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Voilà plus de quatre mois qu’Alpha Condé, investi Président de la République de Guinée, peine à convaincre les partenaires au développement pour avoir les moyens de réaliser son programme de société. La mise en œuvre des programmes d'urgence (eau, électricité, relèvement du pouvoir d'achat des Guinéens et allègement du prix du panier de la ménagère) attend toujours faute de financement. Faute d'importation massive, les prix ont doublé; voire triplé.
Où est le problème alors que toutes les promesses d'aide à la Guinée étaient conditionnées par l'avènement d'un gouvernement civil ? A travers une analyse des faits, nous avons constaté que la lenteur de la communauté des bailleurs de fonds et la réticence des opérateurs économique de la place à aider Alpha Condé sont motivées par la façon dont il a entamé les réformes.
Tout d'abord sur le plan structurel, aucune rupture avec le passé. Donc contraire à l'esprit du changement souhaité par les Guinéens. Ceux que les Guinéens ont vomis pour leurs responsabilités présumées dans le retard du pays ont été promus conseillers à la Présidence de la République. Des présumés assassins ont été confirmés aux postes qu'ils occupaient au moment des faits qui leur sont reprochés.
Sur plan économique, les relations avec les investisseurs ne sont pas de nature à favoriser d'autres investissements. Au moment où nous sommes à la recherche de partenaires crédibles, le chef de l'Etat annule un marché acquis à la suite des procédures normales de passation de marché au profit d'un contrat de gré à gré. En dépit de sa responsabilité avérée dans la dilapidation des fonds publics pendant la Transition, Kerfala Yansané a été confirmé à son poste de ministre de l'économie et des finances.
Avec les partenaires locaux, le gouvernement procède à un véritable règlement de compte. Les riches commerçants qui ont soutenu l'autre camp sont ouvertement accusés de sabotage par le Président de la République. Tous les moyens sont utilisés pour réduire à néant cette frange importante de la société guinéenne. Le bail consenti par l'Etat à Alsény Barry est annulé sur des bases qui ne tiennent pas. Le jugement rendu en faveur de Diallo Sadaka concernant la ferme de Kaporo est infirmé en appel. Les cambistes accusés d'être à l'origine de la dépréciation de notre monnaie sont arrêtés, brutalisés et expropriés.
Pour montrer aux commerçants accusés de procéder à des augmentations abusives de prix qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans l'exercice de cette profession, le gouvernement a procédé à l'importation et à la distribution du riz. Des pauvres sont arrêtés et expropriés pour un riz qu'on ne voit pas là où l'on est invité à aller s'approvisionner.
Après cette période trouble, toutefois, il semble qu'on assiste au ressaisissement de la part du Président qui veut instaurer une dictature en pleine démocratie. Son dernier discours devant les commerçants et les cambistes montre qu'il a compris qu'il ne peut pas effrayer un Guinéen, qui qu'il soit. La balle est donc dans le camp des Guinéens qui viennent de faire subir une défaite à ce dictateur en herbe
Heinan Goba de Conakry pour www.guineeactu.com
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