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Après le rendez-vous manqué du Palais du peuple, les Forces vives ont rencontré le président Moussa Dadis Camara le 27 juin dernier au camp Alpha Yaya Diallo. L’objectif principal de la rencontre consistait à renouer le dialogue entre les deux parties. Au cours de la rencontre, il a été décidé de la création d’un comité ad hoc qui sera chargé d’étudier tous les paramètres liés au chronogramme de la transition. Au sortir de cette rencontre riche en enseignements, nos reporters ont recueillis les sentiments de certains participants.
Jean Marie Doré, SG/ UPG
« Nous allons examiner les critères d’applicabilité du chronogramme »
« On peut dire que le dialogue a commencé, c’est tout ce qu’on demandait. Tous les grands problèmes de la Guinée sont à la portée de notre capacité de réflexion et d’action. Quand on se rencontre dans un cadre qui convient, un cadre idéal, on échange en profondeur nos arguments et on prend pour la Guinée les arguments qui conviennent à sa réalité et à ses possibilités. C’est ce que nous avions demandé au chef de l’Etat. C’est la raison pour laquelle nous n’étions pas partis au Palais du peuple. Ce n’était pas un boycott comme vous l’avez tous écrit. On a prié le chef de l’Etat de choisir un lieu calme, réservé. Pour ce qui est du chronogramme nous allons faire une commission ad hoc composée par les ministères compétents, les délégués du CNDD avec les Forces vives, et nous allons examiner les critères d’applicabilité du chronogramme qui prévoit les élections avant la fin de l’année. »
Madiou Diallo, pdt/MPP
« Le président Dadis a été très sensible »
« Vraiment, je suis très satisfait, au nom du Mouvement pour le Pouvoir du Peuple. Je dirai que le dialogue a été franc et très collaborateur. Le président a été très sensible. On sent maintenant qu’il est vraiment avec le peuple, qu’il est à l’écoute du peuple. Il a bien parlé et nous les Forces vives nous sommes condamnées à nous unir, à avoir la même position pour accompagner le président Dadis. Parce qu’il a la volonté, il faut que nous l’accompagnions et qu’on cesse de faire certaines choses. C’est l’homme du peuple, on doit être avec lui. Tout ce travail là est fait pour les Forces vives, parce que c’est nous qui serons les candidats demain. Donc, pour le chronogramme, il faut qu’on l’accompagne, qu’on travail ensemble pour faire un chronogramme correct pour que tout le monde puisse en bénéficier. Je suis pour ce principe et l’unité d’action des Forces vives, qu’il n’y ait pas de division. Jusqu’à preuve de contraire, on est un partenaire au président Dadis et on va l’accompagner dans ses idées. Nous avons le même le chronogramme que lui et nous comptons continuer avec lui dans l’unité et dans l’action. »
Bah Ousmane, pdt/UPR
« Le chronogramme n’a pas été l’élément qui a été discuté »
« Bon, je pense que c’est trop tôt de parler encore d’acquis. Mais ce qui est salutaire, c’est l’amorce du dialogue dans l’esprit de la rencontre de Koloma. Je pense que c’est cette dynamique qu’il faut poursuivre et qu’il faut engager avec rigueur. Parce que de toute façon, c’est un partenariat indispensable. Pour parler du chronogramme, je pense que ça n’a pas été l’élément qui a été discuté. Mais de toutes les façons, il a été décidé de mettre en place un comité ad hoc pour évaluer ce chronogramme. En fait un chronogramme c’est quoi ? C’est une succession de taches à accomplir dans le temps. Donc un chronogramme, il faut évaluer son exécution. Il y a des choses qui se font bien ou qui se font mal ou qui ne se font même pas. Il faut regarder tout ça pour pouvoir réajuster et aller de l’avant. »
Cellou Dalein Diallo, Pdt/UFDG
« La restauration d’un dialogue franc a été une bonne initiative du CNDD »
« Je pense qu’il y a sans doute une volonté politique d’aller vers les élections, car pendant la période passée cette volonté politique a manqué réellement. Parce qu’elle doit se traduire par des actes. Si je regarde le fait que depuis 4 ou 5 mois la CENI attend les 15 milliards de francs de la part du gouvernement au titre de sa contribution pour le financement du processus électoral, je me dit que ça ce n’était que le résultat d’un manque de volonté politique dans la mesure où il y a d’autres projets, d’autres programmes qui étaient financés. Et je pense que les partenaires sont entrain de libérer leur quote-part, si le gouvernement ne libère pas le sien ça ne peut être qu’un manque de volonté politique. Mais déjà la restauration d’un dialogue franc a été une bonne initiative du CNDD et de son président. Je pense qu’on doit saisir cette opportunité pour dire vraiment ce qui ne va pas. La commission ad hoc qui va être mise en place, je pense qu’elle ne manquera pas de faire une évaluation objective de la situation, identifier les retards, mesurer leur impact et situer les responsabilités afin que le processus puisse continuer dans les meilleures conditions. Ceci ne voudrait pas dire que nous tendons vers la suppression du CNT. Sinon, sa suppression est considérée par certains comme une option. Si on doit tenir le délai, c'est-à-dire qu’on doit organiser les élections en fin d’année, il faudra voir l’opportunité de créer le CNT. Parce que certains estiment qu’on pourrait remettre en force la constitution, le temps d’organiser les élections législatives, que ça soit une institution légitime qui précède à la modification de la constitution. »
Hadja Rabiatou Serah Diallo, CNTG
« L’acquis principal est le fait qu’on accepte de dialoguer »
« Les acquis de la rencontre, c’est que aujourd’hui nous sommes sur la même longueur d’onde. C’est ça le grand acquis que nous sommes tous entrain de voir, regarder la Guinée en face et prendre des décisions pour l’avenir du pays. Donc ça, c’est l’acquis principal, le fait qu’on s’accorde et qu’on accepte de dialoguer et de ne pas palabrer et de mettre cette commission. Les militaires sont des guinéens. Ils ont pris le pouvoir, il faut qu’ils soient là. Le président a pris des engagements pour le respect du chronogramme. Il faut qu’avec le MATAP, la CENI et les Forces vives qu’on puisse faire évaluer ce chronogramme pour savoir ce qui est fait, ce qui n’a pas été fait, pourquoi ça n’a pas été fait, quel a été le blocus, quel est le problème aujourd’hui, pour qu’on voit ensemble ce qu’il y a lieu de faire pour résoudre le problème. Il ne faut pas mêler tout le monde à cette discussion. Une commission va réfléchir, après on revient encore pour discuter avec le président face à face. Ce qu’on va arrêter ensemble, le président sera le porte parole de tous les guinéens devant le peuple de Guinée et l’arène internationale. »
Dr Ibrahima Fofana, USTG
« La commission ad hoc ne remplace pas le CNT »
« C’est une réunion qui nous a rassurés, qui nous a permis de tourner la page par rapport au malentendu qui a semblé se faire sentir entre les Forces vives et particulièrement le président de la République. Mais je crois qu’aujourd’hui cette réunion est venue réparer cette distance. Et il faut noter que la commission ad hoc qui doit être mise en place a un rôle de réflexion et de proposition par rapport à l’évaluation du chronogramme et à la définition des axes qu’il faut prendre maintenant au niveau des Forces vives et du CNDD pour que le chronogramme soit respecté. Cette commission ne remplace pas le CNT, qui est un organe qui joue un rôle différent de celui de la commission ad hoc. Cette dernière prépare les conditions de mise en œuvre du CNT en tant qu’élément important du chronogramme. Si vous lisez aujourd’hui entre les lignes du chronogramme que nous avons défini, il y a une question liée au temps. Il ya les dates qui ont été fixées pour les élections, également les moyens à mettre en œuvre pour la tenue des élections, ainsi que d’autres taches à exécuter dont l’enrôlement des électeurs, la préparation de la liste électorale et la mise en place du CNT. Il s’agit donc d’évaluer ce qui a été fait et ce qui ne l’a pas été et qu’on essaie de voir ce qu’il y a lieu de faire pour mettre cela en application. »
Hadja Mariama Diallo Sy/CNOSCG
« Ce qui nous attend est important et capital pour notre pays »
« Je suis très ravi de cette rencontre, parce que nous l’avons voulue et le président l’a accepté. Je pense qu’au sortir de cette réunion nous avons désormais les éléments nécessaires pour nous permettre d’aller vers les élections réclamées par le peuple de Guinée. Le chef de l’Etat a accepté de libérer les partis politiques pour leur permettre d’évoluer sur le terrain. Il a dit que la Guinée appartient aux guinéens et que la solution du pays ne peut provenir que des guinéens. Dans cette salle aujourd’hui, il y avait une cinquantaine de partis politiques, la société civile, les syndicats, les confessions religieuses et les sages. Sans compter les organisations de jeunesse et de femmes. C’est donc la Guinée toute entière qui était là, qui a écouté le président qui est allé dans le sens de la volonté du peuple pour aller vers une transition apaisée. Les réponses données par nos représentants, Hadja Rabiatou et Jean Marie Doré n’ont fait que confirmer l’esprit qui nous anime aujourd’hui, c’est à dire celui d’aller dans un dialogue franc, sincère, responsable, structuré. Car ce qui nous attend est important et capital pour notre pays. »
Mamadou Diawara, Pdt/PTS
« Nous sommes rentrés cette fois-ci dans une transition pacifiée »
« Je pense que c’est l’une des meilleures rencontres avec le président. Aujourd’hui, la transition a pris l’allure de l’apaisement et de la compréhension. Nous sommes rentrés cette fois-ci de plein pied dans une transition pacifiée, honnête et sincère. Le comité ad hoc sera le bienvenu. Il s’agit maintenant de définir le cadre de travail du comité. Nous n’allons pas là-bas pour discuter sur des dates. Je crois qu’à l’unanimité il y a une parenthèse sur les dates. Maintenant, à partir de nos discussions dans le comité ad hoc, nous allons savoir comment la Guinée va évoluer dans son processus électoral. L’évolution est certaine. Il s’agit surtout maintenant de voir quels sont les différents goulots d’étranglement constitutionnel qu’il faut corriger. On ne se presse pas, il faut forcément donner la place aux guinéens de l’extérieur comme le président de la République l’a signalé. Et comment peut-on donner une place aux guinéens de l’extérieur s’il n’y a pas un cadre institutionnel qui garantit leur présence au sein de nos institutions ? Ce qui va nous amener forcément à une révision constitutionnelle. Faut-il créer un Conseil national ou un comité international des guinéens de l’étranger ? Faut-il que les guinéens de l’étranger soient représentés dans nos institutions ? Faut-il qu’ils soient candidats aux élections législatives ? Faut-il leur donner un nombre important au sein du parlement ? C’est dans un cadre institutionnel renouvelé que nous pouvons voir comment donner aux guinéens de l’extérieur leur place. Il s’agit maintenant de donner au comité ad hoc un contenu réel pour permettre à la Guinée de réussir une transition apaisée. »
Mouctar Diallo, NFD
« On doit aller aujourd’hui vers des choses très concrètes »
« Essentiellement, les deux porte-paroles des Forces vives, Hadja Rabiatou et Jean Marie Doré, ont exprimé la nécessité de la mise en place d’un comité ad hoc composé de l’ensemble des parties prenantes de la transition. Cela pour réfléchir concrètement sur les tenants et aboutissants de la transition. Il faut noter aussi que Jean Marie Doré a dit qu’il ne revient pas aux Forces vives de proposer une personne qui va présider la commission d’orientation économique et politique qui relève de la compétence exclusive du président de la République ou du chef du gouvernement. Mais ce que je peux dire en termes de leçon, ce qu’en premier lieu, c’est bon que le contact soit renoué entre le président Dadis et les Forces vives. C’est une bonne chose. Mais je pense aussi qu’on doit aller aujourd’hui vers des choses très concrètes. Nous attendions aujourd’hui que le dialogue soit direct, franc, concret et qu’il débouche sur des décisions importantes. C’est pourquoi aujourd’hui il est important de parler concrètement du chronogramme proposé par les Forces vives et accepté solennellement, officiellement par le chef de l’Etat, le président Moussa Dadis Camara qui ne cesse de réitérer son soutien indéfectible à ce chronogramme. Je pense donc qu’on doit parler concrètement de la mise en œuvre de ce chronogramme, l’évaluer en permanence pour voir ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, pourquoi ça n’a pas été fait et qu’est-ce qu’il faut pour faire le reste. A mon avis, voici des choses importantes et concrètes vers lesquelles nous devons aller. Mais pour que le président Dadis aussi montre sa bonne foi, sa volonté politique de respecter ce chronogramme, il faudrait dès maintenant, immédiatement et sans délai qu’il libère les 15 milliards de francs guinéens réclamés par la CENI pour renforcer le processus électoral, dans le cadre du respect de l’exécution de ce chronogramme. Parce qu’on ne peut pas parler de transition et d’élections sans donner les moyens humain, matériel et financier à l’organe chargé d’organiser les élections qu’est la CENI. L’autre élément aussi important, c’est de parler de la liberté des partis politiques. On ne peut pas dans cette situation de transition empêcher la participation effective, active et efficace des partis politiques dans la gestion efficace de cette transition. Pour que les partis politiques contribuent efficacement à la gestion de cette transition, il faudrait qu’ils aient touts la liberté de se mouvoir. »
Alpha Ibrahima Keira, pdt / PR
« On ne peut pas nous imposer un chronogramme »
« Le président Dadis a une fois une encore manifesté sa volonté de dialoguer avec les Forces vives dans un cadre franc et loyal avec tous les acteurs du processus démocratique. Nous avons lu sa détermination à aller vers des élections libres, crédibles et transparentes acceptables par tous pour ma part j’estime que les partis politiques doivent également faire en sorte que nous allons vers des élections apaisées pour le bonheur du peuple guinéen. On ne peut pas nous imposer un chronogramme si toutes les conditions ne sont pas remplies. Compte-tenu donc de certains facteurs liés au recensement, je peux dire qu’il ne faut pas qu’on se casse la figure. Les élections en 2009 ne sont pas possibles. Je pense qu’il serait sage de retenir que la politique n’est pas une course de vitesse, mais plutôt une course de fond. Les partis politiques doivent accepter un report de ces élections. Je pense bien que le premier trimestre de 2010 est bien indiqué pour des élections apaisées. D’aucuns penseront que mon parti est un nouveau parti, raison pour laquelle je suis de ceux qui pensent au report pour 2010. Ce n’est pas là mon problème. C’est une question d’objectivité qui m’anime. Je pense que même si nous allons aux élections aujourd’hui, seul le peuple pourra déterminer le vainqueur. Ce n’est pas parce que d’autres veulent aller aux élections en 2009 qu’ils seront automatiquement les vainqueurs. En tant que bon croyant, je sais que l’homme propose et que Dieu dispose. Ce n’est pas la peine de créer des problèmes là où il n’y en a pas. Nous sommes tous des Guinéens et nous disposons des mêmes droits et des mêmes obligations. Dans un processus démocratique, il faut un dialogue pas celui de sourd, mais un dialogue participatif qui pourra donner de la paix et de la crédibilité devant l’opinion nationale et internationale. »
Propos recueillis par Samory Keita, Talibé Barry et Aly Badara Condé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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