dimanche 16 août 2009
Reymond Ounouted, Ministre de la pêche et de l’Aquaculture : « Nous avons apporté 11 milliards GNF au budget de l’Etat »

La Guinée a pris part, du 22 au 26 juin dernier, à la 61e session de la Convention baleinière internationale (CBI) qui s’est tenue dans les îles Madère, au Portugal. Une centaine de pays membres étaient présents à cette rencontre annuelle. La question sensible de la conservation de la baleine qui divise les Etats membres en deux camps opposés était à l’ordre du jour. La Guinée qui opte pour la l’exploitation durable de la Baleine était représentée par le ministre de la Pêche et de l’Aquaculture. Rencontré par notre reporter, Reymond Ounouted revient ici sur les grands contours de cette rencontre.

 

L’Indépendant : Présentez-vous à nos fidèles lecteurs ?

Reymond Ounouted : Je suis M. Reymond Ounouted, ingénieur de formation et actuel Ministre de la Pêche et de l’Aquaculture grâce à la confiance que le chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara a eu à placer en moi. Et je suis là pour apporter du renouveau au sein du département.

Au mois de juin dernier, vous avez représenté la Guinée à la 61e session de la CBI au Portugal. Quels ont été les contours de cette rencontre ?

C’est vrai qu’au mois de juin dernier j’ai représenté notre pays à la 61e session de la Convention Baleinière Internationale (CBI) qui s’est tenue dans les îles Madère, au Portugal. J’ai conduit une importante délégation de mon département à cette session. Il faut donc rappeler que la CBI est une institution mondiale qui s’occupe de la gestion des baleines et des cétacés. Ceci, de façon durable pour ne pas que cette espèce disparaisse par l’effet de la surexploitation. C’est donc tout un mécanisme qui est mis en place à cet effet. En d’autres termes, c’est le but de la Commission baleinière mise en place. Donc, lors de cette session, nous avons réaffirmé la position de la Guinée à savoir que nous sommes pour l’exploitation durable des ressources. Car, il faut préciser par anticipation qu’au niveau de la Commission baleinière internationale, il y a deux camps qui se dégagent. Il y a un premier camp auquel appartient la Guinée, qui soutient l’exploitation durable des ressources et le second qui milite pour l’arrêt de cette exploitation. Nous sommes tous unanimes que cette espèce est à sauvegarder à cause de son importance pour les recherches scientifiques et l’écotourisme. Mais, en réalité, si on observe les résultats des comités scientifiques, il se dégage une vérité incontournable. Cette vérité est que tout en préservant cette espèce, on peut aussi l’exploiter. Parce que trop de baleines dans nos eaux provoquent une certaine concurrence au niveau de la pêche maritime. Aussi, la quantité de poissons consommés par ces baleines est parfois supérieure à celle pêchée par les humains. Donc, il faut faire un choix. Soit diminuer cette concurrence pour préserver les ressources halieutiques pour la consommation des populations, soit la privilégier au détriment des consommateurs. Le choix de la Guinée est logique et objectif. J’ai le plaisir de vous informer que notre pays a fait une déclaration lors de cette session,  dans laquelle nous avons réaffirmé notre position pour l’exploitation durable. Et, quelle que soit l’opinion internationale des comités scientifiques, notre pays restera sur sa position. D’ailleurs, il faut préciser que nos eaux maritimes ne regorgent pas assez de baleines comme le pensent certains. Par conséquent, il n’y a presque pas d’exploitation de la baleine. Et notre Code de pêche n’autorise pas l’exploitation de cette espèce. En fait, notre position est celle du grand leader, le Japon, qui est soutenue par les résultats de recherches scientifiques. Rien qu’en voyant la quantité de poissons pélagiques que consomme la baleine, vous pouvez imaginer le danger que ça peut représenter pour les consommateurs que nous sommes. En ce sens que plus le nombre des baleines augmentent moins on a de poissons dans nos eaux maritimes. Je pense donc que mieux vaut gérer et autoriser l’exploitation rationnelle de ces ressources pour préserver les autres espèces de poissons. C’est cet esprit que nous avons défendu à Madère. Ce qui n’est nullement en contradiction avec le développement durable. Au contraire, ça préserve les autres espèces et évite leur disparition. Dans d’autres eaux maritimes, il y a excessivement de baleines. Il faut donc mettre des quotas d’exploitation de façon à réguler le nombre de baleines à pêcher par rapport à la quantité disponible. C’est donc pour dire que la position guinéenne est scientifique. Comme je l’ai dit tantôt, la quantité de poisson que consomme une baleine par jour est excessive. Ce qui est scientifiquement prouvé. Il ne faut donc pas que le nombre de baleines influence la pêche maritime et diminue les ressources halieutiques. C’est l’une des raisons. L’autre raison est que le Japon qui est le leader des pays qui soutiennent l’exploitation durable est le pays qui investi de plus dans la pêche en Guinée. C’est le Japon qui a mis à la disposition de la Guinée un bateau de recherche dénommé « Général Lansana Conté ». Ce bijou très moderne sert quasiment la sous région en matière de recherche scientifique. Il est par exemple sollicité par l’Angola, la Côte d’Ivoire, etc. Il permet de faire l’inventaire du stock disponible de poissons dans nos zones maritimes. C’est aussi le Japon qui a permis le financement des ports de pêche de Bonfi, Boulbinet et Témenetaye. Ce qui aide aujourd’hui ce secteur qui avait du mal à sortir de l’ornière. Et actuellement, il est en train d’intervenir dans la pêche continentale dans les régions de Kankan, Mandiana et de Kouroussa. Ces investissements sont faits à titre gratuit et de don non remboursable. Ce pays est donc pour nous un partenaire privilégié. Nous l’accompagnons aussi parce que nous avons la même vision. Et des 15 pays africains qui soutiennent l’exploitation durable de la baleine, la Guinée est le pays leader. Ces pays ont uni leurs voix pour la même option.

Quelles ont été les questions débattues au cours de cette session ?

Il y a des questions d’ordre scientifique et administratif. Pour la première, il y a eu la présentation du rapport du comité scientifique pour l’exercice 2008. Ainsi, on s’est penché sur des questions qui ont trait au système de gestion des quotas de baleines, à la chasse pour les besoins des populations aborigènes, les permis de capture pour les besoins scientifiques, les implications socioéconomiques de la chasse côtière des baleines, l’écotourisme et autres. Quant aux questions d’ordre administratif, on s’est penché sur l’élection du président et du vice président de la CBI pour les deux prochaines années, les cotisations et leurs formules de calcul, l’assistance financière aux pays en développement (membre de la CBI), la date et le lieu de la prochaine session.

Quelles ont été les résolutions qui ont sanctionné la rencontre de Madère ?

Il faut dire que les résultats ont été très concluants. L’un des résultats les plus importants obtenus au cours de cette session porte sur la description du climat de travail au sein de la CBI suite aux efforts du président BILL Hogarth, du secrétariat et des personnes ressources contractées pour cette finalité. Aussi, les décisions sont désormais prises sur la base du consensus au lieu du vote. Il y a également le respect réciproque des positions de chaque camp, et de la culture et des traditions des uns et des autres, etc. C’est pourquoi, lors de cette session, il a été demandé au comité scientifique d’approfondir les arguments pour un consensus à la prochaine session qui se tiendra au Maroc.

Pour sa position, la Guinée est accusée par certaines ONG d’être à la solde du Japon. Que répondez-vous à une telle allégation ?

Je dirai simplement que ceux qui pensent ainsi se trompent. La Guinée n’est à la solde d’aucun pays, encore moins le Japon. C’est de façon objective que nous avons choisi d’adhérer à l’option d’une exploitation durable de la baleine. Ce qui est un argument scientifique qui a été prouvé par les chercheurs. Je pense qu’à ce niveau il n’y a pas d’amalgame. Le deuxième argument s’explique par le fait que nous fédérons pour défendre les intérêts de nos populations. Le Japon est bien sûr un investisseur de taille pour des pays comme le nôtre. Mais, de là à le lier à la position de la Guinée, c’est sans fondement. En tout cas, ça n’a rien à voir.

Le département de la pêche vient d’inaugurer un Centre de surveillance pour ses eaux maritimes. De quoi est-il réellement question ?

La Guinée a été par le passé un mauvais élève. Parce que dans toute la sous région, seul notre pays n’avait pas d’équipements pour surveiller son littoral et empêcher les pirates d’envahir nos eaux. Mais aujourd’hui, par le biais de VMS (Suivi des navires par satellite), un système satellitaire de surveillance de bateaux, nous avons désormais la possibilité de surveiller le mouvement des bateaux dans nos zones de juridiction. Et surtout de surveiller les bateaux des pirates et de réglementer la pêche dans nos eaux. C’est un outil de gestion très important qui permet de gérer des ressources économiques et d’autres avantages liés à la pêche.

Quel est aujourd’hui l’apport économique des ressources halieutiques en Guinée ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2008, les licences de pêche ont apporté au budget national 3 milliards 500 millions de francs guinéens. Et cette année, depuis fin juillet pour être précis, nous avons apporté 11 milliards de francs au budget. Les arraisonnements aussi ont doublé, de 2 milliards et demi l’année dernière, nous sommes aujourd’hui passé à 5 milliards de francs encaissés. Ce qui démontre les efforts déployés par notre département à travers le Centre national de surveillance de pêche pour combler le déficit au niveau du secteur.

Quelles sont les difficultés rencontrées au sein de votre département ?

La plus grande difficulté aujourd’hui, c’est la faiblesse des investissements. Or, si on veut des résultats probants, l’investissement est incontournable. Le Premier Ministre rappelle souvent que la Mauritanie génère 7 milliards d’euros par an suite aux ressources halieutiques. En comparaison, notre pays, la Guinée, ne produit presque rien. Puisque notre pays ne génère qu’environ 1 million de dollars par an de ces ressources. Ce qui est dû à la faiblesse des investissements dans le secteur. Sinon, si on redouble les investissements dans l’installation des congélateurs, le traitement des poissons avant toute exportation, nous avons une valeur ajoutée pour accroître les recettes nationales. Et c’est l’objectif visé par notre département.

 
Propos recueillis par
Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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