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Dans les conditions normales et si l’on respecte à la lettre les recommandations de la Commission ad hoc, le premier tour de l’élection présidentielle devra se tenir le 31 janvier 2010 en Guinée. Mais pour bon nombre d’observateurs et analystes de la scène politique guinéenne, il est à craindre que le pays du capitaine Dadis ne marche sur les traces de la Côte d’Ivoire qui, ces derniers années, aura symbolisé le report perpétuel et injustifiable des élections en Afrique. A la grosse déception de la communauté internationale.
De 1960 à 1993, la Côte d'Ivoire a été dirigée par l'homme qui l'a conduite à l'indépendance, en l'occurrence Félix Houphouët-Boigny. Pendant tout son règne, l'on peut dire que le "Bélier de Yamoussoukro" a su, relativement, faire l'unanimité au sein de la société ivoirienne. Mais en 1999, alors que beaucoup s'y attendaient le moins, six ans après la mort de son premier président, le pays que l'on présentait jusqu'alors comme un havre de paix et de prospérité, a connu son premier coup d'Etat. Henri Konan Bédié, le successeur du "Vieux" a été renversé par l'armée dont le choix, par la suite, se portera sur le Général Robert Guéi pour prendre les commandes du pays. L'élection organisée un an plus tard sera remportée par Laurent Gbagbo du Front patriotique ivoirien (FPI). En 2002, une rébellion éclatera malheureusement pour diviser le pays en deux : le Sud resté loyal au camp présidentiel et le Nord sous le contrôle des rebelles des Forces nouvelles. De cette date à nos jours, les Ivoiriens peinent à se rendre aux urnes pour renouveler le mandat de leurs députés et élire leur président de façon démocratique. Les élections en Côte d'Ivoire ont toujours été reportées, à la grosse déception de la communauté internationale. Espérons que la dernière date retenue (29 novembre 2009) sera respectée, pour qu'on en finisse avec la situation de "ni paix ni guerre" da ns ce pays aux immenses potentialités économiques. Pour certains observateurs, la Guinée et la Côte d'Ivoire ont aujourd'hui un point commun : la propension à renvoyer les élections aux calendes grecques à cause des divergences de tous ordres entretenues par les acteurs politiques. Le mandat des députés guinéens est arrivé à expiration en juin 2007. Mais pour des raisons que tout le monde connaît, les gouvernements successifs du défunt président Lansana Conté n'ont pas pu organiser à temps des consultations électorales pour renouveler ledit mandat. Au lendemain de la disparition du deuxième président de la Guinée indépendante, le capitaine Moussa Dadis Camara et ses compagnons du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) se sont emparés du pouvoir sans effusion de sang. Ils ont ensuite promis d'organiser des élections libres et transparentes pour remettre les civils aux commandes du pays. Une promesse qui, comme il fallait s'y attendre, a été favorablement accueillie par l'ensemble des acteurs sociopolitiques du pays (partis politiques, syndicats, société civile). Mais depuis quelque temps, force est de constater que la donne politique a quelque peu changé. Prévues au dernier trimestre de 2009, les élections sont finalement reportées pour 2010, suivant les pertinentes recommandations faites récemment par la Commission ad hoc. L'éventualité de la candidature du chef de la junte, capitaine Moussa Dadis Camara, à la prochaine élection présidentielle, risque, aux yeux de certains, de retarder la tenue des élections, avec toutes les conséquences que cela comporte. Les pessimistes et autres oiseaux de mauvais augure vont jusqu'à dire que la Guinée du capitaine Dadis est en train de marcher exactement sur les traces de la Côte d'Ivoire de Gbagbo. Une inquiétude d'autant plus justifiable que les partis politiques membres du Forum des forces vives de la nation ne font plus mystère de leur totale opposition à une éventuelle candidature de l'actuel homme fort du pays.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de ww.guineeactu.com
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