vendredi 23 mai 2008
Réflexions post Kouyaté
Ibrahima Diallo

La lecture des réactions de différents intervenants notamment online nous ont laissé très perplexes et un peu déçus que certaines analyses occultes les rapports de force sur la scène politique (c’est du concret) ainsi que le comportement des réactionnaires. Nous avons le sentiment que le débat est biaisé dans la mesure où la réalité politique sur le terrain en Guinée n’est pas correctement appréciée. Plutôt que faire de la politique fiction, ouvrons les yeux et regardons le situation telle quelle est ; et non telle que nous aurions souhaité qu’elle fût. En effet, certains écrits à propos du départ de Lansiné Kouyaté nous ont surpris lorsqu’ils semblent assimiler ce limogeage à un retour à la case départ, autrement dit un arrêt au changement.  Honnêtement, y a-t-il eu une différence depuis février 2007 ? Il y a eu un gouvernement avec de nouvelles personnes dont beaucoup de compétentes mais sans que jamais l’image de l’Etat ne se démarque de ce à quoi nous avaient habitués les précédents gouvernants : autant sinon plus de voyages de complaisance, les mêmes mamayas, même mal gouvernance etc… Autant que je sache, Lansana Conté a toujours gardé ses privilèges ; Mamadou Sylla blanchi ; aucune enquête sur les exactions de 2006 et 2007 par les forces de l’ordre.  Quant aux libertés individuelles, elles ont même régressé : comme avant, aucune marche pacifique n’a été autorisée ; des personnes ont été enfermées sans procès ; une Guinéenne a même été expulsée de la Guinée (sic). L’eau et l’électricité toujours aussi rares qu’auparavant, sinon plus. En ce qui nous concerne, le "changement" a été plus une illusion ou une vue de l’esprit qu’une réalité. Le Général Conté n’a perdu l’initiative et une partie de son pouvoir que pendant quelques semaines, du début de la grève jusqu’à la nomination de Lansiné Kouyaté ; ce dernier lui a tout rétrocédé dès son investiture (pensant tromper sa vigilance peut être). Demandez à la population s’ils ont vu ne serait-ce qu’un début de changement ou d’amélioration dans leur vie : à ceux qui parlent de temps, référons les aux premiers jours de M. Sidya Touré qui a su marquer son début par des symboles forts. Un bon PM se voit dès le départ par son comportement : quelqu’un qui privilégie les contacts avec les étrangers par des voyages intempestifs plutôt que ses compatriotes surtout après les dures épreuves de février 2008, n’était certainement pas de bon augure !    

Certains nous reprochent de ne pas voir le problème dans son ensemble et la principale personne (Conté) obstacle au changement “obsédés” que nous sommes par Lansiné Kouyaté. Justement, ne voulant pas réinventer la roue : nous savons tous que Lansana Conté est l’obstacle.  C’est un fait accepté qui ne fait pas avancer le débat d’autant plus que tout le monde bute sur la solution à trouver pour qu’il parte en retraite :  des soldats ont tenté en février 1996 ; la rue s’y est essayé en 2007 sans succès.  L’opposition est politiquement inactive et dispersée. Nous sommes pour l’instant dans un cul de sac. Donc en attendant, nous faisons tout pour éviter de passer de Charybde en Scylla (de Conté à Kouyaté) en laissant un autre péril s’infiltrer / s’incruster pour perpétuer nos malheurs.

Il ne faut pas oublier et surtout admettre que c’est notre incapacité à démettre notre Général qui a poussé au compromis de la nomination de M. Lansiné Kouyaté. Ce dernier dont la femme est issue des dignitaires du PDG a voulu en profiter pour insidieusement réinstaller l’idéologie de ce parti en Guinée, encore une fois.  Il était donc tactiquement plus judicieux de s’attaquer au plus grand péril, le retour du PDG : entre plusieurs maux, il faut choisir le moindre (pour nous, Conté).  L’erreur fatale pour nous aurait été de se concentrer à peine perdue sur le Général ; puisque ni les conditions ni les moyens ne sont réunis pour le démettre pendant que Lansiné Kouyaté tisse sa toile et nous surprenne : nous l’avons déjà fait deux fois, en 1958 et en 1984. L’acharnement sur Kouyaté était donc pleinement justifié pour les gens comme nous, “obsédés” par un retour du PDG par la "fenêtre" (pour ceux qui ne sont pas concernés, nous comprenons) : C’était un cas opportun où la myopie politique a été salutaire.   

Autrement expliqué : le danger représenté par Kouyaté nous semblait plus grand et contrairement à Conté, il était plus vulnérable et plus facile à abattre.  Comme en Economie (on ne peut pas tout avoir en même temps), la politique est aussi question de priorités. Ceci explique notre opposition à la grève de janvier 2008 : les syndicalistes voulaient déclencher un autre mouvement social dans la division orchestrée par Kouyaté parmi les populations. L’échec était de toute façon certain ; raison pour laquelle d’ailleurs les syndicalistes n’ont pas insisté.  Et puis, aller encore en grève dans quel but ? Pour renégocier tout l’accord ou juste pour soutenir le PM qui nous avait déjà abusé? Voilà où les syndicats auraient dû être clairs et précis ! Leur silence était très suspect. Parler de violation des accords est un "attrape nigaud" !  Ils sont mort-nés (peu d’analystes avertis le contestent) ! Les syndicats n’ont jamais montré de détermination pour leur application ni mis la pression sur Kouyaté pour les appliquer. Finalement, nous avons tous vu que ce compromis était un alibi pour les parties prenantes pour arrêter les hostilités. Le "changement" est resté un vain mot pour le Peuple !    

Pour finir, nous réaffirmons que le départ de Lansiné Kouyaté est une bonne chose pour le Pays. Ayant dévoilé sa vraie nature et ambition, il a servi, involontairement, de bouclier au Général Conté qui a pu se reposer ; et nous, nous avons perdu une année de lutte pour la Démocratie.  Nous insistons que le danger Kouyaté était le plus grand péril et nous ne regrettons pas d’avoir concentré notre effort sur lui, Conté étant "indéboulonnable" avec nos moyens ! C’est la real politik ! 

La seule issue pacifique reste désormais l’organisation des élections législatives pour permettre celle des présidentielles avec plus de sérénité. Toute autre alternative ne sera que dilatoire au détriment du Peuple.

Quant à la déclaration des syndicats : ils jouent aux médecins après la mort. Pourquoi ne sont-ils pas intervenus plus tôt en demandant à Kouyaté de faire ce pourquoi il a été nommé ou en exigeant qu’on le remplace ?  Depuis le 31 mars 2008, le Général attendait vos conclusions et vous sembliez jouer le temps (pourquoi ?). Il a pris ses responsabilités ; et tant pis pour nous encore une fois !  Sans aucun doute, leur autorité et notre confiance en eux ont vécu.

Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres UK

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Vos commentaires
DRAHAMANE, vendredi 23 mai 2008
Ibrahima,ne revons pas.IL N`y aura rien tant que Conté est là!Et puisuqe l`armée lui a juré fidelité,il n`y que des compromis qui peuvent faire avancer la situation du pays.Kouyaté a été NUL,mais fais designer comme PM de Conté l`homme le plus brillant et le plus compétent de la terre,il echouera.L`incompétence est une source de pouvoir et les medoicres ont une solidarité sans faille.OH DIEU!
Kerfala Camara, vendredi 23 mai 2008
Cher monsieur Je soutient totalement votre analyse, il faut aller calmement aux élections si nous voulons changer quelque chose dans ce pays. Quant aux syndicats ils sont lespremiers responsables de cette situation et je crois que Conté doit leur faire la bise

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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