Le discours du Général Sékouba Konaté lors du premier anniversaire du CNDD, le 23 Décembre 2009, mérite une analyse objective et une réponse adéquate de la part des filles et fils du pays qui aspirent au changement tant ambitionné par le peuple de Guinée. Le sens de patriotisme élevé devrait logiquement guider l’ensemble des différents dépositaires d’enjeux (CNDD, Forces Vives et Armée guinéenne) à privilégier l’intérêt supérieur de la nation au détriment de celui personnel. Nous fondons l’espoir que cet appel lancé par le Ministre de la Défense Nationale sera entendu et soutenu par tous les acteurs concernés de la gestion de la transition afin de favoriser le retour rapide à l’ordre constitutionnel dans un climat de paix et concorde sociale.
Le compromis entre le CNDD et les Forces Vives en faveur d’une transition apaisée est le moyen le plus sur de créer les conditions de l’instauration de la démocratie et la consolidation de la paix sociale. L’unique porte de sortie honorable pour l’armée est l’organisation d’élections inclusives et crédibles acceptées par l’ensemble des acteurs politiques clés et la communauté internationale. Contenir l’armée dans les casernes en mettant termes à l’appétit politique de certains militaires ne pourrait être possible sans heurt que par un chef militaire influent et disposé à favoriser l’organisation d’élections libres et transparentes sans prise de position partisane.
L’analyse du discours nous amène à faire une corrélation entre les mesures préconisées et l’étude commanditée par l’USAID en 2002 sur les sources potentielles de conflit en Guinée. Il nous semble utile de rappeler que les investigations avaient pointé du doit sur l’armée et les jeunes comme les deux segments porteurs de sources potentielles de conflit. La mauvaise gouvernance caractérisée par la corruption, le favoritisme, le clientélisme, le népotisme constituait les causes essentielles des sources de conflit en Guinée.
C’est pourquoi, nous pensons que la relecture de ladite étude par l’ensemble des parties prenantes dans une logique d’appropriation pourrait contribuer à sortir notre pays du bourbier dans lequel il est profondément plongé depuis belle lurette. Donc, c’est le moment d’affirmer haut et fort tant que notre pays ne mettra pas en œuvre des mesures drastiques visant d’une part, l’instauration d’un Etat de droit et de la Bonne Gouvernance et d’autre part, la restructuration de l’armée et la promotion de l’emploi des jeunes, la Guinée continuera inévitablement à sombrer.
La récurrence des douloureux événements de 2006 à 2009 atteste la pertinence des investigations menées. D’où la nécessité d’interpeller les décideurs et les acteurs politiques afin qu’ils puissent voir les solutions de façon globale et systémique comme un tout indissociable. Les éléments tels que la restructuration de l’armée guinéenne, la question de l’emploi des jeunes, la réforme de l’administration et la mise en place d’institutions républicaines solides doivent être au cœur des enjeux et défis de la transition. Il apparaît que la question de l’emploi des jeunes et la réforme de l’administration semblent être très peu pris en compte dans le discours du Ministre de la Défense Nationale.
C’est pourquoi, nous invitons les autorités à inscrire la question de l’emploi des jeunes et la reforme de l’administration dans l’agenda de la transition. Notre souhait n’est pas d’alourdir la feuille de route de ladite transition. Il vise simplement à répondre aux préoccupations des jeunes et à formuler des mesures visant à asseoir une administration de développement prête à relever les défis et enjeux auxquels elle est confrontée. Nous suggérons la réalisation d’études par des experts nationaux et internationaux sur les deux problématiques dans un délai raisonnable de deux à trois mois maximum.
L’étude sur l’emploi devrait débaucher sur un programme bancable de 12 ans en trois phases de quatre ans à l’image du PACV, PNIR 2, etc. Elle devrait s’atteler à proposer la mise en place d’une part, des supports techniques et financiers pour soutenir la création, la consolidation et l’expansion des entreprises économiques rentables et d’autre part, d’initier des entreprises d’employabilités (insertion) dans les huit régions administratives. Elle se doit d’indiquer d’une part, les secteurs clés qui devront faire l’objet de financement tels que l’agriculture, l’élevage, le tourisme, les prestations de services, etc. ainsi que les montants desdits secteurs et d’autre part, le nombre des bénéficiaires directs et indirects visé durant les trois phases de mise en œuvre. L’équipe en charge de l’étude devrait desceller les partenaires potentiels intéressés à soutenir ledit programme et aider le gouvernement à formaliser l’accord de financement.
Il nous semble très peu plausible de créer les conditions optimales susceptibles d’assurer le plein emploi des jeunes au cours de deux mandats successifs à plus forte raison un seul. Les pays comme le Canada, les USA, etc. ont mis en place des supports techniques et financiers pour soutenir la création de l’emploi. Quelque soit le niveau de développement de la Guinée, l’Etat aura besoin de proposer des programmes sociaux visant à prendre en compte les couches marginalisées ainsi que celles les plus vulnérables. Est-ce les futurs dirigeants guinéens élus démocratiquement vont-ils développer des stratégies appropriées pour répondre à la forte demande sociale des jeunes ?
Tandis que l’étude sur l’administration devrait s’atteler à formuler des reformes institutionnelles ardues, de proposer des mesures d’accompagnements en termes de formation, d’équipements et la mise en place d’un système incitatif à la performance à la clé avec des sanctions positives et négatives dans une logique d’amélioration de l’offre de service. L’étude se doit de proposer l’institutionnalisation de la fonction publique territoriale afin d’accroître les pouvoirs d’ordres administratifs en faveur des collectivités locales. Elle devrait logiquement procéder à une description des postes clés (Ministres, Ambassadeurs, Secrétaires Généraux, Chefs de Cabinet, Conseillers, Directeurs Nationaux, Gouverneurs, Préfets, Sous Préfets, etc.), des profits et des critères d’accès auxdits postes au cas par cas. La nouvelle administration se doit de mettre terme à la promotion de la culture de la médiocrité au profit de celle tournée vers l’excellence. Car, les guinéens ne sont plus prêts à cautionner l’accès au poste de responsabilité sur la base d’une quelconque récompense ou de favoritisme basé sur le copinage ou l’appartenance ethnique ou régionale et locale, etc.
Nous réitérons notre intérêt à accompagner les autorités actuelles sur la question de l’emploi des jeunes et disposons d’un réseau de consultants nationaux et internationaux ayant une expertise confirmée en matière soutien à la promotion de l’emploi.
Oumar Wann, Columbus - OHIO
Consultant en Gouvernance et Développement local
www.guineeactu.com