jeudi 26 juin 2008
Scénarios pour la Guinée

Très chers lecteurs, essayons d'imaginer la Guinée avec plusieurs scénarios allant de l'indépendance à nos jours. Si nous utilisons notre imagination, nous pourrons voir que la  Guinée aurait pu avoir un autre destin.

Si en 1958, la  Guinée avait dit oui à la France, peut-être que notre pays aurait pris un autre chemin. Les expatriés français ne seraient pas partis avec le coffre de la banque centrale. Les projets de développement dans les tiroirs auraient peut-être été mis en œuvre. Si l'accueil de Sékou Touré au général de Gaulle avait été plus chaleureux, le général n'aurait pas été vexé à un point tel qu'il prenne des décisions sur un coup de tête. Peut-être que l'AOF aurait survécu avec l'union entre les pays limitrophes et notre cher pays. Ce grand ensemble aurait peut-être pesé de tout son poids au moment où les grands ensembles se forment dans le monde. Notre pays aurait pris à coup sûr la tête de ce grand ensemble compte tenu des richesses humaines et matérielles dont nous disposions.

Prenons un raccourci. Et imaginons qu’en 1970 les Portugais n'aient pas attaqué la Guinée. Il n’y aurait pas eu novembre 1970. Les élites militaires et civiles auraient peut-être été intactes. On n’aurait pas donné à Sékou Toure le prétexte pour liquider toute contestation intérieure. Le climat de délation, la peur, n'auraient pas été entretenus. Le camp Boiro n'aurait pas existé. Des milliers de morts, disparus, traumatisés, les élites décimées, j'en passe...

Si en 1976 on n’avait pas inventé le complot peul, toute une communauté ne se serait pas senti exclue, attaquée, vilipendée, parce qu’étant c'est qu'elle est. Les réflexes de repli identitaire n'auraient peut-être pas été aussi exacerbés. Toute une communauté s'est sentie visée, et ne soyons pas surpris que cette même communauté soit paranoïaque; préférant la politique du pire que tout autre pressentiment, à tort ou à raison, de retour de l'ancien régime. Tout le monde a souffert en  Guinée sous Sékou Touré. Mais aucune autre communauté n'a été si clairement visée. Et personne en  Guinée n'a réagi. Tout le monde s'en est accommodé. Et tant qu'on n’aura pas expliqué à cette communauté pourquoi, on aura toujours des problèmes ethniques.

Si en 1984 après la mort de Sékou Touré, on n’avait pas eu des militaires sans aucune expérience de pouvoir pour nous diriger, peut-être aurions-nous eu un autre destin. A la décharge de ces militaires il faut savoir qu'ils n'ont jamais été reconnus à leur juste valeur. On avait préféré les miliciens, les délateurs, les opportunistes, pour les diriger.

Si en 1985, le colonel Diarra Traoré n'avait pas voulu renverser le régime et faire revenir l'ancien système, s’il n'y avait pas eu le fameux "wo fatara" et son lot d'exécutions sommaires de civils et militaires tous issus de la même ethnie, le sentiment des malinké d'être persécutés par un régime revanchard n'aurait pas eu lieu. Cette communauté s'est senti à juste titre visée. En renvoyant les images de Diara Traoré et acolytes torturés, ou la liste des exécutés, on peut s'en rendre compte. La paranoïa des malinké est justifiée.

Si dans les années 90, il n'y avait pas eu le sommet de la Baule dans lequel François Mitterrand avait imposé la démocratie, on n’aurait pas eu de partis politiques. Si on avait accepté la première mouture de la loi fondamentale qui limitait le nombre de partis politiques à deux, on n'aurait pas eu de partis ethniques. Si les élections de 93 avaient été régulières, Conté ne serait pas actuellement au pouvoir. Peut-être aurions-nous eu une avancée dans la culture démocratique. Si en 1996 les militaires avaient réussi à renverser Conté, Coplan n’aurait pas existé. Etc. etc.....

Tout ce qui a été évoqué plus haut, ce ne sont que des accidents de l'histoire. Mais vous conviendrez avec moi que le plus grand accident a été la colonisation. Imaginons qu'elle n'eut pas existé. La  Guinée non plus n'aurait pas existé. Imaginons ces scenarios.

Les royaumes que les colonisateurs ont trouvé seraient resté tels quels.

En haute  Guinée, les descendants de Samory règnent sur ce qui reste du royaume Mandingue. Kankan est la capitale. Alpha Condé règne en maitre absolu. Kérouané et Siguri se rebellent et veulent profiter tout seuls de l'or et du diamant. Lansana Kouyaté veut aussi une partie du pouvoir. Kouroussa veut l'indépendance. Une guerre civile sanglante éclate. Après que des rivières de sang eurent coulé, la Côte d'Ivoire et le Mali annexent respectivement les zones aurifères et diamantifères. La haute  Guinée n'existe plus et les élites s'exilent au Canada et vont enseigner dans les universités.

En moyenne Guinée le royaume du Fouta existe toujours. Les descendants d’Alpha Yaya et de Biro Barry s'entredéchirent. Le Fouta est scindé en deux. Le nord avec Labé comme capitale et le sud avec Mamou comme capitale. Cellou Dalein et Biro Diallo veulent chacun le pouvoir. Partout dans le Fouta on se bat pour le contrôle des richesses. Le Sénégal intervient sous mandat de l'ONU, annexe le Fouta et transfère l'administration à Tambacounda. Les élites sont exfiltrés vers les USA et on utilise leurs capacités intellectuelles. Le Fouta n'existe plus.

En Forêt, les descendants de Togba Pivi règnent en maîtres. Coplan est l'héritier du trône. Jean Marie Doré revendique le pouvoir et les populations se révoltent. Coplan envoie ses troupes pour mâter la révolte. Le sang coule. L'ONU autorise le Liberia à intervenir. La forêt est annexée. Les populations deviennent des Libériens de seconde zone et apprennent l'anglais. Les élites sont envoyées en Angleterre et travaillent pour le MI15.

En Basse côte, les descendants de Dina Salifou s'entredéchirent. Les Morianais réclament le pouvoir et les gens du Bagataye disent que le pouvoir leur est dû. La guerre fait rage. Beaucoup se réfugient dans les îles. Mamadou Sylla intervient et achète beaucoup de personnes mais rien n'y fait. Sydia entre dans la danse et s'allie à Kassory. C'est la guerre totale. L'ONU intervient. La basse Guinée est divisée en deux. Le nord pour la Guinée Bissau et le sud pour la Sierra Leone. Dans ces deux pays, ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils se mettent à apprendre le portugais et l'anglais. Les élites sont exfiltrés vers l'occident, c'est l'âge d'or de l'immigration choisie. Sarkozy se frotte les mains.

Très chers compatriotes je vous invite à méditer sur ces scenarios même s'ils ne sont que fantaisistes. La Guinée est un beau pays qui est convoité. Nous nous plaignons beaucoup mais nous ignorons ce que nous avons. On ne reconnait la valeur de ce qu'on a que le jour où on le perd. Prenons soin de notre pays. Toutes les nations du monde se sont constituées dans la douleur mais ont fini par exister. Refusons les germes des divisions et concentrons nos forces dans la bataille du développement.

Vous savez, nous avons une grande chance d'exister et voyons nos différences comme une richesse et non comme un handicap.

Boubacar Diallo, Pays Bas

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Vos commentaires
sidibe, lundi 30 juin 2008
Si on avait l honnetete intellectuelle de reconnaitre que Sekou Toure etait a la tete du PDG parti liberateur, mais n a pas pris seul l engagement de voter non au referendum, et que les leaders des partis minoritaires de Barry Diawadou et Barry trois avaient rallie la cause, Si en consequence Degaulle au lieu de piquer une colere noire avait plutot compris la legitimite de la decision proposee par lui meme,Si des cadres n avaient pas par le billet des services secrets cherche a se debarasser de Sekou pour se rapprocher de la France revancharde, Si Siradjo Diallo ne s etait pas embarque dans le bateau avec des mercenaires guineens qu il a envoyes a la boucherie du 22 novembre 1970, non sans avoir usurpe leur dus, Si le massacre de novembre n avait pas eu lieu, si tout le peuple n avait pas approuve les pendaisons, Si certains complots n avaient pas porte au prealable les noms Petit toure, Kaman Fodeba avant celui de complot Peulh, Si les anciens dignitaires n avaient pas ete sommairement elimines, si les falsificateurs de l hitoire n avaient pas donne un contenu unilateral dans leurs livres des faits vecus au camp Boiro etc... Avec tous ces si, on mettrait le monde entier dans une bouteille.
Sweet Pea, jeudi 26 juin 2008
Si Aminata Fadiga n`avait pas fait la connaissane de Lanfia Toure, Sekou Touré ne serait né et la Guinée aurait connu une toute autre histoire et certainement meilleure que celle qu`elle connait aujourd`hui
FOFANA, jeudi 26 juin 2008
N`IMPORTEQUOI!
Alpha Rafiou DIALLO, jeudi 26 juin 2008
La structuration chronologique de l`histoire-que vous avez faite,est très cohérente et devrait inspirer tout étudiant d`histoire passionné par la Guinée.En plus,vous ne manquez pas d`imagination-tant les scenari proposés sont plausibles,ils sont dignes d`un Dino Risi ou d`un Fred Coppola! BRAVO!!! Mon scenario à moi est simple:il dispose,non pas pour un retour improbable en arrière mais pour le futur,qui ne serait pas sans rapport avec quelques passages de vos scenari.En effet,sans les explorateurs anglais,notre pays n`aurait jamais porté le nom "Guinée";sans la conférence de Berlin de 1885(qui consacrait le partage de l`Afrique entre les puissances de l`époque),ses territoires n`auraient jamais formé une même entité géopolitique. Alors,mon scenario est le suivant(je l`ai déjà révélé dans d`autres débats):imaginons que l`on se débarrasse du nom GUINEE,pour le remplacer par une appelation nouvelle(par ex:Fontaine du sahel,Union des Rivières du Sud,Djoliba,Farafina,Château d`Eau,...),ce serait un électrochoc inévitable et un début de changement de mentalités.Qui plus est,notre pays serait plus connu du reste du monde dans le sens où il serait le seul à porter ce nouveau nom(ne serait donc pas confondu aux 3 autres Guinées qui existent dans le monde). A partir du changement d`un tel symbole,nous ferions un vrai nouveau départ,condition d`un développement économique possible et durable.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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