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La Guinée traverse une crise politique, économique et sociale. Cette crise pourrait être salutaire si les Guinéens arrivent à débattre pour faire un choix de société. Le groupe Gesficome-Cred apporte sa contribution à ce débat.
Nous constatons que certains leaders ont choisi de proposer la création d’un conseil de transition dont les membres constitueraient une superstructure pléthorique. Cela n’est pas judicieux, surtout lorsqu’ils veulent y faire siéger des personnalités (en proposant, par exemple, dans la « plate-forme » de certains partis politiques, près de soixante quinze personnes). De plus, dans cette « plate-forme », les postes sont affectés à des partis politiques, à la « société civile », ou aux forces de sécurité, sans qu’on n’en sache les critères. Pourquoi pas, aux associations des menuisiers, des pêcheurs, des forgerons… Ce choix, à notre avis, va créer deux problèmes :
- d’une part, cela va entraîner trop de dépenses de fonctionnement donc des organisations budgétivores ;
- d’autre part, l’excès des organisations ou de décideurs va nuire au bon fonctionnement de l’équipe gouvernementale.
C’est pourquoi nous proposons une équipe resserrée comprenant 14 ministères (y compris celui de premier ministre) et 5 secrétariats d’Etat.
Nous proposons les départements suivants :
- Premier Ministre
- Ministère de la défense
- Ministère des affaires étrangères (+ 1 secrétaire d’état aux Guinéens à l’étranger)
- Ministère de l’économie et des finances (+ 1 secrétaire d’état au budget)
- Ministère de l’intérieur et de l’administration du territoire
- Ministère de la justice
- Ministère des transports, des travaux publics, de l’urbanisme
- Ministère de l’agriculture (+1 secrétaire d’état à l’élevage, eaux et forêts, pêche,)
- Ministère de l’éducation nationale (+1 secrétaire d’état chargé de l’enseignement supérieur)
- Ministère des affaires sociales (+ 1 secrétaire d’état chargé de la santé)
- Ministère des mines et géologie
- Ministère des postes et télécommunications
- Ministère de l’énergie et de l’environnement
- Ministère du commerce, de l’industrie, des PME et du tourisme.
De plus, tous les candidats potentiels aux différents postes ministériels (y compris le 1er Ministre) doivent faire l’objet d’une enquête afin de savoir si dans le passé, le candidat a été ou non digne de confiance ; et ils devraient déclarer l’ensemble de leur patrimoine avant d’être membre du gouvernement. Ainsi, à leur départ du gouvernement, nous pourrons connaître ceux qui se sont enrichis pendant leur présence au gouvernement pour leur demander des comptes. Enfin, ils devront s’engager à n’être candidats à aucune élection nationale dans les trois ans qui suivent leur passage au gouvernement. Il faut éviter de mettre le religieux dans la sphère publique ; la Guinée est un Etat laïque. Le religieux appartient à la sphère privée.
D’autre part, on peut comprendre pourquoi le CNDD a choisi un premier ministre ayant la qualité d’économiste. C’est la mal gouvernance qui a motivé tout ce mouvement engagé ces dernières semaines en Guinée.
Néanmoins, il conviendra de ne pas être naïf, car l’économie n’est pas un exercice neutre. Les choix en la matière sont essentiels. Il faudra notamment être attentif au rôle de l’Etat en délimitant judicieusement son périmètre (eau, énergie, télécommunications…).
On doit en effet, éviter de servir de laboratoires de politiques idéologiques comme c’est le cas depuis cinquante ans. Il n’est pas sûr que, parce que le dirigisme Sékoutouréiste à échouer, que le libéralisme sans frein souvent préconisé par les institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC …) soit plus adapté.
Un pays n’est pas une entreprise.
En effet, l’Etat n’a pas exactement le même problème que l’entreprise. L’entreprise a pour objectif de maximiser son profit sous contrainte de Ressources parce qu’il faut en permanence s’assurer de sa pérennité. Par contre, l’Etat a pour objectif de maximiser l’utilité sociale de ses actions et sa pérennité n’est pas à prouver car, la nation va toujours exister tant que des Guinéens vivront dans leur pays.
Il y a un problème de légitimité des organisations qui se font appeler « Républicaines ».
Comment sortir de l’impasse ? Le gouvernement Komara doit être un gouvernement resserré, c'est-à-dire avec peu de départements ministériels. Nous pensons que le gouvernement Komara doit avoir pour seule et unique mission, l’organisation des élections libres et transparentes. Quand nous parlons d’élections libres, il s’agit d’élections ouvertes à tous les Guinéens qui le souhaitent (membres ou pas d’un parti politique), sans limitation du nombre de partis politiques. Ainsi, il faut sortir du monopole des Partis politiques pour les élections. Néanmoins, les Partis Politiques pourront aider leurs membres à se faire élire.
Nous souhaitons pour notre pays, un régime parlementaire « pur » où le groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale va désigner son leader comme 1er Ministre. Ainsi, le poste de chef de l’Etat ne sera qu’honorifique. Cette nouvelle assemblée nationale aura pour mission de revoir l’ensemble de l’organisation des pouvoirs publics de notre pays. Notre souhait est que la Guinée se dirige vers un véritable régime parlementaire et démocratique où le groupe majoritaire va désigner le 1er Ministre.
Ainsi, nous aurons un gouvernement responsable devant l’Assemblée nationale. Et lorsque le gouvernement ne répond pas aux attentes de l’Assemblée nationale, cette dernière pourra le renvoyer. Cette nouvelle Assemblée Nationale qui sera légitime pourra parler au nom du Peuple en indiquant les orientations Politiques. À partir des choix politiques faits par l’Assemblée Nationale, il y aura des commissions techniques qui mettront en forme les choix de l’Assemblée Nationale.
La Guinée a suffisamment de personnes à l’intérieur et à l’extérieur ayant la capacité de se pencher sur les affaires du pays avec plus de discernement que ceux qui sont avancés avec des recettes toutes faites et autres plans d’ajustements structurels qui n’ont fait que plonger la population dans la misère.
Incontestablement les temps sont lourds de dangers ; si nous n’y prenons garde les risques de décompositions et de troubles menacent, comme en témoignent les derniers évènements militaro corporatistes auxquels nous venons d’assister. Il est donc important de prendre des mesures salutaires avant qu’il ne soit trop tard. Les Guinéens doivent prendre leur destin en main en faisant passer l’intérêt du pays devant celui d’un groupe.
Sans prétendre au monopole de la clairvoyance, il nous semble que sont esquissées dans cette contribution les grandes lignes des réformes incontournables auxquelles nous seront confrontées ; le mérite de cette démarche est de susciter la prise de conscience et la réflexion.
Alpha-Malal BARRY Economiste, Coordonnateur du groupe Gesficome-Cred pour www.guineeactu.com
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