mardi 7 juin 2011
Réponse à M. Pokpa Holomo Lamah

Cher M. Lamah,

N’étant pas un très grand adepte des polémiques par commentaires croisés, j’ai plutôt l’habitude de me contenter de lire et dire ce que je pense des articles publiés sur les sujets qui me paraissent importants. Mais pour ne pas que mon mutisme face à vos deux observations me concernant vous paraisse traduire une quelconque forme de mépris ou d’indifférence, voici ce que je crois devoir vous répondre.

1°/ Concernant la phrase qui aurait pu heurter votre sensibilité de « patriote plus rassembleur que d’autres Guinéens », je précise que le propos visait uniquement ceux des compatriotes soussous et forestiers – à quelque niveau social que ce soit – qui en Basse-Côte (dont je suis natif moi-même) et dans certaines ville en Forêt, ont été « entrainés » dans des campagnes de haine qui visent encore la communauté peule. Vous comprenez que je ne puisse y inclure les Peuls qui s’acharneraient ainsi contre des membres de leur propre communauté. Il peut y en avoir, mais des méprisables. D’où le terme « certains » utilisé à bon escient pour tâcher de circonscrire les choses. Ces activistes instrumentalisés opérant y compris au sein des forces de défense et de sécurité de l’Etat peuvent ne pas tarder à se rendre compte qu’ils n’auront été que des dindons de la farce, en effet. Tout ceci est évidemment humain et quasi usuel en Guinée.

2°/ A propos de votre sympathique plaidoyer en vue de la lutte contre l’ethnocentrisme, je crains que vous n’enfonciez une porte ouverte avec moi. Car, au bout de 40 ans de vie hors du pays dont je fus étudiant boursier comme tant d’autres, je peux tout de même me prévaloir d’un certain recul nécessaire à une analyse sociologique de ce peuple composite qui reste somme toute un des plus attachants de la sous-région. Pour faire court, je rappellerai que l’originalité de la population guinéenne était que malgré des régimes despotiques qui ont successivement coupé tous les ressorts de dynamisme et de progrès du pays, le vivre-ensemble interethnique n’avait jamais posé de gros problèmes de 1957 à 2008. Or, les évènements dramatiques qui s’enchainent depuis l’avènement du CNDD au pouvoir, et plus particulièrement depuis l’amorce du processus de démocratisation suite aux accords de janvier 2010 à Ouagadougou, mettent nettement en évidence l’échec patent de construction d’une unité nationale obéissant à de véritables critères de cohésion et de progrès social équitablement partagé.

Le nouveau pouvoir qu’Alpha Condé met en place est conçu pour marquer une prééminence ethnique sur fond de populisme haineux destiné à anéantir toute opposition républicaine à travers la communauté de son principal adversaire politique, Cellou Dalein Diallo. Il s’en est suivi les manifestations de régression des acquis de Droits fondamentaux et de libertés auxquelles nous assistons actuellement.

Face à une réalité politique et sociale aussi tendue, la seule parade efficace qui s’offre prioritairement aux populations les plus stigmatisées que sont incontestablement les Peuls, c’est de commencer par s’unir et s’organiser de manière à enclencher tous les mécanismes de dissuasion possibles en tant que communauté majoritaire du pays.

3°/ Sur les questions plus directes que vous me posez, je vous répondrai successivement que :

  • Les Peuls ne sont globalement ni différents ni plus intelligents que d’autres groupements ethniques du pays. Ils présentent tout simplement des données démographiques et politiques que les pouvoirs successifs ont toujours éludées en Guinée.
  • De par leur impressionnant déploiement sur l’étendue du territoire national et pour des raisons socioculturelles probablement, il n’est pas raisonnablement imaginable que tous soient acquis en même temps à la même cause, politique notamment. J’oserai même affirmer que plus démocrate et tolérant qu’un Peul de Guinée tu meurs ! C’est d’ailleurs pour cela que je vous rassurerai qu’ils ne me puniront jamais pour si peu. Et surtout, je parle en tant que citoyen peul guinéen libre de tout engagement politique d’ailleurs.
  • Enfin, sachez que je dois un petit coup de pouce (administratif) à une certaine Mme Mama Sagno (amie d’une tante) dont le mari était à l’époque Commandant de Région à Kindia, pour le salut de me voir échapper à ma vocation de berger avant d’aller à Conakry connaître un certain M. Augustin Mara, comme instituteur. Cet éminent enseignant qui était également le beau-frère de Maxime Camara (ex-footballeur), avait des garçons dont l’un fut mon copain de classe. C’est donc vous dire qu’il est parfois plus convenable et avisé de s’abstenir de donner des leçons de patriotisme à tout-va, surtout lorsqu’on ne connaît pas forcément les gens.

Si je partage votre avis sur l’impérieuse nécessité de construire un espace commun qui permettra aux différentes communautés guinéennes de se retrouver, dialoguer et commencer à tirer profit des richesses que la diversité et les complémentarités socioculturelles leur offre pour développer le pays, il n’est pas certain que cela puisse se faire sans procéder à un véritable état des lieux du tissu social.


Ibrahima M’Bemba SOW, Picardie (France)


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Ibrahima M`Bemba SOW, jeudi 9 juin 2011
Cher Gandhi Barry, je donnerais tout pour avoir votre optimisme et l`enthousiasme (mobilisateur) qui transparaît de la plupart de vos différentes prises de position. Mais dans cet échange d`opinions que j`ai eu avec M. Lamah, c`est ce dernier qui a voulu me faire dire ce qui ne ressort nulle part dans mes propos écrits. Je lui ai même donné des indications qui auraient dû mieux l`éclairer sur ma conception de certaines réalités de la société guinéenne. Il est évident que notre structure sociale reste essentiellement ethnique encore, par comparaison à des pays tels que le Mali, le Sénégal tous proches voisins du pays. Tout comme vos explications sur la problématique d`existence de bons et mauvais éléments au sein de chaque groupement humain ne s`imposaient même pas n`eut été la confusion que mon contradicteur a glissée dans le débat. En effet, cela coule de source et je l`ai même rappelé: la coexistence inter-ethnique n`avait jamais posé de gros problèmes avant la fin du régime Conté. Par contre, tout comme le pouvoir de Sékou Touré s`y était employé en 1976, à coups de campagne de haine anti-Peuls, il y a bel et bien résurgence de ce qu`on ne peut désigner que par un "Problème peul" en Guinée. Bien sûr que les politiciens dont le rôle est avant tout de rassembler par delà les contours régionaux et ethniques ne peuvent pas le dire publiquement même s`ils en vivent les méfaits au quotidien. A voir un homme comme Facinet Touré dire tout haut ce que beaucoup de gens, toutes sphères sociales confondues, pensent tout bas depuis des lustres, l`on ne peut que se poser les bonnes questions et sortir des "bulles intellectuelles" qui continuent d`abriter certains esprits. Il s`agit surtout de prendre conscience de la nécessité de plus d`unité au sein de la communauté peule. Nous savons tous que la politique est toujours affaire de rapport de forces en Afrique et plus particulièrement dans notre sacré pays où rien n`a été fait en matière d`unité nationale. C`est là qu`intervient la notion de "dissuasion politique" qui ne peut s`acquérir qu`en inversant la perception de division ou de manque de solidarité interne que renvoient les Peuls de Guinée aux autres compatriotes. Tout ceci procédera au finish, de la nécessaire construction d`unité nationale. L`équilibre politico-social stable ne pourra être atteint que le jour où l`Etat-nation reposera effectivement sur les quatre piliers naturels du pays. Après 50 ans d`errements politiques, la seule voie d`accès au développent ne passe que par la démocratisation de la vie publique. Ce qui est tout le contraire de la stratégie de confiscation ethnocentrique du pouvoir par voie de "domestication d`opposants potentiels" accessoirement mise en oeuvre par le nouveau "PDE". Je compte d`ailleurs développer par un prochain article cette thématique de compatibilité étroite entre le renforcement des cohésions ethnico-régionales et le renforcement de l`unité et de la solidarité nationales. Bien fraternellement..
Mamadou Saidou Diallo, Londres/Paris, jeudi 9 juin 2011
Merci pour la clarification Mr Sow. Toutesfois, je maintiens toujours ma posrition.. a savoir: BIEN QUE CERTAINS PHEULS ONT FAIT PREUVE DE TOLERANCE ET DE SAGESSE AVANT ET PENDANT LES DERNIERS EVENEMENT TRAGIC DE NOTRE PAYS (CDD ETANT UN EXAMPLE ELOQUENT), IL SERAIT PRETENTIEUX D`AFFIRMER QUE L`ETHNIE PHEULE EST LA PLUS DEMOCRATE EN GUINEE. Par ailleurs je conviendrai avec vous nous Pheuls sont effectivement disproportionellement victimes d`exactions et de mepris, pas de la part des autres ethnies, mais de la part d`un etat voyoux and satanique. Et comme vous l`avez bien dit.. nous devons nous mobilises pour lutter contre toutes les formes d`injustices que les citoyen guineeens ( quelque soit leur Ethnie) subissent de la part de cet Etat voyoux. Wassalam
Gandhi, mercredi 8 juin 2011
Mr Sow, il n`y a pas de problème peul en Guinée. Dans toutes les ethnies, il y a des gens intelligents, dignes, patriotes, et qui gagneraient à être connus, et de la même façon, dans toutes les ethnies, il existe des gens mauvais, bêtes, qu`on aimerait ne jamais rencontrer. Lorsque certains dirigeants ont un petit esprit, il ne faut pas en attendre grand chose, et souvent ceux-là ne se préoccupent que d`essayer de garder un pouvoir qu`ils ont obtenu, parfois ils ne savent même pas comment. Dire qu`aujourd`hui les peuls sont stigmatisés, c`est un fait, mais ils ne le sont que par une clique qui cherche à diviser pour régner. Certains sont peut-être de réels ethnocentristes, mais d`autres le font par calcul politique. Un peul extrémiste et inculte pourrait faire la même chose en sens inverse. Ce qui compte ce n`est pas l`ethnie de celui qui dirige, mais sa formation, sa culture, son intelligence et son ouverture d`esprit. Le jour où la Guinée aura à sa tête ce genre de personnage, personne ne se préoccupera de son origine. Voilà ce que de nombreux compatriotes disent - ils existent donc -, même si on ne les entend pas toujours. On n`entend que ce que l`on veut entendre. Il ne faut pas généraliser à une ethnie la bêtise de deux ou trois abrutis - quelle que soit leur ethnie - qui ne sont pas représentatifs. Même au sein d`une même fratrie, frères et soeurs peuvent être différents, a fortiori au sein de communautés différentes. Mr Lamah dit que chez les forestiers, comme chez les peuls, les soussous ou les malinkés, il y a des gens bien et d`autres pas. Rien d`original là-dedans, mais par les temps qui courent, c`est bien de le rappeler, c`est tout.
POKPA HOLOMO LAMAH, mercredi 8 juin 2011
Mr Ibrahima M`Bemba Sow, les commentaires de Messieurs Gandhi et Mamadou Saidou Diallo me suffisent largement. Merci !
Julienne, mercredi 8 juin 2011
Félicitations M. LAMAH pour votre commentaire plein de sagesse. J`ajouterais simplement qu`on est citoyen d`un pays et non d`une ethnie quand Mr. Sow dit "Je suis citoyen peul guinéen". Pourquoi ne pouvons-nous simplement pas raisonner en tant que Guinéen tout court?? Aussi les expressions comme "majoritaire" créent des frustrations car l`on fait déjà une démarcation entre différents groupes. Les conséquences de cette notion de "majorité", "minorité" peuvent être désastreuses, le cas du Rwanda est plus qu’éloquent. Alors faisons attention à nos propos.
Ibrahima M`Bemba SOW, mercredi 8 juin 2011
M. Diallo, au risque de vous contredire, je persiste à penser non seulement qu`il se pose un réel problème peul en Guinée, mais que ce n`est pas en continuant à se cacher derrière son doigt que l`on contribuera d`un iota à sa résolution. Depuis l`indépendance, tous les régimes politiques ont été structurés autour de l`idée d`exclusion ethnique que le Général Facinet Touré vient de dire tout haut récemment. Lorsque l`on examine ne serait-ce que les comportements répressifs à géométrie variable des FDS depuis juin 2010, force est de constater que même en langage "politiquement correct", on ne peut plus se cantonner à des généralités. Lorsque les gens sont régulièrement stigmatisés et pillés impunément par des représentants de l`ordre l`ordre public au seul vu de leur faciès, je dis pour ma part halte aux discours convenus et policés de certaines élites intellectuelles et politiques. Sur mon expression anecdotique que M. Lamah juge choquante, la seule attitude des sages du Foutah lors des évènements de chasse aux Peuls résidant dans certaines ville de Haute-Guinée, constitue en soi un exemple de tolérance et de prédisposition naturelle à la démocratie. Cela dit, entre la case qui est en train d`être brûlé avec leurs occupants asphyxiés et certaines préoccupations intello-politiquement correctes, mon choix ne souffre d`aucune hésitation. Si la structure de l`Etat que le nouveau Président- qui est de surcroît "Professeur" de Droit-, n`était pas aussi centrée autour de critères purement ethniques,l`on aurait encore entretenu quelques doutes sur la pertinence de mes propos. Il s`agit pour les Peuls, pris le plus collectivement possible, de rebondir ensemble et s`organiser non pas à aller en guerre contre d`autres ethnies guinéennes, mais pour ne plus être marginalisé sur le terrain politico-militaire. Ce qui n`est réalisable que si l`on apprend à se départir de la traditionnelle langue de bois intellectuelle sur fond de félonie ou d`ambitions égoïstes. Et pour clore ce débat avec M. Lamah, je lui dirais qu`il ne sert à rien de faire des procès d`intention aux gens, surtout au motif inavoué de vouloir faire dire aux autres ce que l`on veut entendre. La réconciliation et l`unité nationale sont plus que jamais des objectifs difficiles à atteindre dans ce pays que nous croyons tous bien aimer pourtant. Bien fraternellement..
Mamadou Saidou Diallo, Londres/Paris, mercredi 8 juin 2011
Merci Mr Lamah..Je souscris a votre reaction dans sa totalite! Et je suis convaincu que Mr Sow reconnaitra cette erreur et s`excusera, car a lire le restant de l`article il semble etre plein de sagesse!
Gandhi, mardi 7 juin 2011
Remarques pleines de bon sens Mr Lamah.
POKPA HOLOMO LAMAH, mardi 7 juin 2011
Merci beaucoup Mr Sow d`avoir pris tout votre temps à me répondre. Dans l`ensemble, je peux me contenter de votre argumentaire. Seulement vous commettez une erreur monumentale qui ne pourrait passer inaperçue lorsque vous dites (je vous cite sans corriger la concordance du temps), Quote " J`oserai même affirmer que plus démocrate et tolérant qu`un Peul de Guinée tu meurs !". Unquote. Excusez-moi beaucoup, mais je ne sais pas si c`est par excès de zèle ou si vous êtes vraiment au sérieux en faisant une telle affirmation. Vous défiez l`humanité toute entière. En le faisant, vous faites un classement des ethnies sur l`échelle des valeurs. Ce faisant, je vous demanderais alors de continuer dans votre logique et de faire le classement des autres ethnies de la deuxième jusqu`à la dernière. À mon humble avis, il aurait été mieux de dire plus démocrate et tolérant que moi Ibrahima M`Bemba Sow, tu meurs ! À la limite, ça choque moins que si vous parlez d`ethnie. Votre propos met en exergue une prétendue valeur sociétale des Peulhs de Guinée qu`on ne trouve nulle part ailleurs. Ce qui n`est pas vrai. Autant il y a des Peulhs bons, je dirais même adorables, autant il y a des moins bons, des brebis galeuses parmi vous. Tout comme dans les autres ethnies. De grâce, arrêtons de stigmatiser les ethnies, parlons d`individus. Merci !

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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