jeudi 19 mars 2009
Rendre la Guinée lisible
Jacques Kourouma

Souvent mes réflexions ont créé la polémique, parfois inutile, parce que généralement plus interprétées que comprises, dénaturées qu’analysées, suffisamment lues avec un esprit partisan qu’avec le sens critique que commande toute réflexion qui, d’ailleurs, est loin d’être un dogme ou une prophétie.

 

Fréquemment, en cherchant, à ne vouloir que la déformation de mes idées, mes contradicteurs donnent plus de consistance à ce pour lequel ils me vilipendent, sans omettre des fois, la vindicte groupale.

 

J’ai toujours prôné qu’en choisissant de danser sur la place publique, je serai condamnable, si j’interdisais aux spectateurs de mon trémoussement, la liberté de rire et de critiquer l’harmonie ou non, de mes pas avec le rythme de la musique.

 

Sauf que, tout en se confessant et reconnaissant justement les faits que je dénonce, ils ne veulent pas que cela vienne de moi. Mes réflexions ont l’intérêt de susciter le débat, je n’en suis que flatté. Mais faisons-le avec plus de conscience que d’instinct, dans le but de rendre transparente, même sinueuse, la marche des acteurs publics.

 

En démocratie, bien que nous n’y soyons pas encore, le débat d’idée constitue l’aliment de ce merveilleux système qui humanise progressivement le citoyen, parce qu’il le libère en lui donnant la possibilité de prendre de la distance et du recul face aux événements. Il le rend respectable et responsable, si bien que la réaction épidermique au choc des informations ou révélations, est vite transcendée pour la raison, la seule qui éclaire l’être humain.

 

Pour arriver à ce niveau, il faut dire les choses sans que cela appelle à la mobilisation de boucliers pour protéger les hommes publics ou couvrir leur  gestion avec le manteau de l’opacité.

 

J’espère que le Guinéen y arrive un jour, après avoir compris que les mots : liberté et démocratie, qui irriguent nos discours, ne restent en l’état de simples et creuses proclamations. Ces déclamations exigent que le contenu de l’information ne soit pas une partie de plaisir. Il ne s’agit pas de glorifier un individu ou groupe d’individus, de le sanctifier ou de l’abattre. Le projecteur de la lumière doit éclairer tout individu, qui qu’il soit, de quelque heureuse obédience qu’il soit, dès lors qu’une zone d’ombre entache une parcelle, si minime soit-elle, de son parcours.

 

Ainsi, toute information est-elle une déformation pour eux. Je peux le comprendre. De là, à imaginer le déluge d’approximations et de contrevérités, voire de falsifications pures et simples, à quoi se livrent mes compatriotes depuis quelques jours, m’interrogent. Ces sorties incontrôlées me font réfléchir aux perspectives terrifiantes pour la liberté dans ma Guinée, envahie par l’ethnicisme ravageur de son tissu social. Parmi eux, de petites gens ont apporté de petits fagots au bûcher devant me brûler. Malheureusement les bois sont mouillés.

 

Je veux affirmer que personne ne saurait m’atteindre, parce que j’assume entièrement mes propos et suis conscient de la lecture plurielle des faits, pourvu qu’il n’y est pas volonté délibérée de nuire à quelqu’un, de cacher la vérité à mes compatriotes, en essayant de les tromper.

 

Dans cette optique, est-ce que tout ce tintamarre aurait-il, pour les uns, le but de sauver, de protéger quelqu’un ou simplement, pour les autres, de faire découvrir un certain fameux groupe de réflexion ? Pourquoi toutes ces gesticulations qui accordent le mérite à mon article, d’avoir posé un réel problème sociétal à la guinéenne ?

 

J’ai seulement compris que la lisibilité de la Guinée, que je souhaite et veux, se heurtera à la résistance, aussi longtemps que se maintiendront artificiellement en vie, des structures ou organisations fossiles, des comportements incendiaires et rétrogrades.

 

L’on comprendra maintenant pourquoi toute la réforme qui est en cours dans notre pays est décriée, par eux, par esprit de clocher, qui n’est qu’esprit de parti pris. Ce n’est point la divergence des points de vue ou la manière de faire et de dire, mais l’incompatibilité des intérêts personnels et/ou de groupe, qui s’insinue là. Moi, en tout cas, je n’en ai pas : mon seul intérêt est la Guinée !

 

Alors deux remarques importantes s’imposent. La première est que tous ceux qui, pensent m’atteindre, se ridiculisent. La deuxième est que la rupture est souhaitable et nécessaire, pour que l’évolution guinéenne soit, plus que jamais, lisible par tous ses enfants.

 

Longtemps, nous n’avons su vers quel horizon se dirigeait notre pays. Maintenant, l’éveil est là, avec ses imperfections, mais il est encourageant !

 

C’est pourquoi, au lieu de se cantonner dans le maquis de l’anonymat, pour la plupart, j’invite à s’introduire dans le maquis du réel, en intégrant indissociablement à leur démarche, le respect de la pluralité et de la diversité d’opinions à l’unité nationale qui, seule, compte à mes yeux et nourrit mon combat.

 


Paris, le 18 mars 2009

 

Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, lundi 23 mars 2009
Mon cher Jacques, tes réflexions ne devraient pourtant pas créer de polémiques car tu es un militant convaincu de la cause guinéenne. Ce qu`il faudrait c`est que chacun fasse l`effort de discussions apaisées et argumentées.Pour le reste, le lecteur fait la part des choses.
Bangaly Traore, jeudi 19 mars 2009
Merci mon frere Jacques,le peuple de guinee ne demander que la justice.car il est temps et necessaire d`etablir la justice dans notre pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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