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Après les élections présidentielles, voici donc la nouvelle leçon révélatrice du discours de certains leaders d’opinion guinéens :
Il ne faut jamais accepter en toute simplicité et gratitude les claironnements politiciens.
On nous a prôné le changement radical des mentalités et de gestions, et on nous a offert la promotion des fidèles du Pouvoir-Conté, du CNDD et des prédateurs économiques. La plupart de ces hommes promus sont, dans ces dernières années, à la base de toutes les crises sociopolitiques du pays. L’impact de cette promotion est indicatif, à tel point que plus d’un analyste reconnaît, que le slogan de la campagne présidentielle du candidat Alpha Condé n’était qu’une simple fourberie
Le leitmotiv du nouveau pouvoir en Guinée semble consister à dire :
Il convient de découvrir des partenaires qui, étant ce qu’ils sont, nous permettent d’être ce que nous voulons être. Pour les théoriciens de la communication, ce modèle est connu sous le terme de Collusion. Ce théorème désigne une forme de donnant, donnant (souvent inconscient) et assez subtil. Les uns se laissent confirmer et sanctionner par leur partenaire dans la manière dont il se voit lui-même et désire se montrer.
Les résultats possibles d’une telle relation sont toujours fatals pour celui qui est promu et le promoteur. En général la joie initiale d’une telle relation est bientôt suivie par la désillusion, parce que les tentatives désespérées de dissuader l’autre de se soustraire à ce lien se font chaque jour plus insupportables. Je citerai Jean-Paul Sartre comme illustration de cette vision :
« Pendant que je tente de me libérer de l’emprise d’autrui, autrui tente de se libérer de la mienne ; pendant que je cherche à asservir autrui, autrui cherche à m’asservir. Il ne s’agit pas ici de relations unilatérales avec un objet-ensoi, mais des rapports réciproques et mouvants ».
Et voilà ! Il n’est pas plus difficile de démasquer les desseins pourris du rapprochement d’Alpha Condé avec les fidèles du Régime-Conté et du CNDD. Il est extrêmement naïf de croire qu’après les prochaines élections, les promus seront tout simplement remerciés et priés de rendre poliment le tablier. La promotion de ces femmes et hommes est le prix de la rançon de se taire sur les services rendus ou à rendre.
Alors, la promotion des fidèles du Pouvoir-Conté et de celui du CNDD n’est pas seulement par pure altruisme présidentiel, mais aussi et surtout parce que le président a besoin de leurs besognes pour pérenniser son pouvoir avec tous les moyens. Ce qui complique les choses, Alpha croit réellement que ces mesdames et messieurs sont capables d’éveiller et maintenir des illusions. C’est précisément à ce point qu’intervient la désillusion du changement tant prôné en République de Guinée.
De l’opposition
Après les bévues constitutionnelles et administratives du nouveau pouvoir guinéen, on a à se demander où sont les partis politiques, le CNT, la société civile pour rappeler le pouvoir au respect de la loi ?
Précisions
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Je ne parle pas ici d’une opposition qui consiste à s’opposer à quelqu’un, de lui résister, d’être plus ou moins hostile ou agressif à son égard.
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L’opposition à laquelle je fais allusion dans mes idées, est celle de l’ensemble des partis et des forces politiques qui s’opposent à la volonté hégémonique du pouvoir en gestation dans notre pays. Selon ma compréhension, l’opposition est l’ensemble des forces politiques qui expriment des divergences fondamentales à la conquête et au partage du pouvoir aux détenteurs du pouvoir. Les objectifs de cette opposition ne sont pas la défense de l’identité communautaire ou religieuse, ou d’un intérêt segmentaire, mais en faveur des doits de l’Homme, de l’émancipation et de l’éducation, et, contre le régionalisme, les népotismes et le patronage, pour le respect de la constitution, des droits et libertés...
De la légalité républicaine
!
L’opposition en démocratie constitue un contre-pouvoir, elle permet d’éviter que le pouvoir n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et liberté. L’opposition est institutionnalisée dans notre constitution, et cela, selon des règles précises ; l’opposition en Guinée est donc ouverte et collective par opposition à l’opposition clandestine. L’opposition n’est pas une critique individuelle, mais le regroupement de personnes partageant des vues critiques sur la manière dont on tente d’exercer le pouvoir. Elle a vocation de constituer une large alliance pour lui susciter une alternative politique crédible. L’origine de son succès ou de son échec en Guinée dépendra de sa qualité de mobilisation croissante et permanente en faveur du respect de l’inviolabilité de la constitution.
Aide-mémoire.
Le président Conté avait sorti, en son temps, les coordinations régionales de son chapeau de magicien. Le but avoué était de fragiliser les partis politiques. Il l’avait réussi. La révélation de cette réussite fut les révoltes populaires de 2006/2007. Nous avons pu constater que la colère populaire n’engendre pas automatiquement le changement, si elle ne trouve pas un exécutoire politique, une organisation fiable pour la mobiliser.
Cela étant, les mêmes obstacles pratiques érigés par Lansana Conté pour fragiliser les partis politiques sont appliqués par le nouveau pouvoir avec brutalité et une perfection mathématique. C’est pourquoi on prend les mêmes et on recommence. Pour pérenniser son régime, le président n’hésite pas à s’armer des services des hommes et femmes peu fréquentables. Il pousse le bouchon jusqu’à dire qu’il n’est pas élu par les partis politiques, mais par les coordinations régionales. Du coup il cherche à s’émanciper des partis Arc-en-ciel.
Légalité et opportunité
Le président se vente d’avoir deux (2) juristes dans son cabinet, et que désormais il y aura le respect de la loi, et que l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir exécutif sera totale. Alors, ce sont des paroles, paroles, ou quoi ? C’est dire donc, que le gouvernement et son président connaissent bien la constitution de notre pays, et la violent consciemment dans la formation du gouvernement et le limogeage prémédité d’un cadre administratif. Cette violation était une balle d’essai pour voir la réaction du public ? C’est du parjure. On met volontairement l’opportunité au dessus de la légalité. C’est très grave pour un pays qui se veut de droit.
Le limogeage de Gouressy Condé comme médiateur de la république, et la nomination de Faciné Touré à sa place n’ont pas été soumis à la règle du droit administratif guinéen, ni au principe du droit pénal en vigueur dans notre pays ; alors que l’élection d’Alpha Condé et la nomination Gouressy par le président par intérim obéissent tous à la constitution guinéenne. Donc le limogeage de Gouressy est anticonstitutionnel. La constitution est catégorique là-dessus.
Allons et ne laissons pas faire les choses comme telles ! Défendons tous nos droits et libertés pour qu’émerge en Guinée un état démocratique et de droit. Il nous faut rappeler aux administrateurs de la Cour suprême, qu’ils sont là pour faire respecter la constitutionnalité des lois et décisions. Il est impératif de faire la saisine auprès de la Cour suprême.
Moussa Bella Barry
NB : l’article 129 de la constitution guinéenne stipule :
Le Médiateur de la république est nommé par le Président de la République pour un mandat de sept (7) ans non renouvelable, par un décret pris en conseil des ministres parmi les hauts fonctionnaires retraités ou non, ayant au moins trente (30) ans de service. Il ne peut être démis de ses fonctions qu’en cas d’empêchement définitif ou de faute grave, constaté par la Cour suprême.
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