samedi 18 juin 2011
Santé publique : Où est passé le Serment d’Hippocrate ?
Thierno Fodé Sow

Nos hôpitaux, de quelque position que l’on se situe, sont aujourd’hui plus qu’une infamie sans précédent. Dans l’imagerie populaire, les hôpitaux effrayent, pas parce qu’il y a des injections mal données ou des perfusions glucosées mal à propos au grand dam des diabétiques. Mais parce que c’est le centre des affaires au sens le plus large du terme. Une effarante foire d’empoigne. Le Serment d’Hippocrate ? Il s’en est allé à jamais sous les abysses de la médiocrité, du clientélisme, du gain facile et de l’indifférence coupable des gouvernants. La supposée pénurie de sang qui a agacé le Président de la République en fait largement foi. Coup de projecteur !

Dans les honteux hôpitaux nationaux – Ignace Deen et Donka qualifiés certainement à tort de références – autres nombreuses autres structures sanitaires du pays, les hommes en blouse blanche quel que soit le niveau, portent mal leur uniforme. Tant l’idée qui les animent tous les jours, même s’ils ne l’avouent pas, est d’amasser plein de billets de banque et récemment on parle… de produits pharmaceutiques de malades déjà confrontés à la cruauté de la cherté des pharmacies y compris celles appelées ‘’par terre’’. Les mots ne sont pas si forts. Ici en effet, tout le monde ou presque arbore la blouse, donc docteur dans la tête de certains patients tenaillés par des maux mais en mal de reconnaissance dans ces milieux ‘’hospitaliers’’.

Au-delà de l’aspect répugnant – patients alités deux par deux, projets de rénovation entamés et abandonnés, toiles d’araignées même dans le bureau du directeur, murs lézardés et décrépis, absence de toilettes publiques saines ou de poubelles, manque d’eau courante, d’éclairage – nos hôpitaux ou ce qui y ressemble, se muent tous les jours en épouvantails : la politique du « donnant donnant » est tellement admise qu’elle est érigée en devise. C’est-à-dire celui qui a droit aux lit et traitement adéquats et dignes du nom, c’est celui-là qui met la main à la poche avant toute autre admission. Au patient donc de se tordre de douleurs en attendant sa place à Kamerun d’à côté. Le Serment d’Hippocrate ? Ceux qui le connaissent, le foulent au pied. Au mépris de la corporation. Ceux qui ne le connaissent pas, ne se font pas de soucis. Ils sont vraiment nombreux : stagiaires, ambulanciers, garçons de salles, etc. d’antan qui se reconvertissent aujourd’hui en soignants ou en ‘’médecins’’. Copinage et favoritisme aidant, chacun grouille de son côté pour trouver la popote. Devant ce fait divers, les chefs de pavillons ferment les yeux, si ce n’est pas eux qui encombrent les cabines par les leurs, recommandés ou pas. Les autres étudiants qui préparent leurs thèses, ne finissent jamais de collecter leurs données. Ils font la rotation avec d’autres. Certains les appellent si horriblement ‘’assassins autorisés’’, ainsi que les autres sortant des structures sanitaires de Kindia, Labé ou N’Zérékoré, devant en principe exercer dans les centres de santé. A Conakry, tout est encombré. A l’intérieur du pays, tout est désert. Personne n’accepte d’y aller pour servir.

Vous dites bien intérieur du pays ! Là, les choses sont plus que scandaleuses. Car, s’il y a les infrastructures et les équipements, point en revanche de spécialistes : gynécologues, dentistes, chirurgiens, etc. Là où on retrouve très rarement ces quelques spécialistes, point de médicaments, d’équipements. Ne songez donc pas à être évacué sur l’hôpital régional : là-bas, routes escarpées et ambulances ne font jamais bon ménage. Bref tout un cocktail qui favorise la mort anticipée du patient. Il vaut mieux donc pour un malade rester à la maison, mourir dans la dignité et dans la main des siens, que d’aller se faire achever dans nos hôpitaux, pardon nos mouroirs. Le tout sous le regard indifférent et coupable du Ministère de tutelle.

Avec des hôpitaux délabrés, des équipements vétustes, des médecins incompétents et cupides, le manque de lits, de produits pharmaceutiques, etc., comment le système sanitaire, pourtant secteur social de base de notre pays pourra-t-il être dans ce cas opérationnel et performant ? Un grand manque à gagner qui explique en partie les évacuations sur Rabat, Dakar et ailleurs. Des évacuations qui constituent une autre paire de manches. Mais aussi un cauchemar pour les parents pauvres.

Pourtant, tout le monde n’est pas absolument médiocre, tout ne manque pas dans les hôpitaux. Seulement, côté gestion humaine et matérielle, c’est le désastre. « Ce qui est à la fois triste et ridicule, c’est que beaucoup d’étudiants étrangers viennent assurer leur formation universitaire en médecine à Conakry, mais nos malades vont se faire soigner à l’étranger et le plus souvent ils sont traités par des médecins formés en Guinée ou par des médecins guinéens qui ont émigré pour la recherche d’un meilleur cadre afin de mieux pratiquer leur profession. On peut citer en exemple les étudiants camerounais, capverdiens, maliens, congolais, etc. qui sont formés à la faculté de médecine de l’Université de Conakry. » Et comme la Guinée est signataire, et ce depuis 1977, de la résolution de la trentième Assemblée mondiale de la santé, l’heure est venue de revoir ceci : « le principal objectif des gouvernements et de l’OMS dans les prochaines décennies, devrait être de faire accéder tous les habitants du monde à un niveau de vie et de santé qui leur permette de mener une vie socialement et économiquement productive ».

De toute évidence, la sauvegarde de la santé publique interpelle la conscience de chacun. Le système sanitaire d’abord, ensuite la population dont la sensibilisation demeure pour l’instant la seule arme. Et l’Etat dans tout cela ? Il doit être poursuivi pour non assistance pour populations en danger. Que les magistrats réfléchissent sur l’opportunité d’une mise en place d’une juridiction compétente et indépendante. Le jeu en vaudra la chandelle. Et le changement tant prôné par le Président Alpha Condé passe aussi par là. Après tout, de nombreux Guinéens ont passé l’arme à gauche à cause du laisser-aller, de la maladresse ou de l’incompétence des hommes en blouse blanche. Sans aucune autre voie de recours. C’est déjà assez !


Thierno Fodé SOW


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
HORODEN, mardi 21 juin 2011
En Guinee rien ne va, mais ce qui fait que dans le domaine de la sante les choses sont palpables c`est par ce que tout acte mal accompli endeuille des familles entieres. Mes chers compatriotes la ou il n` y a pas d`eau pas de courant pas de medicamants, comment voulez vous avoir de la proprete. C`est pas possible. La faute n`est pas au medecins puisque ces medecins exercent leur metier pour vivre et faire vivre leurs familles comme le comptable, l`informaticien et j`en passe. Si l`Etat ne prend pas ses responsabilites pour mettre en place une assurance maladie, reformer la profession pour eviter qu`un infirmier se fasse Docteur une aide soignante pour infirmniere, un garcon de salle pour Professeur agrege, on va aller de mal en pire. A cote de tout cela nous citoyen devons sensibiliser les patients a porter plainte en cas de soins mal administres et ayant cause de degtas sur une personne. Moi qui vous parle j`ai ete souvent victime de bavures medicales et c`est ma famille meme qui s`oppose a la poursuite des auteurs. Les medecins titulaires qui ont les competences ne sont pas motives pour rester dans les hopitaux, donc ils ne font pas garde par ce que les conditions ne sont pas reunies pour eux de dormir a l`hopital ( pas de toilettes, pas de lits appropries, pas d`eau, pas de primes). Cet article est plus que vrai mais comment inverser la tendance si l`Etat ne prends pas ses responsabilites?
Keoulenba, mardi 21 juin 2011
On ne peut pas faire beaucoup de commentaires... Apres avoir engranger sept cent millions de dollars des miniers et quinze millions d`euros d`AREEBA, il n`y a pas de raison de laisser mourrir les electeurs par manque de pochettes et de reactifs pour la transfusion sanguine.
Paul THEA, dimanche 19 juin 2011
Il y a tant d`exemples à donner sur nos hopitaux que je préfère me contenter de ce qui est cité plus haut. La corruption est générale et chacun se débrouille à son poste dans tous les secteurs; alors comme je le dis depuis des lustres, c`est le système qu`il faut changer.
Balde ousmane Bruxelles, samedi 18 juin 2011
Voila un article qui concerne tous les guineens.Juste un commentaire sur les sanitaire.quand on parle des toilettes salles il faut parler en general.Il rare de voir en guinee des toilettes propre meme dans les belles villas. Le guineen peut acheter un voiture mais reparer ses toilettes.
conseilee ran de ministre, samedi 18 juin 2011
alyyfa conde a dit sante gratuite meme dan les pays les plus rich du monde la santee n es pas gratuite
POKPA HOLOMO LAMAH, samedi 18 juin 2011
Beaux commentaires Mr Sow. On ne dira jamais assez la santé avant tout. Sauf que ce qui se passe dans les hôpitaux se passe aussi ailleurs. Notre société est très infestée. Il nous faut une cuire générale. Pour terminer, je tiens à émettre une réserve importante à vos propos. À en croire les responsables en charge, ce n`est pas une supposée pénurie de sang, mais une vraie pénurie. Sinon pourquoi aller en chercher maintenant dans les pays voisins. Quant à savoir comment en sommes-nous arrivés là et quelle dispositions pratiques prendre pour éviter la réédition, aux autorités de tutelle de nous le démontrer.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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