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La 5ème session du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G) dont le point d’orgue a été la rencontre du 17 juillet à la RTG Koloma a permis au chef de l’Etat guinéen de laisser une bonne impression à certains de ses compatriotes. Dans une option digne d’une opération de charme, le Capitaine Moussa Dadis Camara s’est voulu plus jamais rassurant voire conciliant surtout à l’endroit de ses interlocuteurs nationaux. Peut-on parler du retour de Dadis I, celui des trois premiers mois de l’ère CNDD ?
« Ça ressemble à une causerie au coin du feu », s’est réjoui le leader de l’UPG Jean-Marie Doré, porte parole des Forces vives, au cours de la rencontre que le chef de l’Etat Capitaine Moussa Dadis Camara a eue avec les Forces vives et le Groupe International de Contact sur la Guinée le 17 juillet dernier à la RTG Koloma. Une réaction qui a été partagée par la plupart des observateurs des différentes péripéties liées à la conduite de la période post Lansana Conté. Certes, plusieurs raisons sous-tendent cette impression mais l’élément déterminant de la bonne atmosphère ayant marqué la rencontre de la RTG Koloma a été, explique-t-on, la bonne humeur affichée par le Capitaine Moussa Dadis Camara.
En effet, le président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) a eu des propos rassurants à l’endroit de l’ensemble de ses interlocuteurs. Ce, au point que le Premier ministre Kabinet Komara que certains considèrent comme le souffre-douleur du chef de l’Etat a eu sa part de réconfort. Mais ce dernier point n’est pas notre ordre du jour…
Le Capitaine Dadis parle d’un ‘’jour solennel’’
Ainsi, le Capitaine Moussa Dadis Camara qui, ces derniers temps, avait habitué ses compatriotes à des scènes de colère radiotélévisées sur fond d’invectives et de menaces est apparu ce 17 juillet sous de beaux jours. « C’est un jour solennel pour nous », a-t-il introduit d’un ton empreint d’une sérénité déconcertante.
Le chef de la junte militaire a rappelé les engagements pris par le CNDD d’organiser des élections en 2009. S’il s’est réjoui de la mise en place de la Commission ad hoc chargée d’évaluer le chronogramme de la transition, il a indiqué cependant que « pour la création du Conseil National de Transition (CNT), j’ai déjà le projet. Je vais vous soumettre le document et ensemble on le va l’analyser. Si vous dites que ce n’est pas bon, je suis à vos côtés». Mieux, il a promis de ne pas laisser passer l’injustice sociale. «Je n’agirais jamais avec force, je vous promets de régler tous les problèmes dans le dialogue », a rassuré le chef de l’Etat. Ces paroles présidentielles rompent ainsi avec le ton tranchant des mois d’avril-mai-juin 2009 lorsque le chef de l’Etat reprochait aux Forces vives de l’avoir pris en otage pour le faire signer un chronogramme qui prévoit les élections à la fin de cette année. Ce qui est contraire aux deux ans de transition annoncés par le CNDD à sa prise du pouvoir le 23 décembre 2008.
Dadis ‘’plaide’’ pour le Cdt Moussa Kéita
Plus loin, et toujours à propos de la mise en place du CNT, on l’a vu ‘’plaider’’ voire ‘’prier’’ les Forces vives d’accepter de travailler avec son Ministre Secrétaire permanent du CNDD Commandant Moussa Kéita dont Jean-Marie Doré disait, si ironiquement d’ailleurs, qu’il avait « le visage d’un bébé mais des tons très durs » à leur endroit. « Je veux que le Ministre Secrétaire permanent soit une courroie de transmission entre nous (…) Il faut savoir pardonner. Une fois de plus, je vous demande la sagesse pour qu’enfin nous essayions de travailler ensemble. Je suis à la disposition de tout le monde », a fait savoir le chef de l’Etat.
L’épisode concernant le Commandant Moussa Kéita mérite bien que l’on s’y attarde un peu. Beaucoup d’observateurs estiment en effet que c’est le Ministre Secrétaire permanent du CNDD qui a amené le chef de l’Etat à enfourcher son cheval de bataille contre les Forces vives notamment les leaders politiques. On se rappelle que les sorties musclées du Capitaine Dadis contre ses interlocuteurs qu’il embrassait et honorait à tout bout de champs, sont parties de l’entretien qu’une délégation des Forces vives avait eu avec le Cdt Kéita. Ce dernier avait tenu des propos très durs à l’endroit de ses interlocuteurs venus lui demander des renseignements sur le CNT. C’est depuis cet entretien que le chef de l’Etat a commencé à tirer à boulets rouges sur la classe politique notamment.
« Les leaders politiques doivent retrouver leur dignité »
D’ailleurs, le 17 juillet dernier, le Capitaine Moussa Dadis Camara a poussé l’opération de charme jusqu’à caresser les leaders politiques et syndicaux dans le sens du poil. « Raison pour laquelle, j’ai dit d’épargner les leaders politiques qui doivent retrouver leur dignité, c’est ma conviction », dira-t-il. Dans la foulée, mention spéciale pour les leaders syndicaux qui, eux aussi, avaient été pris à parti par le chef de l’Etat. Qui, lors d’une de ses envolées oratoires publiques, leur avait rappelé que les grèves qu’ils avaient réussies sous feu le général Lansana Conté ne pouvaient pas marcher en son temps. «Je dois dire que les syndicats ont temporisé beaucoup de choses dans ce pays… », a mentionné, cette fois-ci, le président du CNDD.
« Rétablissons le pont…»
Autre surprise jugée positive par les observateurs, l’attitude conciliante que le Capitaine Moussa Dadis Camara a adoptée face aux questions liées à l’interruption de la tournée du leader de l’UFDG Cellou Dalein Diallo et la détention de trois militants de l’UDG de Mamadou Sylla. Après avoir regretté le fait que les deux leaders ne soient pas venus se plaindre à lui au Camp Alpha Yaya Diallo, il dira : « j’assume ce qui est arrivé… Je prendrai des dispositions pour que pareilles choses ne se répètent plus. Venez m’informer de ce qui se passe. Rétablissons le pont ». Un pont qui a été violemment secoué, se rappelle-t-on, suite au refus des Forces vives de se rendre à l’invitation du chef de l’Etat au Palais du peuple en juin dernier. Au motif que le cadre n’était pas approprié pour un débat serein et constructif.
Ce florilège des propos rassurants que le chef de l’Etat a eus vis-à-vis de ses interlocuteurs en cette période délicate de la transition a donc positivement marqué moult esprits. La scène du 17 juillet denier à la RTG Koloma a permis à bon nombre d’observateurs de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de la transition en cours. Ainsi, la plupart des Guinéens se sont remis à admirer l’ouverture d’esprit, la bonhomie et l’estime pour les autres qu’ils avaient très tôt appréciées chez ce jeune Capitaine qui a pris le pouvoir le 23 décembre 2008. On se rappelle, et ce n’est guère ennuyeux d’y insister, que le Capitaine Moussa Dadis Camara avait vite fait de donner de lui l’image d’un homme prêt à dialoguer avec l’ensemble des acteurs guinéens. Sans la prise en compte desquels, il s’avère actuellement impossible de gérer la Guinée. Alors, est-ce le retour de Dadis I et la disparition de Dadis II ?
Aujourd’hui, en tout cas, beaucoup de Guinéens espèrent voir la pérennisation de ce climat d’entente et de cordialité entre le chef de l’Etat et les Forces vives. Toute chose qui doit aboutir à la remise en route du processus de la transition qui a pris tant de bâtons dans ses roues.
Talibé Barry L'Idépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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