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La marche irréversible de la Guinée, entamée depuis le début de l’année 2007, continue d’appeler de la part de nos compatriotes de multiples réactions. Je ne partage pas les positions de certains d’entre eux, mais je les respecte quand même. C’est aussi cela la démocratie ! La démocratie implique deux devoirs : - Exprimer son opinion, ou s’informer si l’on manque d’éléments pour en avoir une (Mao recommandait de ne pas donner la parole à ceux qui ne sont pas informés). - Respecter l’expression des autres opinions (ce qui n’oblige nullement à respecter ces opinions elles-mêmes). Ce sont des règles fondamentales que résume la phrase apocryphe de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Je remercie tous ceux qui ont trouvé un intérêt quelconque à réagir à ‘’la contribution ! La rentrée ! La sortie !’’, qualificatifs donnés par les uns ou les autres à mon article. Je crois que chacun a réagi selon son état d’esprit, où selon l’état de son esprit ! Merci M. Oumar Bah pour la précision sur le nom de Mamadou Barry, au lieu de Boubacar dit ‘’Petit Barry’’. La majorité semble réagir au traitement réservé au ministre de la réconciliation, et aux réserves que j’ai formulées vis à vis de la démarche de l’association des victimes du Camp Boiro. Je salue l’honnêteté, le courage, la courtoisie du jeune Lamarana Diallo, qui a manifesté sa volonté de recadrer le débat sur l’essentiel. Il a ‘’damé le pion’’ à plusieurs ‘’anciens’’ qui préfèrent la rhétorique au vrai débat. Il me soucie beaucoup d’entretenir la pratique de la langue de Molière, malgré le contexte défavorable où mes proches sont potentiellement mes seuls partenaires…pour les exercices ! Afin que nos échanges d’idées sur le net ne se transforment pas en cacophonie, il convient d’organiser impérativement un vrai débat pour le dialogue national et pour ce faire, nous devons trouver un consensus sur la nécessité de revoir notre histoire des 50 dernières années. Je rappelle dans ces conditions, des propositions susceptibles de trouver un consensus national (relire le texte). I-De la sortie de Bah Oury le ministre de la réconciliation. J’avoue que j’ai eu accès à un tout autre discours de Bah Oury. Merci Lamarana pour la précision apportée dans ce sens. Cependant je reste convaincu de la nécessité que ce soit le gouvernement qui initie dans un premier temps, le programme qui va requérir l’implication effective des représentants du peuple. De l’exécutif, de tous les corps constitués (le judiciaire, le législatif et le consultatif). De la Société Civile, des experts (la liste n’est pas exhaustive), en un mot le peuple, dans sa vraie représentativité légitime, pour passer en revue de manière dépassionnée et apaisée, les 50 années de notre histoire récente, dans le but d’établir réellement les faits. Avant de telles initiatives, toute décision d’engager les responsabilités de l’état embryonnaire, pour présenter des excuses, n’est que de l’agitation politique en vue des échéances électorales. Jusqu’à quel point Bah Oury doit-il être pris au sérieux dans « cette» entreprise ? - Notre ministre est un politicien atypique ‘’d’opposition’’, qui participe à un gouvernement sans en avoir négocié la moindre plateforme. - Ce gouvernement lui fait rendre les dépouilles des victimes tuées à Coza, á leurs familles (une bonne chose en soi), sans la moindre allusion aux assassins qu’aucune disposition ne prévoit de sanctionner un jour. - Son gouvernement a hérité d’un dossier au nom duquel on a ‘’malmené’’ Kouyaté à la limite du tolérable (le dossier des tueries de Janvier et Février 2007). Y a-t-il encore une enquête en cours ? Le sang de ces victimes reste-il aussi rouge que quand il a été versé ? - Ce ministre n’a même pas daigné faire acte de présence aux funérailles des policiers assassinés par Pivi et ses complices ! Quel est le sérieux du Gouvernement auquel Bah Oury participe si : - L’organisation qui représente les victimes du Camp Boiro n’a même pas été autorisée de défiler pendant les festivités du cinquantenaire ?
- Les fosses communes qui contiennent les restes des victimes ne sont pas encore localisées afin de rendre les restes aux familles ?
- Savons-nous où sont enterrés les suppliciés du 4 Juillet et qui sont-ils ? Bah Oury aurait-il agi au nom du chef de l’état ? Doit-on considérer que le Président Conté est responsabilisé, et est désormais prêt à ouvrir le dossier du 4 Juillet ?
Il y a tellement de questions non répondues, que l’acte de Bah Oury n’est ni plus ni moins qu’un geste ‘’maladroit’’ consistant à mettre la charrue avant les boeufs. II- Quand à l’AGVCB (Association des victimes du Camp Boiro) : Avec tout le respect que j’accorde à la lutte de l’AGVCB, mes réserves vis-à-vis de cette organisation, tirent leur justification dans le fait simple qu’elle trouve normal d’accepter en son sein des bourreaux (de la classe de Facinet Touré), qui ont commis les mêmes exécutions sommaires et autres crimes, qu’ils reprochent par ailleurs à l’ancien régime. Il est aussi de notoriété publique que René Alseny Gomez, un autre membre de l’organisation, n’a rien fait pour encourager la démocratie, seule capable d’empêcher tout ce qui est arrivé... ! Au contraire il a préféré voler chaque élection qu’il lui a été donné d’organiser, au détriment de la volonté du peuple clairement exprimée. A-t-on oublié déjà que Gomez était le ministre de la justice quand les jeunes des écoles avaient été massacrés en Juin 2006 ? Le mieux qu’il ait pu faire était d’étouffer comme à son habitude, toute tentative de poursuite contre les présumés auteurs. Comme pour ne laisser aucun doute sur leur hypocrisie, ces deux tous puissants membres du « système Conté » semblent avoir « tout fait en vain » pour conserver le Camp Boiro en l’état pour la mémoire des disparus. Quelle serait la sincérité de la devise « plus jamais ça », de l’organisation si elle accepte des bourreaux et des fossoyeurs de la démocratie ? Pour mieux ‘’servir’’ cette devise, l’organisation doit justement se battre pour garantir la justice même à ceux qui l’ont refusée à d’autres, au risque de passer pour une organisation de vengeance. Je mettrai au compte de votre jeunesse, Mr Diallo Lamarana, le fait de dire qu’il faut que je sois fils d’un supplicié pour être considéré comme victime. Dans ma famille la voix des frères du défunt est plus forte que celle des neveux… ; Ce qui a renforcé la prééminence des liens à l’horizontale qu’à la verticale. Les enfants de mon oncle n’ont pas la parole aussi longtemps qu’il y a plus âgés qu’eux. Evidemment ils ont le même droit sur moins âgés qu’eux. Le mot cousin n’a aucune signification chez nous, nous préférons ‘’frère’’. Soyez rassuré : Si Bah Oury fait émettre des chèques de réparation pour les victimes, je ferai tout pour que les enfants de Bakary reçoivent leur dû. D’ici là, je continuerai de parler au nom de leur père. Pour terminer sur ce chapitre, je voudrais apporter un éclaircissement : l’ancien premier ministre Lansana Béavogui n’a pas été exécuté ; Il se lavait dans l’arrière cour de sa cellule quand les militaires qui montaient la garde sur le toit de la prison à Kindia, se sont ‘’interpellés’’ très bruyamment ; Surpris par ce bruit inattendu, l’ancien premier ministre a sursauté et est tombé dans une crise comateuse. Il fut conduit à l’hôpital régional de Kindia où il mourut 48 heures plu tard. Il fut précipitamment enterré et sa tombe fut montrée à son beau frère. Il est vrai que le CMRN était encore en période de balbutiement au bon début de son pouvoir. Quelques mois après, son camarade N’Famara Keita est mort et son corps fut rendu à sa famille et fut enterré avec tous les honneurs. III- Le besoin de conceptualiser la notion de « victime » et de « bourreau » car l’on ne sait plus quelle est l’extension ou la compréhension de ces deux concepts. La proposition m’a été faite par un jeune assistant dans une université de Conakry, du nom de Diaby, sociologue de son état. Dans mon texte, j’essaie de me demander si Fodeba Keita et Telli Diallo sont victimes au même degré que tous ceux qui les ont précédés dans les fosses communes par leurs actions et/ou complicités. M. Lamarana Diallo utilise une formule : « La dictature du PDG habillée dans une révolution était familiale et clanique » ! Curieuse coïncidence ; Cette phrase est tirée tout droit du discours que feu Mohamed Traoré, ministre de la communication de l’époque avait prononcé avant la libération des dignitaires de la première République le 15 Mai 1985. Lamarana soutient plus loin : « La propagande du parti aidant, beaucoup de hauts cadres, y compris des ministres, ne découvriront la vraie nature du régime qu’une fois aux prises avec ses méthodes dans les camps de détention ». Belle formule ; Mais malheureusement elle ne résiste pas au plus simple des raisonnements. C’est selon ce fallacieux argument que tous les dignitaires non malinkés ont été libérés par le CMRN, nonobstant leur degré de responsabilité. Allez vous me faire avaler que : - N’Famara Keita (dont le corps avait été rendu à sa famille), Diao Baldé, Mouctar Diallo, Gualéma Guilavogui, Damantang Camara, Jeanne Martin Cissé…, tous membres du BPN, ne savaient rien de ce qui se passait ? - Lombana Diallo (auteur de presque toutes les formules pour désigner Sékou Touré), n’aurait rien su, même des pendaisons publiques ? - Chaikou Barry, ministre des banques et assurances (et frère de Diawadou), ne savait rien du sort de son frère ? Je profite de l’occasion pour saluer le courage d’un autre frère de Diawadou Barry du nom de Bassirou Barry ; Il était ministre de la justice quand le CMRN a publié sa parodie de verdict à l’encontre du groupe de Diarra. Interrogé par RFI, il n’a pas hésité à dire qu’il ignorait tout du « tribunal » qui aurait procédé aux jugements des anciens dignitaires et de ceux du 4 Juillet jusqu’à son siège. Cette désolidarisation de son gouvernement, lui a certainement coûté son poste. Feu Jean-Claude a eu le courage de demander à Conté, de le confirmer par un simple oui ou non s’il y a eu des exécutions… ! Vous connaissez la suite. Croyez vous que tous ces grands du PDG étaient moins coupables qu’un Fama Touré simple gérant d’une boutique d’étoffe pour mériter l’exécution ? Ou encore Kaba « De Gaule » Camara simple garde du corps qui savait à peine lire ? Elhadj Abdoulaye Touré et Toumany Sangaré n’ont jamais fait partie d’une quelconque commission de torture. Pourquoi ont-ils ete exécuté ? Avons nous pensé á les réhabiliter un jour ? Martin Luther King disait « l’injustice n’ importe où est une menace pour la justice partout ». Cher lecteurs, mon objectif n’est pas de distribuer des sentences ; Cela revient aux tribunaux, ou à défaut, à l’histoire. Je reste cependant convaincu et cela définitivement, que les acteurs politiques à un niveau ou à un autre, doivent assumer leur part de responsabilité. Mon cher Lamarana Diallo : le cas de Telli va rester matière à débat pour très longtemps encore. Comme vous le dites si bien, même sa famille tâtonne sur le pourquoi de son retour en guinée. Naïveté politique pour un homme de sa stature ? N’en savait-il pas suffisamment sur la nature du régime qu’il n’était pas obligé de servir ? Croyait-il peut être à la justice ? Ou ne se reprochait-t-il rien ? Était-il un profond patriote qui n’a voulu que se mettre au service de son pays ? Le nombre de morts avant lui n’était-il pas suffisant pour rompre avec Sékou Touré et le faire savoir au reste du monde ? Comme lui-même l’avait dit du fond de sa cellule : « Il y a eu trahison mais c’est moi la victime car, j’ai trahi la Guinée et l’Afrique au profit du PDG, ce dernier m’a trahi ». Que voulait-il dire par là ? Le saura-t-on jamais ? Toujours est-il que André Lewin son Biographe a demandé à accéder au dossier administratif de Diallo Telli, déposé au ministère français de la justice ; Il lui a été répondu qu’en raison du caractère délicat des pièces qu’il contenait, il ne pouvait lui être ouvert même pour simple consultation. Et l’auteur s’interroge encore aujourd’hui sur le fait qu’aucune dérogation (rarement accordée mais possible malgré tout), n étant possible, il faut qu’il y ait dans le dossier Diallo Telli quelques pièces particulièrement intéressantes et délicates dont la publication causerait encore aujourd’hui remous et controverse. Et l’auteur de se demander de quoi il peut bien s’agir : - Révélations sur certaines circonstances entourant son départ de France en 1958 ? - Clauses ménageant son statut administratif français en dépit de sa position de mise en disponibilité ? - Précautions prises à l’égard de sa situation financière et d’une éventuelle réintégration dans l’administration française ? - Papiers établissant des liens avec des officines occultes ou des groupes d’opposition ? Ou tout simplement de lettres personnelles par lesquelles Diallo Telli proclamait solennellement, et malgré les circonstances, son attachement á la France et se justifiait des accusations d’ennemi de ce pays dont il était régulièrement l’objet ? - Faudra-t-il vraiment attendre l’année 2045 pour avoir des réponses ? C’est dans 37 ans car, pour communiquer ces dossiers, il faut attendre 120 ans après la date de naissance de l’intéressé ». Lamarana, vous aurez environ mon âge actuel. Promets-moi de m’envoyer une copie outre tombe… ! L’attitude de Telli et de Fodéba dans le système PDG (comme celle de beaucoup d’autres), fera un jour l’objet d’examen que bon nombre de soldats actuels des différentes causes sur le net, ne seront plus présents pour apprécier. Je ne saurais quand même terminer sans exprimer un petit regret à l’endroit de mon grand frère Ansoumane Doré ; C’est d’autant plus embarrassant que le frère a connu mon père dans la lutte pour l’indépendance de la Guinée. Il sait que je n’ai et ne dois avoir de complexe devant personne dans ce domaine. Mon oncle Bakary était son camarade. Il se souvient encore d’avoir passé de mémorables vacances avec ce dernier. Mon frère Doré sait mieux que quiconque que bien que ce soit notre région le Konia (Beyla, Kérouané) qui avait donné à Sékou Touré son premier poste électoral (ce qui peut être un symbole), personne de cette région commune à lui et moi n’a jamais été ministre dans un gouvernement du président Sékou Touré. Je suis sûr aussi qu’il sait que personnellement je n’ai ni postulé, ni assumé une quelconque responsabilité politique sous ce régime. En dépit de toutes ces informations, que ce soit lui qui m’accuse d’être un zombi thuriféraire qui se nourrit au nectar du PDG n’est autre que la confirmation du paradoxe du savon qui salit. Avec tout le respect que je lui devrais toujours, il m’arrive d’esquisser un petit sourire chaque fois que je lis certains de ses écrits pourtant toujours instructifs ; ça pourrait ressembler a de la naïveté chez un plus jeune mais, chez quelqu’un avec une si énorme et enviable culture et expériences, l’explication ne pourrait que se trouver ailleurs. Je ne lui en tiendrai pas rigueur pour autant en assumant qu’il est de bonne foi, car après plus d’un demi-siècle en dehors du pays, c’est normal qu’il ait une image des clichés de la Guinée, contrairement à moi qui suis plus proche des réalités de tous les jours. Je voudrais aussi dire à mon frère Doré que pour ce qui est de la place du Président Sékou Touré dans l’histoire, je suis un disciple du Pr Ibrahima Baba KAKE opposant devant l’éternel à celui-ci, condamné à mort par lui, plus significatif, historien d’envergure internationale et de Léopold .S .Senghor académicien et ancien président qui n’était pas non plus un ami de Sékou Toure, qui ont cru que l’histoire retiendra de l’ancien président Guinéen qu’il ait été à la fois un héro et un tyran. Que des hagiographes de Sékou Touré ou des adversaires irréductibles comme le frère Doré veuillent vouloir faire pencher la balance de l’histoire d’un coté ou de l’autre, est de bonne guerre à laquelle je n’ai aucunement l’intention de prendre part. L’histoire a ses paradoxes signe du temps ; les Doré affichent toujours un petit air de fierté chaque fois qu’on les appelle « isoumahoro » du nom du roi du sosso qui montait ses tambours avec des peaux humaines. Evidemment il ya de cela 8 siècles et le net n’existait pas encore. Merci encore à Lamarana et bravo. Si vous avez beaucoup à apprendre sur le sujet que nous venons de débattre, vous en connaissez assez pour fièrement rester dans la cour des « grands ». Keep going. Amadou Damaro Camara pour www.guineeactu.com
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