samedi 13 mars 2010
Rodrigue Kpogli: «Les Noirs n’ont pas encore compris qu’ils n’ont pas d’alliés dans le monde.»
Rodrigue Kpogli

Rodrigue Kpogli est Secrétaire Général de l'organisation panafricaniste, la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A), organisation fondée en 2003 au Togo et ouverte à tous les Africains. Il a accordé un entretien à Lynx.info.

Lynx.info : M. Kpogli, l’histoire semble donner raison aux radicaux, ceux-là mêmes qui n’ont jamais cru en la bonne foi de Faure et du RPT. Que retenez-vous des élections du 4 mars 2010 ?

Rodrigue KPOGLI: Effectivement, ceux qui veulent un changement profond de la société dans le territoire togolais ne pouvaient pas espérer une élection transparente de la part du régime. C’est une évidence! La dictature ne s’est pas rajeunie et n’a pas ensanglanté le pays en 2005 pour lâcher de sitôt. Nous étions de ces rares cénacles à garder la lucidité face à la déferlante d’émotion qui a tout emporté sur son passage. Nous avions dénoncé les pièges, beaucoup nous ont traités de tous les noms d’oiseaux. Nous avions dit que la candidature unique était une vraie-fausse stratégie, on nous a dit de la fermer car, d’éminentes personnalités pensent le contraire. Nous avions listé tout ce dont il fallait s’occuper, étant donné que la voie électorale semble être le choix de «l’opposition», on nous a rétorqués que nous empêchions les gens de travailler sur le terrain. Nous avions estimé qu’il était une erreur d’inscrire une fois encore le peuple africain du Togo dans une dynamique électoraliste qui fonctionne à perte depuis 20 ans, on a estimé que nous étions dans la vaticination du pire. C’est d’ailleurs votre Journal qui nous a permis de dire tout ceci. Que pouvons-nous dire d’autre?

Franchement, nous n’avons aucune leçon à tirer. S’il doit y avoir des leçons à tirer, c’est à ceux qui ont estimé qu’il y aurait élection de le faire. En revanche, ce qu’on peut constater tous ensemble, c’est que les souffrances de notre peuple vont continuer. C’est révoltant!

Agboyibor veut l’annulation des élections. Croyez-vous qu’il aura satisfaction devant une Cour Constitutionnelle pas trop habituée, selon les togolais, à dire le droit ?

Reprenez le document du CAR qu’il a élaboré pour demander l’annulation du cirque électoral du 04 mars. Relisez ensuite l’interview que nous avions réalisée avec Lynxtogo le 29 janvier 2010. Relisez-la et vous verrez si les irrégularités et les fraudes dont se plaint Me Agboyibo aujourd’hui n’étaient pas connues d’avance.

Ce qui est toujours aberrant dans les démarches de cette «opposition» c’est qu’elle continue de croire et de faire croire que dans une tyrannie, il y a des institutions à part la volonté du tyran et celle de ses ramifications. La Cour Constitutionnelle n’existe pas au Togo. C’est une chimère. Comme tous les pays normaux ont une cour constitutionnelle, le territoire togolais aussi s’en dote pour la forme. C’est un effet de mode. Le fond est vide, vide comme un tonneau.

Le viol de la Constitution et les voies de fait sont légion au Togo, l’avez-vous une fois entendue se prononcer? Au contraire, cette cour est là pour habiller toutes les violations de la règle du droit pour leur conférer le caractère de la légalité. Koffi Yamgnane en sait quelque chose. Donc, clairement, Agboyibo n’aura rien. C’est un geste pour la forme qu’il fait. Il le sait bien d’ailleurs!

L’UE constate des manquements graves dans son rapport mais ne semble pas aller au delà …

C’est justement ce pourquoi l’UE y était. Constater des manquements et des irrégularités, les minimiser puis conclure que malgré tout, le cirque de mars 2010 est un progrès par rapport à celui d’avril 2005. C’est simple et c’est toujours comme cela que l’Europe et les autres puissances impérialistes et profondément négrophobes agissent. C’est nous qui sommes naïfs pour aller croire que l’UE fera autre chose. Depuis quand l’Europe a soutenu la démocratie dans le monde et notamment en Afrique? Si nous prenons la propagande occidentale sur la démocratie, la transparence et les droits de l’Homme comme une réalité, c’est que nous n’avons pas encore compris le monde dans lequel nous vivons. L’Europe ne va pas sortir 19 millions d’Euro - au moment même où elle vit une crise financière de surcroît - pour que les Nègres sur le territoire togolais obtiennent leur liberté. Les Noirs n’ont pas encore compris qu’ils n’ont pas d’alliés dans le monde. Bref, tant que nous n’allons pas comprendre que l’Europe et les puissances étrangères sont du problème et non de la solution pour l’Afrique, eh bien, nous allons continuellement lorgner le bonheur des autres comme des chiens solitaires ayant perdu leurs maîtres.

La rue peut-elle faire plier le régime de Faure ?

Mais, bien sûr que oui! Seulement, il faut l’organiser et l’outiller efficacement. Le fait est que nous avons choisi de jouer avec à l’idée, une obligation de moyen et non de résultat. La conséquence logique est que le discours qu’on tient est: «on va essayer». Dès que vous refusez de rentrer dans ce jeu de «on va essayer», on vous répond que vous ne voulez pas vous battre ou que vous ne sortez pas du discours pour faire de l’action. Mieux, on vous dit «bon, nous allons essayer, si on échoue, on dira au moins que ce sont ceux qui essaient qui échouent». C’est bien d’essayer; sauf que nous devons désormais avoir l’obligation de résultat. Notre peuple est dans un tel dénuement et dans telle humiliation que nous aurons tort de vouloir toujours essayer, alors que nous avons les capacités de faire autrement. Cette façon de faire a pour résultat de désespérer le peuple et de le détourner au final. Si vous cherchez l’idéologie, l’agenda et la méthode qui guident les «on-va-essayistes», vous ne trouverez rien. D’où notre incessant appel à disposer de notre propre agenda fondé sur une analyse radicale de la situation, un plan d’action à moyen et long termes tenu par des hommes et des femmes formés.

Tous les peuples du monde ont en eux l’énergie et les outils qu’il faut pour vaincre les difficultés les plus terribles. Il faut les stimuler, les organiser, les canaliser et les mettre en mouvement. On ne peut se lever comme ça pour le faire. C’est un métier. Surtout que notre lutte est, nous ne cessons de le dire, une lutte de libération. Nous n’aurons d’autre voie en dehors de celle-là. Pas de raccourcis possible face à une tyrannie.

Il faut aussi tenir compte de la peur qui est ancrée dans les esprits depuis 1963. Laquelle a été aggravée en 2005. Donc, nous revenons encore une fois au travail sur la durée. Si nous continuons comme actuellement, en 2015, nous aurons la même chose à moins qu’un soldat ou un officier sorte des rangs et tire sur Faure Gnassingbe et ses amis. Ce qui pour le moment est un rêve. Et même s’il se réalise, rien n’indique que le changement démocratique s’opérera.

Gilbert Bawara explique l’esprit d’ouverture de Faure pour confirmer la victoire écrasante de Faure…

Ecoutez, quand la lionne attrape un gnou, les lionceaux jouent avec lui, n’est-ce pas? Circulons, il n’y a donc rien à observer.

Revenons à l’opposition. Qu’a t-il de nouveau manqué en 2010 ?

Puisqu’elle a choisi de passer par les élections pour vaincre une tyrannie, elle savait depuis 2005 qu’elle avait une échéance en 2010. A-t-elle suffisamment travaillé? Le résultat est devant nous. Tout le monde peut en juger. Le régime Gnassingbe perdure non pas parce qu’il est plus puissant que le peuple africain du Togo ou que celui-ci l’élit. Si vous passez 4 ans sur 5 à courir derrière un hypothétique dialogue pour avoir la primature ou des ministères ou encore à aller à des législatives toujours organisées par le même régime, eh bien, c’est que vous n’avez pas votre propre agenda. Si c’est à 3 mois du scrutin que vous courez dans tous les sens pour soi-disant chercher un candidat et les moyens, eh bien, vous n’aurez rien. Si vous n’avez pas pris en compte le fait que le peuple est, quelle que soit sa détermination, constitué d’hommes et de femmes ayant des raisons légitimes d’avoir peur et qu’en conséquence, il faut leur parler et les organiser, vous n’aurez rien. Si en plus de tout ça, vous vous remettez à l’insaisissable, poussiéreuse et fantomatique communauté internationale et aux escrocs de bailleurs de fonds, c’est que vous n’avez pas compris la question qui se pose.

A chaque élection, sa formule entend-on dire au RPT. Comment expliquez-vous qu’une poignée soit si forte que tout un peuple ?

Non, le clan Gnassingbe n’est pas plus fort que le peuple. Notre récurrente défaite est due au fait que nous voulons prendre des raccourcis pour combattre une tyrannie. Pire, nous ne sommes pas organisés. Chacun croit se suffire. En un mot, si le RPT triomphe c’est moins pour sa force que par notre faiblesse. C’est parce que nous ne travaillons pas comme il faut.

Faure peut-il encore diriger le Togo avec des frustrations que les Togolais disent faire désormais partie de leur vie quotidienne ?

Pourquoi pas? Le tyran n’a pas de sentiments. Il n’a pas à écouter les lamentations d’un peuple étranglé par les scories de la vie et les dégâts de sa gouvernance. La réalité est qu’il règnera au-delà de la période que la masse aurait voulu. Si nous travaillons autrement, oui, nous pouvons écourter sa royauté. Seule la lutte paie!

Beaucoup fonctionnent le frein en mains en estimant que le tyran aura pitié, qu’il entendra raison et que cette fois-ci, il refusera de suivre son instinct de tueur et appellera sa meute de jeunes loups assoiffés de sang à la raison, puis arrive le moment fatidique. Ils constatent qu’ils sont victimes de leur propre illusion. Et là, ils commencent par penser. Puis, ils recommencent par espérer en se disant que cette fois-ci, c’est la fin et là, ils sont conviés à nouveau à la même opération. Si c’est cela qui va continuer après mars 2010, ceux qui se seront suicidés avant la prochaine scène, seront plus heureux que les vivants qui la verront.

Eu égard à tout ce qui se dessine, que va faire Faure et que peut-il encore faire pour le Togo ?

Il ne fera rien. S’il suffisait de lui dire de quitter le pouvoir pour qu’il le fasse, nous aurions pu le lui recommander. Donc la question n’est pas ce qu’il fera, mais ce que nous ferons, nous. La première des choses à faire est de commencer par ne plus faire ce que nous avons fait jusqu’à présent. Ce sera un énorme pas en avant. Le reste suivra.

Actuellement, nous avons des compatriotes arrêtés et déférés à la prison alors qu’ils n’ont rien à y faire. Nous devons travailler à leur libération au plus vite. Car, s’il faut envoyer des gens en prison ce n’est justement pas ceux-là. Mais, l’histoire, où qu’elle se déroule, est le fait des vainqueurs. Et ceux qui, actuellement, dictent leurs lois dans le territoire togolais c’est les truands et les voleurs armés. A nous de travailler pour changer cela. Nous en sommes capables.

A la CDPA on parle de nouveau de bipolarisation. Etes-vous aussi sur cette ligne ?

Qu’est-ce que cela signifie, une bipolarisation? Il ne faut pas dire les choses parce que les autres le disent souvent. Il n’y aucune bipolarisation au Togo. C’est une fumisterie intellectuelle de la part de la CDPA. Quand tout le monde parle de fraudes électorales empêchant la connaissance des vrais résultats des scrutins depuis 20 ans, parler de bipolarisation est une imbécilité qui utilise de gros mots pour mystifier un peuple majoritairement inculte politiquement.

Je vous remercie.

Merci.


12 mars 2010

Propos recueillis par Camus Ali
Lynx.info

 


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Kourouma Ibrahim, mardi 16 mars 2010
M. Rodrigue: comment voulez vous que les blancs soient les amis des noirs quand les noirs ne sont pas amis entre eux. Cette rhétorique de culpabiliser le blanc est une honte pour tout africain. Les asiatiques n`accusent aucun européen ils se sont mis au travail et le résultat est là. Quand à vous M. Rodrigue il suffit que Faure Gnassingbé vous donne un petit poste de responsabilité au Togo où vous pouvez voler un peu de CFA pour garantir votre avenir pour qu`il soit le meilleur président du monde. En Afrique on est opposant tant qu`on ne participe pas au partage du gâteau. Madame Julienne: votre raisonnement est simplement tordu. Dadis n`était qu`un petit fou dans les mains du quel est tombé, pour le malheur de son pays, le pouvoir suprême. Alors lorsqu`on parle d`Afrique et d`africains, pardon éloignez nous de ce nom de Dadis qui est devenu aujourd`hui l`incarnation de l`indignité des armées africaines (dixit la junte nigérienne). Les africains au lieu de se mettre au travil passent leur temps à piller le peu de ressources de leur pays qu`ils vont dépenser en Europe. Les européens nous aiment plus que nous mêmes parceque même pour organiser des élections chez nous on cours à Bruxelles aller mendier des euros (l`élection au Togo financé à 90% par l`UE). Alors mon cher arrêter un peu cette démagogie et mettez vous au travail si vous voulez que votre pays avance. Nous en Guinée depuis l`indépendance on insulte tous les matins les Français mais cela ne nous a jamais donné à manger alors que la France est toujours au conseil de securité. Alors faisons comme les vietnamiens, fermons buro et usines et descendons dans nos plaines et bas fonds pour cultiver du riz et cessez de tendre la main pour manger.
Sékou Oumar Camara, mardi 16 mars 2010
Mme Julienne, dire que les jeunes états africains ont un problème de croissance est une vérité. Par contre, dire que le CNDD avait tendu la main à la classe politique guinéenne n`en est pas une. Si vous portez votre jugement par ignorance des faits, je vous prie de vous renseigner. Mais si votre jugement a un fondement subjectif, là c`est autre chose...
Julienne, mardi 16 mars 2010
Malheureusement mon cher Rodrigue, nos opposants n`ont rien compris dans la lutte contre les dictateurs. "Les états n`ont pas d`amis, ils ont des intérêts". Je déplore ce qui s`est passé au Togo et qui se passe dans nos pays respectifs. Quand je vois que Capitaine Moussa Dadis avait tendu la main à la classe politique pour qu`ensemble ils puissent travailler et sortir la Guinée de sa léthargie, les opposants ont préféré faire la politique de la chaise vide pour courir en France et concocter ce qui a donné le 28 Septembre 2009. Cela m`a tout simplement projeté l`image d`un enfant qui est incapable de se défendre ou de prendre une décision et qui, à chaque fois court voir son père pour que ce dernier lui dise quoi faire. Aujourd`hui, après avoir tout fait pour le mettre à l`écart, ils courent encore le voir en exil afin de rallier ses partisans. C`est tout simplement déplorable. L`Afrique doit penser à une VÉRITABLE STRATÉGIE DE LUTTE CONTRE LA DICTATURE, sinon Conté n`aurait pas règné 24 ans en Guinée. Ne nous leurons pas, personne ne viendra nous sortir de cette situation.
Sékou Oumar Camara, mardi 16 mars 2010
On lie les boeufs par les cornes. On lie les hommes par les paroles...Acta est fabula!
Gandhi, dimanche 14 mars 2010
Cher Mohamed, il y a malheureusement des imbéciles partout, même chez les Noirs !!!
mohamed sylla, samedi 13 mars 2010
nous avons des amis: les Blancs.Et des enenmis: les Arabes. point final.le reste n`est que philosophie. Chez les blanc a part L`ITALIE la sauvage, les noirs sont respectes. chez les arabes sans exception aucune, on les traiteent comme des moutons.Et nous avons des leaders stupides comme Alpha conde et Kouyate(?) qui font tout pour rencontrer un im*****le comme Khadafi.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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