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« Le pouvoir, s’écriait si ingénieusement le professeur Laurent Bado, ne transforme pas l’homme, mais le révèle ». A sa suite, on peut mutatis mutandis ajouter qu’en politique, l’émotionnel, dans bien des cas, transcende le rationnel, tant certains agissements, à bien des égards, laissent souvent à désirer.
En effet, qui aurait pensé, qu’à peine après s’être bien installé dans son fauteuil de chef d’Etat, dans une Guinée où les tensions communautaires ont pignon sur rue, le professeur Alpha Condé que l’on s’accorde à appeler le seul président démocratiquement élu du pays de Sékou Touré, se livrerait à des actes de représailles indignes d’un homme politique soucieux de réunifier ou de réconcilier son peuple ? Après cent jours au pouvoir, soit au moment où les lignes-forces de sa politique étaient censées entrer en vigueur, au grand bonheur des Guinéens mille fois désabusés par les turpitudes des hommes et les vicissitudes de l’histoire, Alpha Condé vient de poser un acte répréhensible qui, à s’y méprendre, risque d’entacher son aura.
Qu’a-t-il fait en réalité ? En fait, le 3 avril dernier, alors que les militants et sympathisants de l’Union démocratique des forces de Guinée (UFDG) s’affairaient à réserver un accueil triomphal à leur président, ils en ont été empêchés par les forces de défense et de sécurité guinéennes, avec en prime une sévère répression, ayant occasionné trois morts et de nombreux blessés dont huit par balles. Ainsi commencent les régimes féroces et dictatoriaux sous nos tropiques où l’incurie le dispute à l’autocratie. Quelle guêpe a bien pu piquer le professeur-président que l’on dit rancunier et vindicatif ?
De quoi a-t-il réellement peur, lui qui promettait la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, afin, disait-il, d’enrayer toutes les querelles byzantines qui fragilisent la cohésion sociale en Guinée et ce, depuis Sékou Touré ? Alpha Condé aurait eu l’excuse de son incartade si la Guinée vivait actuellement sous état d’urgence où l’on sait restreintes sinon interdites, les libertés de se regrouper ou de manifester, encore que dans le cas d’espèce, il ne s’agissait pas d’une manifestation. En vérité, deux raisons expliquent l’attitude du président Condé. La première est que, visiblement hostile à la critique et à la contestation, il a voulu faire payer à Dalein Diallo les propos caustiques qu’il a tenus à son encontre, et où il l’accusait vertement d’en faire à sa tête.
La deuxième raison, d’ailleurs la plus plausible, est que le président Condé, pour avoir été hué par les militants de Dalein Diallo lors de son dernier séjour en France, voulait leur rendre la monnaie de leur pièce en saisissant cette opportunité. En tous cas, l’un dans l’autre, l’acte est d’autant plus regrettable qu’en sa qualité de chef de l’Etat, il devrait se mettre au-dessus de la mêlée et savoir se faire un calme intérieur face à toutes les provocations dont il est l’objet. On pensait à tout le moins que ses 74 piges feraient de lui un sage à tout encaisser, et qui sait, en toute circonstance, ravaler son égo politique au profit de l’intérêt supérieur de sa nation. Malheureusement, le président Condé que l’on croyait incarner la rupture, a raté une occasion qui l’aurait sans doute ennobli, faisant ainsi de son rival, à son corps défendant, un héros.
Il a révélé son vrai visage à tous ceux qui voyaient en lui un président "débonnaire" pour avoir longtemps lutté et souffert. De toute façon, personne, pas même Alpha Condé, ne pourra reprocher à Dalein Diallo d’avoir été un mauvais perdant dans la mesure où ce dernier, après les résultats du second tour, a décidé, à la satisfaction de tous, de renoncer à toute forme de contestation, pour mener une "opposition constructive et responsable". Alpha Condé voulait-il donc le confiner à l’exil ?
Boundi OUOBA
Source : lepays.bf
www.guineeactu.com
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