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La Guinée se trouve à nouveau en face d’un rendez-vous dont l’issue finale risque d’être amère si le Chef de l’Etat Moussa D. Camara n’arrive pas à saisir l’opportunité d’engager le pays vers le renouveau démocratique. Les négociations engagées entre les Forces Vives de la Nation et le CNDD sous les auspices du Groupe de Contact International sur la Guinée avaient suscitées de l’espoir auprès l’écrasante majorité des guinéens et guinéennes qui aspirent à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Malheureusement, ceux qui militent en faveur de la prolongation de la durée de la transition semblent prendre de l’ascension sur le Chef de l’Etat Moussa D. Camara qui, avait pris l’engagement ferme de respecter le chronogramme proposé par les Forces Vives de la Nation conformément au schéma établit par lui-même au préalable.
Ne dit-on pas que le sens élevé de responsabilité commence d’abord par accepter ce qui est acceptable et ensuite, refuser ce qui ne l’est pas. Il convient de rappeler que l’acceptation du chronogramme par le CNDD n’a jamais été présentée comme une imposition aux nouvelles autorités du pays par un quelconque acteur. C’est le lieu de signaler qu’elle a été le fruit d’une démarche participative, inclusive et itérative voulue en premier lieu par le CNDD en général et le Chef de l’Etat en particulier. Cette volonté avait forgée une admiration et une cote de popularité sans précédente du Chef de l’Etat Moussa D. Camara auprès des citoyens guinéens qui aspirent à l’instauration d’une véritable démocratie en Guinée.
L’amorce du débat relatif à la définition et l’adoption de la feuille de route de la transition a été enclenchée tout au début de la prise du pouvoir par le CNDD qui s’est montré très coopératif. Malheureusement, il a été constaté l’obsession d’une poignée d’individus qui use de tous les moyens pour remettre en cause l’engagement pris par le Chef de l’Etat auprès du peuple de Guinée tout entier et de la communauté internationale. Le Chef de l’Etat a mise sa propre personnalité et son honneur en jeu. Il a juré sur l’éducation qu’il a reçue de ses parents de rendre le pouvoir à un civil élu démocratiquement. Il a promu de respecter le chronogramme. Par conséquent, ceux qui aiment le Chef de l’Etat Moussa D. Camara doivent impérativement l’aider à honorer son engagement au lieu de l’amener à remettre en cause sa personnalité et son éducation qui doivent être sacrées pour lui.
Pourquoi ont-ils attendu la fin du processus de négociation entre les Forces Vives de la Nation et le CNDD pour solliciter la prolongation de la durée de la transition ? Peut être la tactique utilisée consiste à engager un long débat contradictoire sans issu au tour de la transition afin de gagner le temps nécessaire pour mettre en place une véritable machine de conquête de pouvoir. Si non, quels arguments valables ont-ils à défendre ? N’ont-ils pas eu l’occasion de conseiller le Chef de l’Etat tout au long du processus de négociation avant qu’il n’engage la responsabilité de l’Etat guinéen?
Le respect strict de la pluralité d’opinions est un indicateur pertinent du niveau d’ancrage de la démocratie. C’est pourquoi, il serait utile et fondamental d’examiner en toute objectivité les arguments avancés par les tenants du prolongement de la transition afin d’apprécier la justesse desdits arguments. Qu’il s’agisse des questions d’enrôlement d’électeurs, du toilettage de la constitution, de la reforme de l’armée ainsi que de la poursuite des chantiers enclenchés par le CNDD, notamment ceux relatifs aux audits, à la lutte contre les narco trafiquants, etc. doivent faire l’objet d’un examen objectif sans prise de position partisane dans l’intérêt supérieur de la nation.
Le désir de doter la Guinée d’un fichier propre accepté par tous les acteurs et partenaires de la Guinée est incontestablement une noble cause. L’enrôlement devrait logiquement couvrir les guinéens et guinéennes de l’intérieur et tout comme ceux de l’extérieur. La matérialisation d’un tel acte dépend de la forte volonté politique et la disponibilité des ressources (humaines, matérielles et logistiques) indispensables à l’accomplissement d’une telle mission. Sur le plan technique, la CENI a réalisé l’état des lieux pour faire le point de la situation en termes d’état d’avancement du processus d’enrôlement d’électeurs et indiqué le gap financier à combler ainsi que le timing nécessaire pour parachever ledit processus. Les Forces Vives de la Nation et le CNDD se sont convenus de commun accord de revoir le chronogramme initial en tenant compte des réalités du terrain. Cette flexibilité est l’une des alternatives la plus crédible et acceptable pour justifier une raison éventuelle de prolongation de la durée de la transition.
Le toilettage de la constitution ainsi que son adoption constituent des étapes incontournables devant aboutir à l’organisation des consultations attendues au courant de l’année 2009. Les éléments de base devant servir au toilettage de ladite constitution sont disponibles. La deuxième République avait élaboré et adopté une première Loi fondamentale qui fut modifiée par referendum. Malgré, les pouvoirs excessifs accordés au pouvoir Exécutif sur les autres, la première Lois Fondamentale semblait être plus acceptable. Car, elle avait l’avantage de limiter la durée du mandat à cinq ans renouvelable une seule fois et proposait l’age de candidature à 70 ans. Le défi actuel n’est pas de réinventer une nouvelle constitution. Il s’agira de questionner le type de régime le mieux adapté au contexte guinéen, de rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes institutions en assurant leurs indépendances totales, de conférer plus de pouvoirs à l’institution parlementaire afin qu’elle puisse assumer pleinement ses quatre fonctions, de limiter la durée et le renouvellement du mandat ainsi que l’age d’éligibilité et se pencher sur la possibilité de candidature indépendante. Le modèle américain pourrait servir de référence. Le système américain est basé sur le type présidentiel avec des contres pouvoirs assez contraignants qui exigent très souvent le chef de l’Exécutif de coopérer à tout moment avec celui du parlement, de respecter l’indépendance du pouvoir judiciaire et d’être très attentif aux medias qui constituent le quatrième pouvoir. La constitution prévoit le poste de Vice Président qui remplace automatiquement le Président en cas d’empêchement. Si un tel système existait auparavant, l’on n’aurait pas pu rencontrer objectivement un quelconque problème pour justifier le coup d’Etat en Guinée. Il a également l’avantage d’éviter de taxer le parlement obsolète en cas de retard dans le cadre de son renouvellement conformément aux dispositions prévues par la Loi. Un autre cas important est le fait d’exiger au Président de soumettre aux mandants du Peuple (Grosseman) les propositions des cadres à placer aux postes clés (Ministères, Ambassades, Agences de Renseignements, etc.) pour approbation avant toute décision finale. La Guinée peut valablement en un temps raisonnable confier un tel travail à des professionnels rompus en droit constitutionnel. Il semblerait que le travail ait été déjà entamé. L’idéale aurait été de mettre en place une équipe compétente choisie sur la base d’un appel d’offre et non le fait d’attribuer le travail de gré à gré. Nous pensons que l’adoption par ordonnance ne constitue pas une réelle limite. L’essentiel devrait porter sur le contenu du toilettage de la constitution. Cependant, si ledit contenu ne cadre pas parfaitement aux attentes des citoyens cela aurait constitué un vrai problème. Donc, nous devons nous s’assurer de la création des conditions de prise en compte effective des préoccupations de nos citoyens dans le cadre de ce toilettage. Avec une ferme volonté politique, nous pouvons parachever le processus au plus tard à la période indiquée dans le chronogramme de la transition.
La modernisation de l’armée guinéenne est à la fois un défi et un enjeu. Car, nous savons qu’elle constitue à la fois le problème et la solution. Nous pensons que le fait de procéder à la construction des immeubles ou d’accorder des primes en faveur des hommes en uniformes ne signifie pas la modernisation de l’armée. Au contraire, cet acte entraîne l’augmentation des nouveaux coûts en termes d’entretiens et d’équipements qui vont contribuer à gonfler les dépenses publiques de l’Etat. Nous devons éviter de dépenser plus que nous ne disposons. La modernisation consistera à faire l’état des lieux de l’armée guinéenne, se pencher sur les critères de recrutement et d’avancement en grade, de procéder à l’identification des besoins en formation, de s’atteler à l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme de formation, ainsi que le suivi évaluation afin de constater et apprécier l’impact desdites formations. La modernisation se penchera également à doter l’institution d’une lettre de Politique, d’un Plan Stratégique et des projets/programmes pour traduire la vision en une réalité effective. Un autre travail consistera à s’accorder sur la nécessité de procéder à la délocalisation de certaines garnisons militaires et le choix judicieux de types d’équipements au niveau de chaque corps afin que notre armée puisse jouer sa mission fondamentale qui consiste à assurer l’intégrité territoriale du pays et protéger les institutions républicaines conformément à la Loi. La professionnalisation de cette armée devrait être au cœur de cette modernisation afin que l’institution puisse mieux servir la nation guinéenne. Certains secteurs tels que l’agriculture et l’élevage, la construction d’infrastructures (maisons, routes, ouvrages de franchissement, etc.) et la création des métiers modernes tels que la menuiserie et la mécanique doivent servir d’instruments de modernisation de notre armée. Si l’Etat avait élaboré et mise en place une telle politique, l’institution aurait pu contribuer directement à l’augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB) et faire face également à la satisfaction de ses propres besoins en termes de logements et d’équipements et de nourriture des hommes en uniforme. Est-ce le Ministre de la Défense Nationale peut-il donner aux citoyens les montants des contrats attribués au secteur privé dans le cadre de la construction des garnisons et l’approvisionnement en denrée alimentaire ? Alors qu’il suffisait simplement de recruter les meilleurs étudiants sortis de nos établissements d’enseignements supérieurs et professionnels, les incorporer au sein de l’armée et créer des agences autonomes dotées des ressources financières pour réaliser des telles missions. Un accompagnement technique et financier sur mesure devrait contribuer à garantir le succès d’une telle opération. Nous pensons qu’il soit possible en un temps raisonnable d’assurer la nourriture, la construction et l’équipement en faveur de toute l’armée guinéenne et faire face aux besoins des autres composantes de la nation. L’exemple de l’Iran est riche d’enseignements. Car, une part importante des produits et services locaux sont offerts par les forces armées. Nous pensons qu’il ne revient pas aux Forces Vives d’enclencher un tel travail et ni au forum national. Il appartient au Chef de l’Etat en particulier d’engager cette reforme au plus vite que possible qui aura incontestablement les faveurs de toute la nation guinéenne et de la communauté internationale. Si le Chef de l’Etat est réellement intéressé de procéder à la reforme de l’armée guinéenne et s’occuper des questions de l’emploi des jeunes, l’on pourrait accompagner le pays à mobiliser une équipe pluridisciplinaire de consultants nationaux et internationaux pour mener un tel travail afin d’inscrire cette action à l’actif de la transition. Nous pensons que la solution à l’épineux problème de l’armée n’est pas de tenir des conférences à l’extérieur du pays pour attirer l’attention de nos citoyens et de la communauté internationale sur cette problématique. Il appartient au Chef de l’Etat de saisir cette opportunité pour rechercher les solutions optimales. Car, il est le mieux indiqué pour prendre une telle décision.
Le besoin de poursuivre les différents chantiers enclenchés par le CNDD n’est plus à démontrer. Cependant, il ne constitue pas la raison fondamentale de solliciter la prolongation de la durée de la transition. Un débat ouvert et empreint de convivialité entre le CNDD et les Forces Vives de la Nation pourrait aider à définir les cadres et mécanismes de poursuite effective desdits chantiers sur la base d’une feuille de route obligeant aux futurs dirigeants de poursuivre les œuvres amorcées. Il serait souhaitable de créer un mécanisme afin de faire participer les guinéens de l’extérieur sur les débats en cours qui concernent le devenir de la nation.
La décision du Chef de l’Etat de procéder à la réalisation des forages dans la ville de Conakry n’est pas forcement la solution la plus optimale. La réalisation de toute action devrait s’inscrire dans une logique de durabilité en s’appuyant sur l’étude des viabilités (techniques, financières, organisationnelles, sociales et environnementales) en vue d’impacter positivement sur la vie des citoyens. Le feu Président Lansana Conté a forcé la réalisation du barrage Garafiri, nous connaissons les conséquences d’une telle décision. Ni la capitale, ni à plus forte raison l’ensemble des zones visées par ledit barrage ne sont servis en électricité. L’Etat est contraint de rembourser lesdits prêts avec des taux d’intérêts très élevés. Nous pensons que l’argent qui était destiné à l’achat de l’hélicoptère aurait pu servir au financement du projet urbain d’adduction d’eau au lieu de s’atteler à doter le chef de l’Etat d’un engin qui ne présente aucune utilité pour les citoyens guinéens qui sont les laissés pour compte. L’amour du Chef de l’Etat en faveur du peuple de Guinée semble être de l’illusion. Il agit comme un sapeur pompier qui ne dispose pas de plan précis et de stratégie cohérente pour étendre plusieurs feux allumés au même moment. Il ouvre plusieurs fronts sans se donner les moyens adéquats d’atteindre un seul objectif. C’est lieu pour le Chef de l’Etat de marquer une pause afin de questionner les objectifs, les hypothèses et le processus qu’il s’était assigné afin de réorienter ses actions en faveur de la réussite de la transition.
Le Chef de l’Etat devrait mesurer le risque très élevé d’escalade en Guinée s’il n’inscrit pas ses actions en faveur de la forte demande sociale notamment, le retour à l’ordre constitutionnel conformément au chronogramme retenu, le respect de son engagement de s’abstenir de se présenter et d’apporter son soutien à tout candidat, de respecter et protéger les citoyens, etc. Il ne devrait pas se douter de la capacité des Forces Vives de la Nation d’exiger et d’obtenir de lui la satisfaction de cette demande sociale. Quand les horizons d’un pays sont sombres, il peut à tout moment basculer vers des conflits assez violents aux conséquences indescriptibles. Actuellement, tous les ingrédients sont réunis pour faire basculer le pays il suffit de regarder la cherté de la vie, la détérioration du pouvoir d’achat, l’absence des services sociaux de base (eau et électricité), l’abus des forces armées, la destruction des édifices des pauvres citoyens, l’insécurité galopante, les arrestations arbitraires, etc. Qu’ALLAH épargne notre pays d’un éventuel escalade aux conséquences indestructibles. Amen.
Oumar Wann Consultant en Gouvernance et Développement Local
Pour www.guineeactu.com
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