jeudi 13 novembre 2008
Remarques sur l’article de M. Sékou Chérif Fadiga
Ibrahima Sakoh

A priori, on pourrait considérer que le sujet traité par M. Fadiga dans son article ne me concerne pas, car il s’agit des débats politiques entre deux formations auxquelles je n’appartiens ni à l’une, ni à l’autre. Mais en réalité, ces débats se déroulent entre deux partis politiques qui ont chacun des ambitions nationales. A ce titre, toutes questions liées à leur vie (de leurs programmes de société à la personnalité de leurs dirigeants, en passant par leur gestion quotidienne) intéressent tous les Guinéens, même ceux qui ne font pas partie de leurs membres.

Cependant, ma présente intervention n’a pas pour objet de se pencher sur tous les sujets traités par M. Fadiga en réaction à l’article d’un autre compatriote. Elle ne présume rien quant à la légalité ou la légitimité de l’actuelle Assemblée nationale. Elle ne traite non plus aucune question liée à la conviction politique ou à la personnalité d’un député ou d’un dirigeant de parti politique en Guinée. Elle se limite uniquement à l’analyse de certaines questions de droit soulevées par un passage de son texte qui concerne la nature du mandat des députés dans notre pays.

En effet, dans son texte, M. Fadiga affirme : «Depuis la fin du congrès de Labé, notre parti a engagé des démarches auprès de l’Assemblée Nationale pour déchoir de leur mandat tous les députés démissionnaires de notre formation politique et tous les secrétaires recrutés par cette Institution au titre de l’UPR. […] Si nos compagnons d’hier étaient cohérents, en démissionnant de notre parti, ils devraient aussi abandonner tous les avantages qu’ils ont obtenus grâce à notre formation politique».

Ce passage, comme on peut le comprendre aisément, exhorte l’Assemblée nationale à «déchoir» certains de ses membres au motif qu’ils ont démissionné du parti au titre duquel ils ont été élus.

La question qui se pose ici est de savoir si une telle déchéance est possible eu égard au droit guinéen. Ce qui pose, en d’autres termes, la question de la nature du mandat des députés en Guinée.

Le droit constitutionnel et la philosophie politique connaissent principalement deux types de mandat : Le mandat impératif et le mandat représentatif.

Le mandat est impératif lors qu’il impose au mandataire de rendre compte à son mandant à tout moment et sur chaque sujet que celui-ci voudra. Dans ce système, le mandant donne des instructions au mandataire (ou mandaté) et peut lui retirer sa confiance en le révoquant s’il estime que ce dernier ne s’acquitte pas de son mandat conformément à ses instructions. Dans le cadre de son parti politique, le mandataire a l’obligation de respecter la ligne politique de son parti et de se soumettre à la discipline du vote.  En clair, il ne peut ni changer de parti ni s’écarter des directives et instructions de son parti sans courir le risque de se faire révoquer de son mandat.

Quant au mandat représentatif, il est le système selon lequel le mandataire n’est investi que d’une mission de représentation. Il n’a pas d’instructions à recevoir du mandant et prend ses décisions en toute liberté. Le mandant ne peut le révoquer de sa mission avant le terme de son mandat. Dans ce système, le mandataire est libre de ses opinions et peut pratiquer ce que l’on appelle le «nomadisme politique» sans perdre son mandat.

Le système politique guinéen, tout comme la quasi-totalité des démocraties contemporaines, opte pour le mandat représentatif. L’article 57 de la Loi fondamentale, lui-même calqué sur l’article 27 de la Constitution française stipule que «Tout mandat impératif est nul».

A la lumière de ces principes, je pense que la tentative de l’UPR tendant à «déchoir» de leur mandat leurs députés démissionnaires n’a pas de base légale dans le droit guinéen, d’autant plus que les députés dont ils s’agit ne sont plus uniquement représentatifs ni des circonscriptions au sein desquelles ils ont été élus (en ce qui concerne ceux qui sont élus à l’uninominale), ni de la formation politique qui les a présentés. Les lois qu’ils font s’appliquent à toute la Guinée et de ce fait, ils sont, depuis leur élection, investis d’une représentation nationale. Ce n’est donc pas imaginable qu’un parti politique, fût-il le leur, puisse décider de les exclure d’un mandat qu’ils exercent au compte de la nation tout entière. 

En plus, l’UPR doit savoir que la «désertion politique» n’est nulle part mentionnée dans l’ordre juridique guinéen comme constitutive d’un manquement. Qui plus est, allant jusqu’à valoir la déchéance à un député, d’autant plus que la pratique politique en Guinée semble l’admettre déjà. Je rappelle que ce n’est pas la première fois qu’on constate un tel cas au sein de l’Assemblée nationale. Il y a quelque temps, j’ai lu dans des journaux guinéens que plusieurs députés du PUP avaient démissionné pour adhérer à l’UFR. Mais je n’ai entendu aucune réaction suggérant leur destitution de leur qualité de député à l’Assemblée nationale.

Je voudrais donc, pour conclure, lancer un appel à M. FADIGA, d’essayer de faire revenir son parti à la raison. L’UPR est l’une des formations politiques qui peuvent jouer un rôle primordial dans le processus de démocratisation auquel nous aspirons tous dans notre pays. Elle doit donc commencer à maîtriser ses émotions pour pouvoir agir conformément aux principes et valeurs de l’Etat de droit dont elle dit vouloir instaurer en Guinée.

L’UPR doit également se battre pour la réintégration des agents administratifs de l’Assemblée, abusivement licenciés pour leur opinion politique. Elle ne doit ni être à l’origine, ni cautionner une décision illégale et injuste qui cause des dommages graves à ces pères et mères de famille à la charge desquels se trouvent plusieurs autres Guinéens. A moins qu’on soit en mesure d’apporter la preuve d’un acte ou d’une omission graves de leur part, constitutifs d’un motif de licenciement dans le droit guinéen. Tout parti politique qui s’inscrit dans la logique du changement et de la lutte contre l’injustice dans toutes ses formes dans notre pays doit défendre la légalité dans son propre sein d’abord, même au détriment de ses intérêts politiques, s’il veut être crédible.

Ibrahima Sakoh, Genève
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Alpha Diallo, vendredi 14 novembre 2008
Monsieur Sakoh votre analyse est pertinente mais il faut la situer dans le contexte guinéen et ne pas vous contenter des théories de Montesquieu et de Rousseau sur le mandat impératif ou son interdiction. En Guinée il est dit que ce sont les partis politiques seuls qui présentent des candidats. Il ne peut pas y avoir de candidature sans parti politique à toutes les élections nationales. Alors comment analysez vous alors la situation avec cette réalité guinéenne? Peut être que vous devez aussi voir si le règlement intérieur de l`assemblée nationale prévoit quelque chose dans une telle situation. Mais ce qui est bien avec votre analyse c`est effectivement de lancer un débat sur la conception du pouvoir, le fonctionnement des institutions, le type de gouvernement que l`on veut. Ce qui élève ce débat qui était mal parti car une suite d`une querelle de fatrie, ce qui est loin d`être la préoccupation des guinéens. Si ces partis nous donnaient la solution pour l`alternance et une bonne gouvernance, nous leur en serions reconnaissants.
MAD, vendredi 14 novembre 2008
Msr Sakho votre analyse n`est pas du tout fondé car L`UFDG et l`UPR sont 2 partis tres differents donc ce de vous dire que msr Fadiga a bien raison selon la democratie car ceux qui sont demissionés de L`UPR pour rejoindre l`UFDG ne sont plus attachés á l`UPR donc c`est mieux aussi qu`ils abandonnent touts les postes dqu`ils ont aquis par le biais de l`UPR lá ils auront demissioner comme ils sont entrain de dire, mais avant çe le mot DEMISSION ne devrait pas sortir de leurs bouches mais plutot le mot DENIGREMENT, mais la maniere dont ils font prouve que nous sommes encore loin de la democratie et nos soit disant cadres ne sont pas du tout intelligent car ils ne savent meme pas comment demissioner. Mais k meme je vous remercie d`avoir participé au debat sur la democratie en Guinée P.S:je ne suis ni millitant ni sympathisant d`aucun parti politique en Guinée
Bah Mohamed, vendredi 14 novembre 2008
La Guinee est en panne de gens honnette comme vous. Au dela des sensibilites, il faut la raison. J`ai grand espoir que la Guinee changera un jour grace a des Hommes comme vous.
th.Hamidou Barry USA., vendredi 14 novembre 2008
La democratie n`est pas un mot ce comportement,le changement aussi! Apres la lecon limpide et lubrifiante de lamarana Diallo a Damaro Kamara,de Barry Barros a Drahmane toure.Maintenant Mr sakho lui eduq toute une formation politk et toute une assemble ntle.Merci sakho,tres bien reflchi.vive la jeunesse de Guinee...wontanara koudey!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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