécutés, on peut s'en rendre compte. La paranoïa des malinké est justifiée. Si dans les années 90, il n'y avait pas eu le sommet de la Baule dans lequel François Mitterrand avait imposé la démocratie, on n’aurait pas eu de partis politiques. Si on avait accepté la première mouture de la loi fondamentale qui limitait le nombre de partis politiques à deux, on n'aurait pas eu de partis ethniques. Si les élections de 93 avaient été régulières, Conté ne serait pas actuellement au pouvoir. Peut-être aurions-nous eu une avancée dans la culture démocratique. Si en 1996 les militaires avaient réussi à renverser Conté, Coplan n’aurait pas existé. Etc. etc..... Tout ce qui a été évoqué plus haut, ce ne sont que des accidents de l'histoire. Mais vous conviendrez avec moi que le plus grand accident a été la colonisation. Imaginons qu'elle n'eut pas existé. La Guinée non plus n'aurait pas existé. Imaginons ces scenarios. Les royaumes que les colonisateurs ont trouvé seraient resté tels quels.
En haute Guinée, les descendants de Samory règnent sur ce qui reste du royaume Mandingue. Kankan est la capitale. Alpha Condé règne en maitre absolu. Kérouané et Siguri se rebellent et veulent profiter tout seuls de l'or et du diamant. Lansana Kouyaté veut aussi une partie du pouvoir. Kouroussa veut l'indépendance. Une guerre civile sanglante éclate. Après que des rivières de sang eurent coulé, la Côte d'Ivoire et le Mali annexent respectivement les zones aurifères et diamantifères. La haute Guinée n'existe plus et les élites s'exilent au Canada et vont enseigner dans les universités. En moyenne Guinée le royaume du Fouta existe toujours. Les descendants d’Alpha Yaya et de Biro Barry s'entredéchirent. Le Fouta est scindé en deux. Le nord avec Labé comme capitale et le sud avec Mamou comme capitale. Cellou Dalein et Biro Diallo veulent chacun le pouvoir. Partout dans le Fouta on se bat pour le contrôle des richesses. Le Sénégal intervient sous mandat de l'ONU, annexe le Fouta et transfère l'administration à Tambacounda. Les élites sont exfiltrés vers les USA et on utilise leurs capacités intellectuelles. Le Fouta n'existe plus. En Forêt, les descendants de Togba Pivi règnent en maîtres. Coplan est l'héritier du trône. Jean Marie Doré revendique le pouvoir et les populations se révoltent. Coplan envoie ses troupes pour mâter la révolte. Le sang coule. L'ONU autorise le Liberia à intervenir. La forêt est annexée. Les populations deviennent des Libériens de seconde zone et apprennent l'anglais. Les élites sont envoyées en Angleterre et travaillent pour le MI15. En Basse côte, les descendants de Dina Salifou s'entredéchirent. Les Morianais réclament le pouvoir et les gens du Bagataye disent que le pouvoir leur est dû. La guerre fait rage. Beaucoup se réfugient dans les îles. Mamadou Sylla intervient et achète beaucoup de personnes mais rien n'y fait. Sydia entre dans la danse et s'allie à Kassory. C'est la guerre totale. L'ONU intervient. La basse Guinée est divisée en deux. Le nord pour la Guinée Bissau et le sud pour la Sierra Leone. Dans ces deux pays, ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils se mettent à apprendre le portugais et l'anglais. Les élites sont exfiltrés vers l'occident, c'est l'âge d'or de l'immigration choisie. Sarkozy se frotte les mains. Très chers compatriotes je vous invite à méditer sur ces scenarios même s'ils ne sont que fantaisistes. La Guinée est un beau pays qui est convoité. Nous nous plaignons beaucoup mais nous ignorons ce que nous avons. On ne reconnait la valeur de ce qu'on a que le jour où on le perd. Prenons soin de notre pays. Toutes les nations du monde se sont constituées dans la douleur mais ont fini par exister. Refusons les germes des divisions et concentrons nos forces dans la bataille du développement. Vous savez, nous avons une grande chance d'exister et voyons nos différences comme une richesse et non comme un handicap. Boubacar Diallo, Pays Bas
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