samedi 4 octobre 2008
Sarkozy et l’Afrique : « l’ami » qui nous veut du bien ?
Nabbie Ibrahim «Baby » Soumah

 « On n’attelle pas au même timon le cheval fougueux et la vache craintive ! » clamait l’écrivain russe Ivan Sergueievitch Tourgueniev (1818-1883). Cet axiome peut être appliqué aux deux « serial concurrents » que sont la France et la Chine dans leurs relations singulières avec l’Afrique, dans leur quête effrénée de parts de marchés sur le continent noir.

Dans son discours lors de l’ouverture de la 63e session de l'Assemblée générale de l'ONU, le 23 septembre 2008, le président français Nicolas Sarkozy s'en est pris vertement à la Chine qui serait responsable, selon lui, de l’aggravation du surendettement des pays africains à qui elle octroierait de l’aide sous forme de prêts sans condition, sans discernement. Contrairement à la doctrine démocratique mitterrandienne de la Baule de juin 1990 et des institutions contraignantes (FMI et banque mondiale) de Bretton Woods.

En réalité, la France est aujourd’hui sur la défensive dans son « pré carré » africain et demeure inquiète d’y perdre pied au profit de la Chine et d’autres pays émergents.

L’ancienne puissance coloniale ressemble, à s’y méprendre, à cette vache craintive et squelettique qui n’a plus beaucoup de lait à traire, qui a perdu sur la scène internationale son poids économique et son influence politique qui en découle. Elle est en proie, depuis des décennies, à un déficit budgétaire chronique que fustigent les instances de l’Union européenne (cf. le seuil de 3 % des accords de Maastricht du 7 février 1992), à une balance commerciale et des comptes publics, sociaux qui sont au rouge.

Alors que la Chine, de son côté, s’est « éveillée » comme le pressentait l’homme politique et académicien Alain Peyrefitte (1925-1999) et s’est hissée au rang de puissance économique attrayante et performante, d’une part, et d’interlocutrice politique influente dans les relations internationales, d’autre part. Son économie est, en effet, florissante avec une croissance à deux chiffres ; elle détient une grande part des réserves financières mondiales. Durant l’été dernier, elle a organisé avec brio les Jeux olympiques de Beijing et vient d’être consacrée superpuissance spatiale avec la capsule Shenzhou VII qui a été placée en orbite, le 25 septembre dernier, avec trois «taïkonautes» à son bord.

Ses articles à petits prix sont prisés et représentent une véritable aubaine pour des populations frappées de plein fouet par la corruption, le déficit démocratique, l’insécurité, les conflits ethniques, le marasme économique, la crise alimentaire, énergétique et la plus grande crise financière mondiale depuis les années 30. Crise que tente de juguler le plan du secrétaire au trésor américain (l’équivalent du ministre des finances) Henry Paulson d’un montant de 700 milliards de dollars. En effet, l’épicentre du séisme, du tsunami financier international est à Wall Street, et comme quand les USA toussent c’est l’économie mondiale qui s’enrhume. La manne financière de la Chine est donc la bienvenue, une bouffée d’oxygène pour l’Afrique face à la rareté du crédit. A condition qu’elle soit utilisée à bon escient et non qu’elle se dirige comme d’habitude vers les paradis fiscaux au bénéfice de ses gouvernants. Un adage populaire ne dit-il pas « qu’il vaut mieux un puits peu profond avec de l’eau qu’un puits profond sans eau ! ». La Chine peut ainsi être assimilée, à juste titre, au cheval fougueux : elle est dans une posture expansionniste, offensive en Afrique avec des projets, des financements à tour de bras.

« Dans la fête des hyènes, les agneaux sont exclus ! », la compétition internationale est impitoyable. Ce géant asiatique est en train de creuser l’écart vis-à-vis de ses concurrents, à l’image du premier Forum sur l’économie Chine-Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui a commencé le 23 septembre dernier à Beijing. La Guinée y est fortement représentée par 4 ministres, des représentants du Patronat et plusieurs opérateurs économiques. Ce forum de 4 jours mets l’accent sur les investissements dans le développement des infrastructures, l’exploitation des ressources naturelles, l’agriculture, la banque et d’autres secteurs.

Quel contraste avec les pays du G8 qui n’ont pas respecté leur promesse d'aide à l'Afrique de 50 milliards de dollars d’ici 2010 lors du sommet de Glenagles au Royaume-Uni en juillet 2005. Cette aide a été ramenée peu de temps après à 21,8 milliards de dollars. Le chanteur Bono de U2 et Bob Geldof, engagés auprès de l’ONG « ONE » qui lutte contre l’extrême pauvreté et les grandes pandémies, ont fustigé à Paris le 18 juin 2008 les membres du G8 qui « sont à côté de la plaque », […] « C’est votre crédibilité qui est en jeu. La Chine et l’Inde investissent massivement en Afrique ».

« Qui trop embrasse mal étreint ! ». Ce proverbe datant du XVe siècle, parodié par le philosophe et homme politique français Michel de Montaigne (1533-1592), est remis au goût du jour par Nicolas Sarkozy qui vouerait un « attachement immodéré » à l’Afrique. Après le fameux discours prononcé sur un ton donneur de leçon et péremptoire en tant « qu’ami de l’Afrique » (dixit Sarkozy lui-même) à l'université de Dakar (Sénégal) le 26 juillet 2007 et qui a engendré une polémique retentissante, c’est à New-York qu’il vient donc de déclarer à nouveau « cette flamme » comme un amoureux épris aux premiers jours de son idylle ; tout en fustigeant la Chine à qui il jette l’opprobre comme si cette dernière était le principal responsable de tous les maux dont souffre actuellement l’Afrique. Les coupables sont ailleurs : suivez mon regard !

Mais il vaudrait mieux, dans le cas d’espèce, se poser la question intégrante, essentielle : Sarkozy se soucie-t-il sincèrement du sort, du développement de l’Afrique ou bien souhaite-t-il réellement préserver « son bien », sa chasse-gardé, son pré carré, en somme prémunir sa « France-Afrique » que d’autres prétendants auraient le toupet, l’outrecuidance de convoiter ? Les pays émergents que sont la Chine, l’Inde, l’Afrique du sud, le Venezuela et bien d’autres n’ont qu’à bien se tenir. Sinon !

Sarkozy serait-il devenu le sauveur, le Zorro, le Robin des bois de l’Afrique ?

Bien des raisons et des actes posés par lui-même depuis belle lurette, de manière constante et cohérente permettent d’en douter très fort. En effet, depuis 2002, en sa qualité de ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire puis comme Président de la République depuis mai 2007, Nicolas Sarkozy entretient des rapports singuliers avec l’Afrique, ses immigrés et les Français issus de l’immigration.

A mon humble avis, le continent noir en proie aux pandémies, à la mauvaise gouvernance et à la misère, abandonné par ses dirigeants et ses élites, ne trouvera son salut qu’à travers le libre choix de ses relations politiques, diplomatiques et économiques ; en somme par le biais d’un partenariat diversifié et rationalisé, seul gage de son indépendance réelle, de son développement efficient et de sa renaissance.

La Chine peut y contribuer, à coup sûr, bien qu’elle ne soit pas exempte de tout reproche, notamment dans le plagiat avec la reproduction industrielle du textile africain au détriment des teinturières locales (cf. dans la zone industrielle de Sanoyah en Guinée). Mais ne dit-on pas que « les Etats n’ont pas d’amis ; ils n’ont que des intérêts » ? Alors essayons habilement d’y trouver notre compte pour le salut d’une Afrique meurtrie. Même si cela fâche notre « ami » Sarkozy haut perché sur sa chaire à l’ONU ; il n'a d’ailleurs pas mandat pour commander aux Africains la conduite qu'il leur faut tenir.

I/ Haro sur l’Afrique et ses immigrés

Il n’est pas inutile de souligner un paradoxe extraordinaire dans le traitement infligé aux immigrés :

·         Lors du premier débat télévisé du vendredi 26 septembre 2008 avec son concurrent Georges Mac Cain, Barack Obama a rendu un hommage émouvant aux USA « un pays qui a permis au fils d’un immigré kenyan de réaliser le rêve américain en postulant à la magistrature suprême », déclara-t-il.

·         La chancelière Angela Merkel a rendu un hommage solennel aux travailleurs étrangers arrivés en Allemagne depuis les années 50 lors de la cérémonie « L’Allemagne vous remercie » organisée le 1er octobre 2008.

·         En France, un sans-papiers nigérian de 47 ans, qui fuyait des policiers venus l’interpeller, est décédé à Paris le 1er octobre 2008 après avoir fait une « chute » depuis le 7e étage. Yvan, 12 ans, a connu le même sort à Amiens, la Chinoise Chuan Liu à Belleville le 24 septembre 2007 et un Malien s’est noyé dans la Marne le 4 avril 2004. Les enquêtes menées avec « célérité » suivent toujours leur cours au grand dam des familles éplorés. Quel cruel paradoxe !

Sous l’ère Sarkozy, on note une démarche constante et cohérente de stigmatisation des immigrés. En effet, de 2002 à 2007, 10 lois sécuritaires ont été promulguées dont cinq relatives à l’immigration et au droit d’asile :

  • Loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l’immigration et à l’intégration.

  • Loi n° 2003-1176 du 10 décembre 2003 relative au droit d’asile.

  • Loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances avec la responsabilité parentale ; la suspension des allocations familiales étant une des sanctions prévues qui concernent bon nombre de familles d’immigrés.

  • Loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration (visa de long séjour).

  • Loi Hortefeux du 23 octobre 2007 sur le regroupement familial avec la pratique de tests ADN proposés par le député Thierry Mariani (art. 13), l’autorisation des études « ethniques » (art. 63) et la remise en cause du droit d’asile avec le placement de l’OFPRA sous la tutelle du ministère de l’immigration.

Le programme du Front national de Jean-Marie Le Pen a été siphonné allégrement par Sarkozy et les immigrés furent sacrifiés sur l’autel de la conquête du pouvoir présidentiel.

En promettant de « nettoyer la racaille au Karcher », il avait déjà provoqué les émeutes de novembre 2005 dans les banlieues à forte concentration humaine d’immigrés et de Français issus de l’immigration.

On constate au quotidien la persistance des discriminations au niveau de l’emploi, du logement et des lieux de loisirs. La frontière est ténue, mince entre l’échec scolaire, le chômage qui touche en majorité les Noirs et les Arabes, la « glandouille » et la délinquance des mineurs.

Pour se donner peut-être « bonne conscience » ou désarçonner le parti socialiste, « l’ami » Sarkozy choisit dans son gouvernement d’ouverture trois « cautions ethniques », trois icônes issues de l’immigration. Mais quelle est leur utilité ?

Rama Yade qui clamait que « l’Afrique de papa c’est fini ! » est souvent aux abonnés absents lorsque les droits de l’homme sont bafoués ou bien muette lorsque la France reçoit ou rend visite à des dictateurs notoires tels le libyen Khadafi, le syrien Assad, le tchadien Idriss Déby, etc.

Le « plan banlieue » de Fadela Amara est un mirage, une arlésienne faute de moyens budgétaires. La réforme annoncée de la dotation des communes va dans le sens de la diminution du financement des projets dans les banlieues.

L’arrogante et « bling bling » Rachida Dati s’est mise à dos, avec des réformes brutales et sans concertation, les avocats et les magistrats avec sa carte judiciaire, l’armée et les collectivités locales avec les fermetures de casernes ; pendant que la majorité de ses collaborateurs démissionnaient les uns après les autres.

Ces « cautions ethniques » issues de l’immigration sont réduites à ne faire que de la communication, de la figuration, faute de réels moyens et de libertés de manœuvre.

La mutinerie et l’incendie du centre de rétention de Vincennes qui causèrent la mort d’un sans-papiers tunisien sont révélateurs du traitement indigne infligé aux sans-papiers africains. « Ce sont les conséquences, les dégâts de la politique du chiffre et des reconduites à la frontière prônées par Sarkozy », déplorait Brigitte Wieser du Réseau Education sans frontière (RESF) qui se bat contre la rétention administrative et l’expulsion des sans-papiers. L’élément déclencheur fut le discours du ministre de l'immigration Brice Hortefeux qui s’était délivré un satisfecit et avait annoncé avec arrogance le jeudi 19 juin 2008 une augmentation de 80% (14 660) des reconduites à la frontière d'étrangers en situation irrégulière pour les cinq premiers mois de 2008, par rapport à la même période de 2007.

Ces véritables centres de détention sont surpeuplés et les sans-papiers y sont inhumainement traités.

Le discours scandaleux et ignominieux de Dakar sur l’homme africain : « Le drame de l'Afrique, c'est que homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. […] Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. Le problème de l'Afrique et permettez à un ami (sic) de l'Afrique de le dire, il est là. […] Le problème de l'Afrique […] c'est de prendre conscience que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé. Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance ». Paroles d’un ami sincère de l’Afrique. 

Le spectre de la France-Afrique, ce sphinx qui renaît de ses cendres malgré les alternances politiques en France. Il est aisé de constater, qu’à quelques variantes près, la politique africaine de la France demeure fondamentalement inchangée et que l’acte de décès de la France-Afrique n’est pas encore validé. Omar Bongo et ses confrères, acolytes peuvent dormir tranquilles. Les secrétaires d’Etat successifs à la coopération l’ont appris à leurs dépends, tels Jean-Pierre Cot sous la Gauche avec François Mitterrand et récemment Jean-Marie Bockel, le ministre « d’ouverture » de Sarkozy, transfuge du parti socialiste, renvoyé à ses chères études au secrétariat des anciens combattants.

La France-Afrique repose sur 3 éléments : le soutien inconditionnel de la France aux dictateurs et affameurs de peuples africains ; le blocage de l’alternance ; le détournement des biens publics qui sont investis dans le Nord et leurs banques.

« La France porte à bout de bras des régimes à bout de souffle en Afrique ! », s’indigne Ménélik, un rappeur franco-camerounais. Mais la France sans l’Afrique apparaît comme une mobylette sans essence dans un contexte de rivalité économique ardue avec l’Asie.

La directive européenne dite Retour du 18 juin 2008 qui vise l'expulsion des étrangers en situation irrégulière, fixe à 18 mois la durée maximale de leur placement en rétention et prévoit à leur encontre une interdiction de séjour de 5 ans dans l'Union européenne. Elle a fait l'objet d'un socle juridique commun, d’un accord de compromis entre les 27 et le Parlement européen, et fut fortement contestée à gauche et par des associations de défense des travailleurs immigrés qui l'ont qualifiée de « directive de la honte ».

Pour Harlem Désir, député socialiste européen et ancien président de SOS Racisme, cette directive est ainsi « la plus liberticide de l'histoire de l'Union européenne. ». [..] » « En adoptant sous la pression d'une majorité des états membres dont la France en tête, la droite européenne vient d'entacher la réputation du Parlement européen ».

Ce texte a été adopté par 367 voix contre 206 et 109 abstentions. L'Irlande, le Royaume-Uni et le Danemark qui ne participent pas à l'espace Schengen, ne seront pas liés par le texte.

Le nombre d'immigrés illégaux est estimé à huit millions dans l'Union par la Commission européenne. Plus de 200 000 illégaux ont été arrêtés dans l'UE pendant la première moitié de 2007 mais moins de 90 000 ont été expulsés.

Les immigrés seront lésés par le revenu de solidarité active (RSA), projet cher au haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch et discuté au parlement depuis le 25 septembre 2008. Le RSA vise à inciter les allocataires du revenu minimum d’insertion (RMI) créé en 1988 par Michel Rocard et ceux de l’allocation au parent isolé (API) créé en 1976 à retrouver un travail ; mais également à réduire le nombre de travailleurs pauvres en leur versant une allocation qui vient compléter des revenus du travail insuffisants.

Ce dispositif, qui sera généralisé en juin 2009, représente un moins-disant pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne selon le GISTI, une association de défense des travailleurs immigrés qui a lancé l'alerte. Dénonçant ce qu’il appelle une « xénophobie d’Etat », il énumère les cas de figures pour lesquels la législation sera désormais plus contraignante. L’article L 262-4, deuxième alinéa, énonce les conditions d’éligibilité :

  • il faut avoir 25 ans et être français « ou titulaire, depuis au moins 5 ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler » ;

  • seuls les enfants entrés légalement sur le territoire pourront ouvrir droit à une majoration de l'allocation RSA ;

  • la même condition prévaut pour les concubins. Cette disposition ne s'adresse qu'aux étrangers qui ne sont pas issus d'un pays membre de l'Union européenne (pour qui trois mois de séjour suffisent) et s'avère plus strict que le RMI.

II/ Un continent abandonné

L’Afrique est abandonnée par ses dirigeants et ses élites. « Mais il arrive qu’un président soit victime, passez-moi l’expression, de son nègre ! », selon Abdoulaye Wade le mercredi 17 septembre 2008 à la rescousse de Sarkozy sur son discours controversé prononcé en juillet 2007 à Dakar. « Celui-ci, Guaino (conseiller spécial et « plume » de Sarkozy), s’est dévoilé courageusement dans la presse, revenant sur sa thèse pour la défendre. Nous savons maintenant qu’il est l’auteur de ce discours » […] « Un an après le discours de Dakar, M. Guaino avait persisté et signé, répétant dans le quotidien Le Monde : « L’Homme africain est entré dans l’Histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ? ». [..] « Encore une fois, ne nous trompons pas d’adversaire. Nicolas Sarkozy, on se connaît chaque jour un peu mieux, est un ami de l’Afrique (sic) » […] « Le président sud-africain Thabo Mbeki a peut-être été le seul à l’avoir compris », a-t-il ajouté ; M. Mbeki ayant été un des rares chefs d’Etat africains à saluer le « discours de Dakar ».

Face au silence complice des gouvernements affameurs africains s’était opéré un sursaut civique, patriotique des intellectuels et de la société civile qui ont été les seuls à s’indigner de telles allégations abjectes sur l’homme noir :

  • L’historienne Adame Ba Konaré proposa aux historiens africains de s’engager dans la production d’un ouvrage scientifique pour répondre à Sarkozy.

  • Stupeur et indignation d’Achille Mbembé, chercheur camerounais, professeur d’histoire et de sciences politiques à Johannesburg (Afrique du sud).

  • Selon Amadou Moctar Mbow, ancien directeur général de l’UNESCO, « Sarkozy ignore les réalités profondes de l’histoire de l’Afrique ».

  • Pour les Algériens « c’est une insulte aux Africains et une glorification de la colonisation ».

Les leaders sud-américains à la rescousse. Lors d'une conférence de presse tenue le 19 juin 2008 à Caracas, le président vénézuélien Hugo Chavez aux côtés de son homologue paraguayen Fernando Lugo, avait menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient la directive européenne « Retour » du 18 juin 2008 sur l'expulsion des immigrés sans papiers.

De son côté, le président de la République de Bolivie, Evo Morales, avait envisagé de bloquer les négociations commerciales entre l'Europe et la Communauté andine ; il avait menacé d'imposer des restrictions de visas aux voyageurs européens. Selon lui, « Ils (les immigrés) occupent les emplois de travaux publics, dans la construction, la restauration, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne peuvent ou ne veulent occuper les Européens. […] Ils contribuent au dynamisme démographique du continent européen. L'Amérique latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts financiers de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300 milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars octroyés au nom de l'aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, a reçu plus de 10% de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1 milliards de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel ».

La manne financière réorientée vers l’Europe de l’Est conjuguée au mirage de l’aide publique au développement (APD) promise par les pays du Nord augurent de la rareté des investissements, du crédit et plomberaient davantage les projets de développement des Etats du Sud sans le concours financier des pays émergeants comme la Chine. En 2007, la France a même réduit de 66 millions de dollars son APD à l’Afrique dont l’épargne des immigrés vers leurs pays d’origine est supérieur à cette APD. Par exemple la manne financière de la diaspora malienne dépasse l’APD de la France : 120 milliards CFA soit 182 M€ pour 120 000 Maliens dont 50 000 en situation irrégulière. Elle devait représenter 0,7 % du revenu national brut (RNB), mais en 2007 elle n’est en réalité que de 0, 4 %.

Son contenu réel est un véritable fourre-tout : 32% représentent des remises sur des dettes (hors remise de dette l’APD de la France tombe à 0,27%) ; des prêts concessionnels accordés à un taux inférieur à celui du marché mais majorés d’intérêts ; salaires des expatriés travaillant dans le cadre de la coopération ; frais de scolarité de leurs enfants dans les écoles françaises ; dépenses liées à la scolarité des étudiants du Sud dans un pays riche ; frais d’accueil des étrangers ; frais de fonctionnement de l’OFPRA ; apports de la France aux agences multilatérales (FMI, BM,…).

Une partie de l’APD constitue de l’aide liée car elle revient aux pays donateurs, entre autres par l’achat d’aliments, de médicaments, d’équipements et de services provenant du Nord.

La dette imprescriptible du sang est constituée de la Traite des Nègres, la colonisation, les morts sur les champs de batailles à l’étranger, sur les chantiers des travaux publics et du bâtiment, etc... Mais l’amnésie semble s’être emparée de certains qui veulent effacer de la mémoire collective des méfaits dont fut victime l’Afrique et dont elle porte encore les stigmates. Ces crimes contre l’humanité (cf. loi du 21 mai 2001 dite « loi Taubira » sur l'esclavage) tracent une ligne rouge dans l’absolu de nos consciences. Cette dette du sang doit être portée sur certaines consciences comme le fruit porte son noyau.

L’insaisissable président sénégalais, qui avait déjà qualifié « d’inacceptable » ce discours de Dakar, a répondu sur le fond : « Si M. Guaino avait participé à ce colloque sur les tirailleurs, il aurait vu que le Noir s’est bien installé dans l’Histoire, notamment depuis ce jour du 21 juillet 1857, date de création du premier régiment du tirailleur sénégalais ».

« Car finalement, la liberté qui lui permet aujourd’hui d’être très sévère dans ses jugements est largement due aux Africains », a estimé Maître Wade en référence à l’appui apporté par les troupes coloniales à la libération de la France pendant la Seconde guerre mondiale.

« Nous étions là chaque fois que la liberté, le bien le plus précieux de l’Homme, a été menacée. Nous avons toujours payé notre tribut. Peut-on mieux être installé dans l’Histoire ? », a lancé le chef de l’Etat. Mais il devrait inviter son « ami » à aller se recueillir à la 87e division, avenue des combattants étrangers morts pour la France, située près du crématorium du cimetière du Père Lachaise où mon compatriote Karim Touré et moi-même avions raccompagné, le lundi 29 septembre 2008, à sa dernière demeure Andrée Kéita née Soligny, la veuve de mon oncle feu Abou Kéita.

Ou bien l’inviter à voir « Les Indigènes » du réalisateur Rachid Bouchare interpréter notamment par Djamel Debouze et primé à Cannes le 17 mai 2006.

Sinon regarder « Miracle à Santa-Anna » le nouveau film de Spike Lee, l’un des réalisateurs les plus reconnus et les plus engagés des Etats-Unis : il relate l’histoire réelle des militaires afro-américains (descendants d’esclaves africains) qui se sont distingués pendant la seconde guerre mondiale en Italie dans la « 92e Buffalo Soldier Division » stationnée en Toscane.

III/ Pour un partenariat diversifié et rationalisé

C’est un levier essentiel pour assurer l’indépendance réelle et le développement efficient des Etats africains.

Les chemins de la renaissance africaine passeront inéluctablement par une prise de conscience, un sursaut. Il est impératif, salutaire de promouvoir, de vulgariser le sacro-saint principe d’économie politique sur la « diversification des sources d’approvisionnement », l’attribution rationnelle des marchés publics, le libre choix des relations politiques, diplomatiques et économiques.

« Celui qui agonise se débat » dit un axiome sénégalais « et quand on a faim on ne regarde pas l’auteur de la main tendue, ni l’origine du sauveur ».

Certes la realpolitik nous enseigne que « les Etats n’ont pas d’amis, mais surtout des intérêts », mais la Chine contribue indéniablement au développement de l’Afrique, « soulage » ses souffrances bien qu’elle ne soit pas désintéressée. Au contraire de ses prédécesseurs sur le continent noir, avec lesquels les rapports étaient toujours marqués par la mécanique des vases communicants : « l’enrichissement, le développement des uns se faisant sur le dos et la paupérisation des autres ».

Peut-on se clamer ami de l’Afrique tout en maltraitant systématiquement ses « enfants » en France ? Préservez-nous de notre « ami » Sarkozy qui ne nous veut pas que du bien afin que nous nous occupions de nos ennemis ! Son attitude s’apparente plutôt à un paternalisme suranné. Mais il serait beaucoup plus sage et judicieux de réduire la voilure quand on n’a plus les moyens de ses ambitions de « Grande puissance ». La réalité est parfois plus cruelle que les rêves de grandeur. A quand la repentance sur les méfaits de l’esclavage et de la colonisation ? Pour avoir droit à la rémission, au pardon, il faut au préalable, paraît-il, faire acte de remords, de repentir, de contrition !

Au-delà de la dette de sang, il n’est pas inutile et incongru de rappeler ces propos de Maître Abdoulaye Wade prononcés au colloque international de Dakar du 17 septembre 2008 sur les tirailleurs sénégalais: « L’Afrique s’est bien installée dans l’Histoire par ses apports à la connaissance, la science et la technologie. Mais cet apport, il ne faut pas le rechercher pendant la colonisation, dont la mission première a été de dépersonnaliser ». […] « Dès l’aube de l’humanité, nous Africains avions par nous-mêmes trouvé toutes les grandes inventions fondamentales de l’Humanité, de l’agriculture à la poterie et à la métallurgie ».

Son compatriote historien et anthropologue Cheikh Anta Diop (1923-1986) devrait en sourire ou applaudir ; lui qui avait mis l’accent sur l’apport de l’Afrique à la culture et à la civilisation mondiales.

Mais comme disait le philosophe français Ernest Renan (1823-1892) « le temps présent est sombre et je n’augure pas bien de l’avenir prochain ! ». Au regard des conséquences futures de l’actuel séisme financier international, cette sombre prédiction concerne l’Afrique vu l’interaction de ses relations avec le Nord dans les domaines bancaire et économique. Que Dieu préserve l’Afrique !

Nabbie Ibrahim «Baby » SOUMAH, Juriste et anthropologue guinéen
transmis par Oumar Cissé à www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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