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La révision des conventions minières a attiré l’attention de l’opinion qui pense que les intérêts de la Guinée ne sont bradés que dans les sociétés exerçant dans ce secteur. Certes, le secteur minier est celui qui devrait rapporter le plus à l’Etat. Cependant, le bradage que l’Etat guinéen a subi dans la reprise de l’UGAR par une pseudo société est d’une arrogance révoltante. Il s’agit ici d’un hold up financier dont les auteurs se sont longtemps vantés de la manière la plus ostentatoire, en se moquant de nos dirigeants, une fois au-delà de nos frontières.
Il est inutile de rappeler que l’Etat n’a presque rien perçu des dividendes de l’UGAR depuis qu’elle a été gratuitement offerte à MENAA Finance en 2003.
De quoi s’agit-il en fait? La Guinée a signé en 1988 une convention de partenariat avec le Groupe d’Assurances UAP (Union des Assurances de Paris) pour créer sur les cendres de la SNAR une compagnie d’assurances dans la dynamique du libéralisme économique prôné par la Seconde République.
UAP détient 40% du capital de la nouvelle société contre 60% pour l’Etat guinéen.
En 1994, UAP est absorbée par le Groupe AXA qui devient de facto le partenaire de l’Etat.
En 1998, comme prévu dans la convention originale, l’Etat cède la moitié de ses actions aux privés guinéens.
Vers 2002, le Groupe AXA peu habitué au continent noir, décide de se retirer de la plus part de ses filiales africaines, pour des raisons de rentabilité. UGAR est au nombre de ces filiales.
Bernard COHENDY, le chef du Département Afrique du Groupe AXA, à la retraite imminente, cherche à se faire la poche. Sachant bien qu’UGAR est rentable, il saisit l’opportunité. Il commandite un audit dont les conclusions devaient dissiper le doute du Groupe AXA et confirmer la décision de celui-ci.
Pour cet audit, notre futur retraité fait appel à son ami déjà mis au parfum du plan, un certain Denis CHEMILLIER-GENDREAU. Celui-ci est un déflaté de la Banque PARIBAS qui, n’ayant pas été embauché par la BNP, a vite fait de créer une société fantôme dénommé MENAA Finances pour se servir de ses relations, en vue d’arnaquer dans les pays africains.
Immatriculée au Luxembourg, méconnue quasiment en France et en Tunisie, MENAA Finance débarque à Conakry. Elle est présentée aux autorités compétentes de la Guinée comme une société d’audit aux dimensions internationales. Elle doit auditer UGAR et elle a le feu vert de la tutelle.
La Guinée était en réalité sa première expérience, avec un personnel d’occasion composé de quelques tunisiens, complétés par un ou deux éléments de la diaspora africaine en chômage dans l’hexagone.
Il faut préciser au passage qu’aucun des cadres et employés de MENAA Finance qui se sont longtemps relayés à Conakry n’a fréquenté une école d’assurance ou travaillé dans une société d’assurance.
En réalité, MENAA Finance s’était fixé un objectif : acheter les sociétés dites en difficultés, compresser les dépenses un temps et revendre les dites sociétés.
Les conclusions de l’audit, comme il fallait s’y attendre, sont catastrophiques : pour MENAA Finance, UGAR est à l’agonie. Il y a risque en la demeure ; Il faut trouver un repreneur au plus vite. C’est vrai qu’à ce moment la société avait des difficultés liées à la corrélation entre ses départements informatique et comptable. Des difficultés dont les origines remontent au début d’une informatisation mal maîtrisée. Ce qui n’était pas aussi alarmant, car sa trésorerie était confortable.
Le Groupe MENAA qui présente UGAR comme une épave et qui a compris que la société dispose d’une trésorerie enviable, se porte curieusement repreneur du fleuron de l’industrie guinéenne de l’assurance.
A la valeur actualisée de l’action (21 600 GNF environ), la part du Groupe AXA dans le capital, était de 1, 728 milliards de GNF. Un montant qui devait automatiquement revenir à l’Etat guinéen en vertu des dispositions de la convention d’établissement de l’UGAR. Selon cette convention, si l’un des actionnaires fondateurs décidait de se retirer, la priorité d’offre ou de vente de ses actions sera donnée à l’autre actionnaire fondateur. C’est dire que le retrait d’AXA signifiait la cession automatique de ses actions à l’Etat guinéen.
Les autorités guinéennes chargées de gérer le dossier n’en ont cure ! Elles donnent plein feu au repreneur au mépris des intérêts de la nation.
Pire, une nouvelle convention doit être faite. Le soin est donné à MENAA à travers le Chef du Département Afrique du Groupe AXA de faire un projet dans ce sens.
C’est ce montant de 1, 728 milliards qui a été offert à MENAA Finance au détriment de l’Etat guinéen, contre versement de 1 franc symbolique au Trésor public.
MENAA Finance détient ainsi 40% du capital de l’UGAR et se fait appeler Partenaire de référence.
Voilà comment la Première Compagnie d’assurances de la Guinée a été bradée. Ce n’est pas tout. En effet, être actionnaire à 40% ne suffit pas au nouveau repreneur. Il faut absolument avoir un droit de contrôle total sur UGAR, MENAA initie alors la recapitalisation de la société et se dit disposé à mettre de l’argent frais. Auparavant, elle avait aussitôt créé une filiale fantôme dénommée ACTUARIA et fait signer au profit de celle-ci une convention d’assistance technique et de gestion de l’UGAR.
Au titre de cette convention d’assistance technique, UGAR paie mensuellement à ACTUARIA plus de 26 000 Euros. A ce forfait s’ajoutent les factures fantaisistes pour des services jamais rendus. En outre, UGAR est tenue de prendre en charge tous les frais de voyage, d’hôtel et l’argent de poche de la demi-douzaine de jeunes tunisiens fraîchement sortis des petites écoles, ignorant tout du métier d’assurance. La plupart d’entre eux étant des beaux-frères du patron de MENAA dont l’épouse tunisienne est actionnaire du Groupe MENAA.
C’est le paiement de ces factures pour une pseudo assistance qui aurait servi à entretenir MENAA et son parrain à Paris.
Pour la recapitalisation tant promise de la société, MENAA décaisse 495 000 Euros en juillet 2004 sur les Comptes de l’UGAR tenus à la Caisse d’Epargne et à la Banque WORMS à Paris, pour alimenter son compte au Luxembourg dans un premier temps et viré cet argent dans un second temps à la BCRG. Le tour est joué et la promesse de capitaliser UGAR est tenue. Pour les autorités de la BCRG, la société est recapitalisée par l’argent de MENAA, puisque le virement vient de la Banque Générale de Luxembourg.
Voilà comment l’argent de l’UGAR a été utilisé par le repreneur de l’UGAR pour le compte du repreneur de l’UGAR, en vue de recapitaliser l’UGAR.
Ibrahima Kéita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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