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Nos hôpitaux, de quelque position que l’on se situe, sont aujourd’hui plus qu’une infamie sans précédent. Dans l’imagerie populaire, les hôpitaux effrayent, pas parce qu’il y a des injections mal données ou des perfusions glucosées mal à propos au grand dam des diabétiques. Mais parce que c’est le centre des affaires au sens le plus large du terme. Une effarante foire d’empoigne. Le Serment d’Hippocrate ? Il s’en est allé à jamais sous les abysses de la médiocrité, du clientélisme, du gain facile et de l’indifférence coupable des gouvernants. La supposée pénurie de sang qui a agacé le Président de la République en fait largement foi. Coup de projecteur !
Dans les honteux hôpitaux nationaux – Ignace Deen et Donka qualifiés certainement à tort de références – autres nombreuses autres structures sanitaires du pays, les hommes en blouse blanche quel que soit le niveau, portent mal leur uniforme. Tant l’idée qui les animent tous les jours, même s’ils ne l’avouent pas, est d’amasser plein de billets de banque et récemment on parle… de produits pharmaceutiques de malades déjà confrontés à la cruauté de la cherté des pharmacies y compris celles appelées ‘’par terre’’. Les mots ne sont pas si forts. Ici en effet, tout le monde ou presque arbore la blouse, donc docteur dans la tête de certains patients tenaillés par des maux mais en mal de reconnaissance dans ces milieux ‘’hospitaliers’’.
Au-delà de l’aspect répugnant – patients alités deux par deux, projets de rénovation entamés et abandonnés, toiles d’araignées même dans le bureau du directeur, murs lézardés et décrépis, absence de toilettes publiques saines ou de poubelles, manque d’eau courante, d’éclairage – nos hôpitaux ou ce qui y ressemble, se muent tous les jours en épouvantails : la politique du « donnant donnant » est tellement admise qu’elle est érigée en devise. C’est-à-dire celui qui a droit aux lit et traitement adéquats et dignes du nom, c’est celui-là qui met la main à la poche avant toute autre admission. Au patient donc de se tordre de douleurs en attendant sa place à Kamerun d’à côté. Le Serment d’Hippocrate ? Ceux qui le connaissent, le foulent au pied. Au mépris de la corporation. Ceux qui ne le connaissent pas, ne se font pas de soucis. Ils sont vraiment nombreux : stagiaires, ambulanciers, garçons de salles, etc. d’antan qui se reconvertissent aujourd’hui en soignants ou en ‘’médecins’’. Copinage et favoritisme aidant, chacun grouille de son côté pour trouver la popote. Devant ce fait divers, les chefs de pavillons ferment les yeux, si ce n’est pas eux qui encombrent les cabines par les leurs, recommandés ou pas. Les autres étudiants qui préparent leurs thèses, ne finissent jamais de collecter leurs données. Ils font la rotation avec d’autres. Certains les appellent si horriblement ‘’assassins autorisés’’, ainsi que les autres sortant des structures sanitaires de Kindia, Labé ou N’Zérékoré, devant en principe exercer dans les centres de santé. A Conakry, tout est encombré. A l’intérieur du pays, tout est désert. Personne n’accepte d’y aller pour servir.
Vous dites bien intérieur du pays ! Là, les choses sont plus que scandaleuses. Car, s’il y a les infrastructures et les équipements, point en revanche de spécialistes : gynécologues, dentistes, chirurgiens, etc. Là où on retrouve très rarement ces quelques spécialistes, point de médicaments, d’équipements. Ne songez donc pas à être évacué sur l’hôpital régional : là-bas, routes escarpées et ambulances ne font jamais bon ménage. Bref tout un cocktail qui favorise la mort anticipée du patient. Il vaut mieux donc pour un malade rester à la maison, mourir dans la dignité et dans la main des siens, que d’aller se faire achever dans nos hôpitaux, pardon nos mouroirs. Le tout sous le regard indifférent et coupable du Ministère de tutelle.
Avec des hôpitaux délabrés, des équipements vétustes, des médecins incompétents et cupides, le manque de lits, de produits pharmaceutiques, etc., comment le système sanitaire, pourtant secteur social de base de notre pays pourra-t-il être dans ce cas opérationnel et performant ? Un grand manque à gagner qui explique en partie les évacuations sur Rabat, Dakar et ailleurs. Des évacuations qui constituent une autre paire de manches. Mais aussi un cauchemar pour les parents pauvres.
Pourtant, tout le monde n’est pas absolument médiocre, tout ne manque pas dans les hôpitaux. Seulement, côté gestion humaine et matérielle, c’est le désastre. « Ce qui est à la fois triste et ridicule, c’est que beaucoup d’étudiants étrangers viennent assurer leur formation universitaire en médecine à Conakry, mais nos malades vont se faire soigner à l’étranger et le plus souvent ils sont traités par des médecins formés en Guinée ou par des médecins guinéens qui ont émigré pour la recherche d’un meilleur cadre afin de mieux pratiquer leur profession. On peut citer en exemple les étudiants camerounais, capverdiens, maliens, congolais, etc. qui sont formés à la faculté de médecine de l’Université de Conakry. » Et comme la Guinée est signataire, et ce depuis 1977, de la résolution de la trentième Assemblée mondiale de la santé, l’heure est venue de revoir ceci : « le principal objectif des gouvernements et de l’OMS dans les prochaines décennies, devrait être de faire accéder tous les habitants du monde à un niveau de vie et de santé qui leur permette de mener une vie socialement et économiquement productive ».
De toute évidence, la sauvegarde de la santé publique interpelle la conscience de chacun. Le système sanitaire d’abord, ensuite la population dont la sensibilisation demeure pour l’instant la seule arme. Et l’Etat dans tout cela ? Il doit être poursuivi pour non assistance pour populations en danger. Que les magistrats réfléchissent sur l’opportunité d’une mise en place d’une juridiction compétente et indépendante. Le jeu en vaudra la chandelle. Et le changement tant prôné par le Président Alpha Condé passe aussi par là. Après tout, de nombreux Guinéens ont passé l’arme à gauche à cause du laisser-aller, de la maladresse ou de l’incompétence des hommes en blouse blanche. Sans aucune autre voie de recours. C’est déjà assez !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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