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La Chine (l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU) serait opposée au déclenchement de la procédure devant aboutir à la saisine de la Cour pénale internationale sur les évènements du 28 septembre 2009. Le contrat de plus de 7 milliards de dollars US que l’Etat guinéen vient signer avec la société China International Find ne serait pas étranger à l’attitude de l’Empire du Milieu.
Pourquoi le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) tarde-t-il encore à saisir la Cour pénale internationale (CPI) à des fins poursuites judicaires contre les présumés responsables du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée ? Ils sont nombreux les Guinéens qui se posent cette question en plus de celles liées entre autres à l’état de santé du chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis Camara. Cet empressement à voir ce dossier confié à la CPI par le Conseil de sécurité des Nations Unies fait écho à l’assurance donnée par certaines personnalités étrangères quant à l’imminence de cette saisine.
On se rappelle en effet que quelques heures après la publication du rapport de la Commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur les évènements du 28 septembre, le ministre français des Affaires Etrangères Bernard Kouchner avait laissé entendre devant les députés de son pays que c’était une question d’heures. Il a fait cette déclaration le lundi 21 décembre dernier moins de 48 heures après la remise officielle du rapport de la Commission d’enquête au Secrétaire général et au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Très porté sur le dossier guinéen depuis notamment ce massacre qui a fait, selon ledit rapport, plus de 156 personnes tuées ou disparues, plus de 109 femmes ou jeunes filles violées, ainsi que des centaines de blessés, le ministre français des Affaires Etrangères serait-il vite aller en besogne ? S’est-il laissé aller à ce que certains appellent ‘’son aversion, voire sa haine de Dadis» ? Dont il dira également devant l’Assemblée nationale française qu’il ne devait pas retourner en Guinée au risque de provoquer une guerre civile. Faut-il rappeler que chef de la junte guinéenne est soigné actuellement à Rabat au Maroc depuis que son aide de camp Toumba Diakité a ouvert le feu sur lui le 3 décembre 2009.
A l’évidence, plus de deux semaines après la sortie tonitruante du chef de la diplomatie française, les choses ne sont pas allées aussi rapidement qu’il en avait donné l’impression aux premières heures de la publication dudit rapport. Riche de plus d’une soixantaine de pages, jugées « fouillées » par le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) Thierno Madjou Sow, le document onusien a en effet clairement suggéré la responsabilité pénale du chef de la junte dans les évènements du 28 septembre 2009. « La Commission considère qu’il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du président Moussa Dadis Camara », peut-on lire dans ce rapport. Qui porte un doigt accusateur sur d’autres personnalités comme l’ex aide de camp Toumba Diakité, le ministre chargé des Services Spéciaux Moussa Tiégboro Camara, etc.
Aujourd’hui, il apparaît donc que le Conseil de Sécurité traîne des pieds quant à la saisine de la Cour pénale internationale. Que se passe-t-il alors ? Selon certaines informations, la procédure ne s’est pas révélée aussi facile que ça entre les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Dans ce quinté des grands, il ne fait l’ombre d’aucun doute que la France, les USA et la Grande Bretagne sont les plus déterminés à faire comparaître Moussa Dadis Camara et ses compagnons devant la Cour pénale internationale. Il semble que même la Russie qui a si souvent nagé à contre-courant des USA serait favorable à la saisine de la CPI sur le dossier. C’est donc la Chine qui ferait obstacle à l’évolution, voire à l’aboutissement de la procédure au Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour faire direct, l’Empire du Milieu opposerait son veto à toute décision visant à mettre la Cour pénale internationale aux trousses des dirigeants guinéens. Faut-il rappeler qu’il suffit qu’un des cinq membres permanents du CS actionne son droit de veto pour qu’un dossier soit recalé. Et la Chine menacerait aujourd’hui d’user de ce droit si la question de la saisine de la CPI est soumise au vote des cinq du Conseil de sécurité.
Quelques graves que fussent les évènements du 28 septembre, la Chine serait tenue à la gorge par le régime du Capitaine Moussa Dadis Camara. Ce, depuis la signature de ce que certains médias guinéens appellent le « contrat du siècle » entre l’Etat guinéen et la société chinoise China International Fund qui doit investir 7 à 9 milliards de dollars US en Guinée. En contrepartie, selon certaines informations, 70% de l’offshore ainsi que des parts de l’Etat dans la CBG et d’autres sociétés minières devraient revenir à cette société.
La Chine servirait ainsi de bouclier pour la Guinée au Conseil de Sécurité de l’ONU, afin que la procédure de votation de cette saisine fasse chou blanc. Cette thèse qui est vraisemblable risque donc de faire traîner davantage cette question qui risque d’être rangée dans les tiroirs onusiens.
Toutefois, certains estiment que tout n’est pas perdu quant au traitement du dossier des massacres du 28 septembre par la justice internationale. Les adeptes d’une comparution des auteurs et commanditaires de ces faits qualifiés de ‘’crimes contre l’humanité» par la Commission d’enquête onusienne misent en dernier ressort sur la capacité de la CPI elle-même, à s’autosaisir du dossier guinéen. Et tout porte à croire qu’on pourrait s’acheminer vers cette optique au cas où le Conseil de sécurité de l’ONU ne parvenait pas à franchir le pas.
Déjà, l’une des personnalités de la Cour pénale internationale projetait l’envoi en ce mois de janvier d’une équipe qui doit enquêter sur ces évènements, afin de recueillir tous les éléments pouvant déterminer si ou non les dirigeants guinéens sont passibles devant la CPI pour les crimes commis le 28 septembre. Des experts en matière de recherche de preuves pénales devront ainsi fouiner dans les évènements du 28 septembre. Ce sera le début de la procédure pénale dans ce dossier qui n’a pas fini d’alimenter la chronique nationale et internationale.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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