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Il est de plus en plus avéré que le scrutin présidentiel du 27 juin 2010 ne s’est pas déroulé dans des conditions normales. Il aurait pu être validé s’il n’y avait que quelques cas de faiblesses humaines jouant en faveur de leurs leaders. Mais non, la fraude a été massive et elle ne peut, en conséquence, être simplement corrigée. Dans un pays stable et normal, on aurait pris des mesures draconiennes en punissant les auteurs par une privation de leurs droits civiques. Chez nous, il aurait été plus simple de reprendre le suffrage, tout en pénalisant ainsi tous les candidats et en frustrant tout le monde.
Abandonnons cette solution-là plus facile à dire qu’à faire, quand on n’a pas les moyens et qu’on dépend de volontés étrangères. Allons à la plus pragmatique des solutions, à celle qui punit les malhonnêtes sans les humilier, récompense les honnêtes gens sans en faire forcément des héros, des suffisants. Une autre solution de justice, inédite, mais équitable, pourrait être appliquée ; elle devrait être acceptée par tous, les fraudeurs compris. Il s’agit d’abord de destituer Ben Sékou Sylla et une bonne partie de son équipe, coupables de tricherie et de tromperie pour n’avoir pas fait utiliser, pour le vote, les appareils qui ont servi à faire l’enrôlement. Nous avions cru que nous étions entrés dans la modernité. Quelle désillusion que ce retour à nos vieilles recettes, d’autres époques!
Ensuite, la CENI doit prendre la décision courageuse de disqualifier, sans état d’âme, tous les candidats qui ont largement bénéficié de la fraude. Et puisque nous dépendons de l’extérieur dans ce scrutin et que n’avons pas les moyens financiers de tout refaire maintenons le second tour, déjà budgétisé, comme si de rien n’était, mais avec d’autres acteurs. Organisons le scrutin le 18 juillet 2010 pour tous ceux qui auront obtenu 5% au moins de voix, dans un nouveau comptage. Le gagnant sera celui qui aura obtenu plus de suffrages. Justice sera ainsi rendue aux plus honnêtes d`entre les 24 candidats et le peuple retrouvera, la tête haute, son honneur bafoué. Nous préserverons ainsi à la Guinée tout conflit inutile, destructeur de nos valeurs, rassurerons le monde entier sur nos relations réciproques et sur l’avenir.
Au contraire, le maintien des candidats incriminés dans la course sera entaché à jamais de suspicions. Ils ne bénéficient plus de la confiance des Guinéens et des partenaires. Un tel candidat, élu, aura peu de crédibilité aux yeux de la population et aura peu de chance de devenir un modèle de conduite pour le peuple. Cet état de fait n’est pas rassurant pour l’avenir démocratique que nous ambitionnons pour notre pays. Réfléchissons-y, sans passion, afin de préserver intacte le vent de paix sociale et d’unité nationale qui souffle sur la Guinée
Paris, le 1er juillet 2010
Boussé Remy
www.guineeactu.com
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