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Dans les années 1955, pendant la période coloniale, on pouvait lire sur le fronton du fort de Siguiri : « 1885-1889 ». Ces deux dates indiquant la période de la construction de cette bâtisse. La Guinée a recouvré sa souveraineté le 2 Octobre 1958. La colonisation n'aura duré que 7O ans.
Ainsi, le reste du monde qualifie souvent nos pays de jeunes. Ce qui est exact, car les pays africains sont jeunes par leur population et par leur existence en tant que nations.
La Guinée en tant que Nation existe depuis 120 ans. Ce qui revient à dire : depuis 4 générations ! Comparée aux nations européennes ou asiatiques, nous sommes effectivement une très jeune nation.
Après plus d'un siècle d'histoire commune, cela mérite que l'on s'y arrête, surtout lorsque cette histoire a été tourmentée comme la nôtre. Après 50 ans d'indépendance, nous n'avons jamais fait aucun bilan sérieux de la gestion humaine et économique de notre pays.
Depuis l'avènement de la Deuxième République, aucune concertation nationale regroupant les Forces Vives du pays, n'a été organisée. Aujourd'hui, la Guinée s'est enfermée dans un silence complet sur son passé historique. C'est comme si le pays reniait son histoire. Or, renier son histoire, c'est se renier soi-même, car nous sommes des fruits de ce passé. Pour aller de l'avant, surtout pour aller loin, il faut savoir d'où l'on vient ! Notre histoire commune est un véritable tabou pour beaucoup d'entre nous. Par ce black-out, nous demeurons dans une réel le méconnaissance de nous-mêmes.
Chers amis et compatriotes !
Je vous pose une question qui me préoccupe : est-ce normal que ce soient des maliens qui organisent des colloques ou je ne sais quel séminaire sur le Président Sékou Touré et son régime, alors que la majorité des guinéens ne veulent pas aborder cette page de notre histoire ?
Quelque soit le jugement que portent les uns et les autres sur le régime défunt, nous devons avoir le courage et l'honnêteté de nous asseoir à la même table pour assumer notre passé commun. Ce qui nous paraît un minimum exigé pour notre cohésion nationale. C'est notre histoire commune qui nous unit, mais aussi, qui doit nous réunir.
Par respect pour tous nos martyrs, notre nation doit se retrouver dans un dialogue sincère, afin de jeter les bases d'une réconciliation nationale, pour épurer notre lourd passif.
L'insurrection populaire de Janvier-Février 2007 qui a fait près de 200 morts et des milliers de blessés, a montré au monde entier, que les populations guinéennes savent aussi se sacrifier pour défendre leurs droits élémentaires. Depuis ces évènements, notre pays connaît une période de relative accalmie. Mais au fond, tout le monde sait qu'aucun problème n'est réglé : insécurité, insalubrité, chômage des jeunes, chèreté de la vie, problèmes de santé publique d'éducation etc...
Nous devons mettre à profit cette période d'accalmie pour réaliser Notre Conférence Nationale de Réconciliation, avant toute élection car, elle donnera un cahier de charge aux nouveaux élus. Nous devons désormais tirer les leçons d'un passé récent, au cours duquel, le pays s'est fourvoyé dans des mascarades électorales que l'Union des Forces Démocratiques (U.F.D.) a dénoncé en son temps.
En effet, la vraie question n'est pas tant, de changer la tête de l'Exécutif, ou de mettre en place une Assemblée Nationale aux ordres. La vraie question est que les Guinéens aient entre eux, un Pacte National Républicain, fondé sur un large consensus au niveau des partis politiques (pouvoir et opposition), de la Société Civile, de l'Armée.
C'est dans un tel cadre que nous pourrons refonder notre Nation sur des bases solides pour une Démocratie moderne et un Etat de droit.
Seul un tel cadre nous permettra de nous expliquer, de nous pardonner, et de nous réconcilier. Ce n'est pas en refusant notre passé, tout en restant sur l'actuel black-out historique, que nous allons lever l'hypothèque qui pèse sur notre pays.
L'U.F.D. tient son rôle constructif de parti de proposition et de moteur idéologique de l'évolution de notre société. Sachant bien que la conquête du pouvoir passe par une stratégie de rassemblement et de cohésion nationale, non par une ethnostratégie, l'UFD a toujours proposé des solutions d'intérêt général pour sortir le pays de son sous développement endémique.
Enfermé dans un autisme, la Guinée est en panne depuis plusieurs décennies ; car les guinéens cultivent avec délectation, division et exclusion. Chacun se bat pour lui-même ou, au mieux, pour son clan. Notre base nationale est réduite au minimum syndical.
Seule une réconciliation nationale redonnerait confiance aux uns par rapport aux autres, laquelle confiance en nous-mêmes, serait le fondement d'un décollage socio-économique.
Bakary Diakité pour www.guineeactu.com
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