mardi 6 octobre 2009
Réfléchissons ensemble pour sortir de la crise

La transition est dans l’impasse et chaque jour qui passe éloigne les positions des deux principaux protagonistes que sont le CNDD, détenteur du pouvoir actuel et les partis politiques qui aspirent au pouvoir. Chacun bombe le torse, exhibe ses muscles et défie l’autre. Le grand perdant des batailles insensées qui s’annoncent, c’est nous autres qui ne cherchons qu’à vivre heureux dans notre chère Guinée. Les évènements du 28 septembre 2009 confirment, hélas, le déficit de sens de responsabilité de nos acteurs politiques. Encore une fois des guinéens ont tué des guinéens. Le pouvoir a interdit la manifestation sous prétexte que le 28 septembre est une fête nationale. Même si cette date ne fait pas partie de celles qui sont légalement reconnues comme fêtes nationales en Guinée, les partis auraient pu prendre au mot le pouvoir et reporter de quelques jours la manifestation. Mais devant toute cette marée humaine déferlant vers le stade, l’armée au pouvoir aurait pu aussi éviter de rééditer son « exploit » de janvier 2007. Elle aurait pu laisser les gens aller au stade, dire ce qu’ils veulent dire et rentrer chez eux tranquillement, comme c’est le cas lorsque d’autres guinéens manifestent leur soutien au pouvoir.

 

Devant cette situation inqualifiable, c’est à nous de chercher la solution pour éviter le pire : la guerre civile qui se profile à l’horizon, si rien n’est fait pour la prévenir. Pour cela nous devons analyser ce qui se passe sans passion, ni parti pris.

 

Derrière toutes les agitations de chaque protagoniste il ya des enjeux qu’il faut comprendre et prendre en compte, si on veut aboutir à une solution viable. Ma conviction est que le véritable enjeu pour les partis politiques, ce n’est pas la candidature du capitaine Dadis. C’est plutôt de participer à des élections libres, transparentes et démocratiques. Le véritable enjeu pour le CNDD ce n’est pas de se maintenir au pouvoir coûte que coûte. C’est plutôt de sortir de la transition la tête haute. Si tel est le cas, réfléchissons ensemble pour aider les deux parties à s’entendre. Je propose au pouvoir et aux partis politiques de se retrouver immédiatement pour d’abord présenter au Peuple de Guinée leurs excuses pour les crimes commis et dont ils sont solidairement responsables. Ensuite, pour s’entendre sur un accord cadre qui devra régir le reste de la transition. Pour cela, qu’ils commencent par s’entendre sur un certain nombre de principes, comme par exemple, les suivants :

 

Principe N°1 : Celui qui gère la transition, ne se présente pas aux élections. Il met en œuvre le programme de la transition et laisse la place à celle ou à celui qui aura été élu.

 

Principe N°2 : Toute personne civile ou militaire qui remplit les conditions fixées par la loi peut se présenter aux élections.

 

Principe N°3. Il n’y aura pas de prolongation du mandat de celui qui a géré la transition. A la date fixée pour la fin de la transition, il sera remplacé par celui qui a été élu ou, sil n’ya pas eu d’élections, par une autre personne choisie par la société civile.

 

Principe N° 4 : Pendant la transition, le gouvernement est mandaté pour exécuter le projet de budget 2009, amendé, éventuellement, pour prendre en compte les actions du programme de la transition. Aucune dépense de souveraineté ne sera accordée à celui qui gère la transition.

 

Une fois ces principes adoptés, il faudra laisser au pouvoir actuel le choix entre continuer ou renoncer à gérer la transition.

 

S’il décide de renoncer à la gestion de la transition, la date des élections présidentielles est maintenue au 31 janvier 2010. Le CNDD et son président se retirent. Celui d’entre eux qui veut se présenter aux élections est libre de le faire. Pour la gestion de la transition, 2 options pourraient être envisagées :

 

Option 1. Revenir à la légalité constitutionnelle : Les dispositions de la constitution de 1990, relatives à la transition sont entièrement appliquées et Elhadj Somparé, Président de l’assemblée nationale, est chargé de conduire la transition. S’il n’ya pas de consensus autour de sa personne, qu’il accepte de démissionner pour laisser la place à son Premier Vice Président. L’heure est suffisamment grave pour ne pas perdre de temps à polémiquer sur le mandat de l’assemblée nationale ou sur la question de savoir si Elhadj Somparé aurait fait mieux ou pire que le régime actuel, s’il avait succédé à Lansana Conté.

 

Option 2. Créer une Haute Autorité de la transition avec à sa tête une personne neutre, choisie par la société civile.

 

Si par contre, le CNDD et son Président choisissent de gérer la transition celle-ci est prolongée au plus tard jusqu’à fin juin 2010. L’occasion est mise à profit pour asseoir systématiquement les bases d’une véritable démocratie et d’un Etat de droit en Guinée que nul ne pourra plus remettre en cause sous quelque prétexte que ce soit. Dans ce cadre, je propose un programme de transition en 6 points que pouvoir et opposition s’engageront à mettre en œuvre.

 

1. Observer une trêve de 3 mois (octobre à décembre 2009) entre toutes les parties en conflit par rapport à la transition dans le but de créer un climat de confiance mutuelle.

 

Pendant ces 3 mois, les mesures ci-après seront appliquées.

 

1.1 Faire baisser la tension entre pouvoir et partis politiques. Que chaque partie cesse de diaboliser l’autre, s’abstienne de tout propos de nature à porter atteinte à l’honneur, la dignité et la liberté de l’autre, évite de discrétiser l’autre aux yeux de l’opinion nationale ou internationale. Que chaque partie accepte que toute guinéenne ou tout guinéen a droit à prétendre à la magistrature suprême de son pays, dans les conditions fixées par la loi et n’a pas à être blâmé ou reproché pour son ambition politique. Que chaque partie adhère sincèrement au principe d’une élection libre, transparente et démocratique.

 

1.2 Eviter tout propos et tout acte de nature à amener la communauté internationale à durcir les sanctions contre la Guinée et ses dirigeants. Les sanctions imposées à la Guinée ont déjà causé assez de préjudices à nos populations. Tous évitons d’engager un bras de fer avec nos partenaires au développement, abstenons nous de propos malveillants à leur égard. Faisons preuve de sens de responsabilité en posant des actes de nature à aider nos partenaires à nous aider à sortir de la crise actuelle. Qu’on le veuille ou non, nous devons composer avec la communauté internationale pour sortir de cette crise.

 

1.3. Suspendre toute revendication sociale et toute manifestation à caractère de contestation ou de soutien à tel ou à tel autre. Nous avons besoin de répit pour penser nos plaies, nous remettre en cause et nous mettre dans de meilleures dispositions les uns vis-à-vis des autres.

 

1.4 Cantonner les militaires dans les casernes. Les militaires armés jusqu’aux dents qui se promènent partout en narguant la population n’inspirent pas confiance. Aujourd’hui, Conakry ressemble à une ville aux mains de rebelles.

 

2. Jeter les bases d’une réconciliation nationale. Pour cela :

 

3.1 Rapprocher les positions de ceux qui s’affrontent autour de notre passé. Que les adversaires du régime de Sékou Touré commencent par reconnaitre que ce régime n’a pas été que mauvais, qu’il a eu du mérite , qu’il a posé de nombreux actes positifs qui ne peuvent pas être balayés d’un revers de main pour ne pointer du doigt que les actes déplorables qui ont malheureusement entaché l’histoire des 26 ans de pouvoir du PDG. De leurs côtés, que les partisans de Sékou Touré aient l’honnêteté et le courage de reconnaître qu’il ya eu des crimes dont toutes les victimes ne sont pas que des traitres à la nation, qui n’ont eu que ceux qu’ils ont mérité. Que partisans et adversaires de Lansana Conté fassent la même chose. Ce sera un premier pas dans la bonne direction sur le long chemin de la réconciliation nationale.

 

Ceux qui sont morts au camp Boiro et ceux qui ont été fusillés au pied du mont Gangan suite aux évènements de juillet 1985 sont tous des victimes d’un même système. Au-delà de ceux qui ont ordonné ou exécuté ces crimes et dont la responsabilité n’est pas à nier, c’est ce système que nous devons identifier clairement et combattre pour que plus jamais de tels faits ne recommencent en Guinée.

 

3.2 Améliorer les relations entre l’armée et les civils. La transition devrait être mise à profit par notre armée pour s’interroger sur les actes qu’elle a posés depuis sa création, sur ses responsabilités devant les populations guinéennes qu’elle est censée défendre. Faire cesser les actes et comportements préjudiciables à l’intégrité des personnes et de leurs biens commis quotidiennement par des personnes en tenue militaire, appliquer en son sein les règles de bonne gouvernance, être une armée véritablement républicaine, voilà autant de défis que notre armée doit relever pour reconquérir nos cœurs. Civils et militaires doivent se considérer comme citoyens d’un même pays.

 

3.3 Suspendre les audits. Au lieu de dépenser des milliards pour auditer la gestion de tel ou tel, que la commission des audits réfléchisse et propose des mécanismes concrets pour empêcher que désormais un chef ne profite de sa position pour dilapider les biens publics. Dans l’immédiat, trouvons d’abord les moyens de boucher les trous pour que le peu qui reste et ce qui viendra ne s’écoule plus irrémédiablement.

 

3.4. Faire acte de bonne volonté : libérer toutes celles et tous ceux qui ne sont pas encore inculpés, mais ont été arrêtés après décembre 2008 pour des motifs autres que leur implication supposée dans le trafic de drogue ou de détournement de biens publics. Organiser un procès conforme aux règles de droit pour toutes ou ceux qui sont déjà inculpés.

 

4. Renforcer les capacités des acteurs politiques à jouer les rôles qui doivent être les leurs dans un Etat de droit. Pour cela :

 

4.1 Elaborer et mettre en œuvre un plan de renforcement des capacités institutionnelles des partis politiques. On reproche souvent aux partis politiques de n’avoir pas de programme de société. Mais a-t-on pensé à les aider à disposer en leur sein des compétences nécessaires pour élaborer un tel document ? Quels moyens avons-nous mis à leur disposition pour qu’ils puissent éduquer nos populations comme cela leur est prescrit par la loi ? Si nous voulons effectivement d’une vraie démocratie en Guinée ne vaut il pas mieux aider les partis politiques à jouer pleinement leur rôle au lieu de les discréditer tout le temps et chercher par tous les moyens à les exclure de la vie du pays ? Ne vaut il pas mieux d’en faire de véritables centres d’apprentissage de la démocratie pour tous ceux qui aspirent au pouvoir ?

 

4.2. Ouvrir les espaces et les canaux de communication à tous les acteurs politiques sans exclusive. Ce n’est pas en refusant le débat que nous allons nous améliorer. La vérité n’est pas seulement du côté du pouvoir ou de l’opposition. Elle est la résultante de la confrontation des idées des deux côtés. Prenons exemple sur les pays où la liberté d’expression est effective et non sur ceux où seule la voix du chef compte. Car entre ces deux, l’histoire a tranché avec la chute du mur de Berlin.

                                                                                     

4.3. Elaborer et mettre en œuvre un plan de communication pour le changement de comportement en faveur de la démocratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’Homme. A partir de 1990, les guinéennes et guinéens ont été embarqués dans un processus de démocratisation dont les tenants et les aboutissants ne sont pas clairs pour la grande majorité d’entre nous. La démocratie ne se construit pas en un jour. Elle se construit chaque jour. Elle s’apprend et s’améliore au fil du temps. Les guinéennes et les guinéens n’ont, dans leur écrasante majorité, pas encore compris ce que sont la démocratie, la bonne gouvernance et les droits de l’Homme. Le jour où ils comprendront ces valeurs, ils les adopteront sans réserve et aucun dirigeant ne pourra plus les ignorer.

 

5. Organiser les élections sur la base d’une nouvelle constitution et d’un nouveau code électoral.  Pour cela :

 

5.1 Organiser une concertation de tous les acteurs politiques pour évaluer l’application de la constitution de 1990 et du code électoral. Sur la base des leçons apprises, préparer un document d’orientation pour l’élaboration d’une nouvelle constitution et d’un nouveau code électoral.

 

5.2 Confier l’élaboration du projet de nouvelle constitution à un groupe restreint d’experts,

qui travailleront sur la base du document d’orientation.

 

5.3. Faire adopter la nouvelle constitution par un collège de grands électeurs ou une assemblée constituante dont les membres seront désignés selon des règles à définir.

 

5.3. Organiser des élections dans le respect des règles de droit pour qu’au lendemain de ces élections la priorité pour tous soit le développement du pays et non la gestion des conflits post électoraux.

 

6. Travailler étroitement avec le groupe de contact de la communauté internationale pour trouver une solution négociée. Pour cela :

 

6.1. Impliquer le groupe de contact dans la mise en place de l’accord entre le pouvoir et les partis d’opposition. Ce groupe composé de personnes neutres peut aider à concilier les positions, à faciliter la levée des sanctions et à mobiliser des ressources pour financer le programme de la transition.

 

6.2 Proposer à la communauté internationale un échéancier de levée des sanctions contre la Guinée qui tient compte de l’engagement des acteurs politiques de sortir de la crise conformément à l’accord qu’ils auront conclu et des progrès réalisés dans l’application du nouveau programme de la transition.

 

Voilà les propositions que je fais pour entamer la réflexion sur la voie à suivre pour sortir de la crise dans laquelle notre chère Guinée s’enfonce un peu plus chaque jour.

 

Si le pouvoir actuel arrive à mettre en œuvre ces propositions, il pourra bomber le torse et lancer à celui qui succèdera, le défi de faire mieux. De leur côté, les partis politiques n’auront plus de raison de s’inquiéter de la candidature de qui que ce soit.

 

 

 Dr Thierno Oumane Wann

 Consultant

 

 

www.guineeactu.com

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Vos commentaires
papus, mardi 6 octobre 2009
chers compatriotes guineens le president senegalais abdoulaye wade est en france pour ces vacance il est a l`ouest de la france dans le departement loire atlantique , nous guineens on va tout faire pour interpeler cet escrots international en le humiliant
Charles Ives, mardi 6 octobre 2009
Je ne vous connais pas, mais vous sens, car vous êtes guinéen et africain. Je tiens à vous remercier pour ce acte déjà posé qui cherche réellement les voie et moyens de sortie de cette crise. Je prie que vos propositions, même si ne plaisent pas toutes à tous, tombent dans le cœur des guinéens, germent et portent du fruit. Ce que certains guinéens oublient (car reconnaissons le : extrémistes), la Paîx ne saurait venir de l`extérieur. Seules des propositions concrètes, sans parti pris et acceptées de tous (comme l`avez fait) qui pourront sortir la Guinée de ce sale temps qui est passager. Merci une fois encore de plus Dr Wann.
Couleur-Tropicale, mardi 6 octobre 2009
Moussa Dadis Camara, multiplie les idioties. Soldat écervelé et borné, il s`est forgé une "notoriété" dans l`agressivité. Habitué aux langages orduriers et accoutumé aux méthodes sanglantes, brutales et barbares du général Conté, il ne fait que brocarder et alimenter son hostilité vis-à-vis des intellectuels du monde entier. Quel gâchis! Ma pauvre Guinée.
barry 5, mardi 6 octobre 2009
Mr WANN, de gràce epargnez nous de votre masturbation intellectuelle! vous ne voyez pas que les guinéens ont affaire à une bande d`assassins drogués au pouvoir.Et vous pensez qu`avec votre discours conconcté à partir des ateliers, stages et seminaires assimillés par ci- par là peuvent apportez quelque chose. Retournez dans votre amphi monsieur...comme quelqu`un l`a dit ça se voit que vous n`etiez pas au stade ou que vous n`avez pas perdu un des votres. pauvre intello!
Laye Fabouya Camara, mardi 6 octobre 2009
Joignons nous les mains et restons solidaires. Reclamons nos morts pour qu`ils aient une sepulture digne d`un MARTYR. Fais passer ce message a tous et tu auras apporter ton grain de sable à l`edifice de la DEMOCRATIE. DADIS ET SA BANDE DU CNDD VIENNENT DE DEMONTRER ENCORE UNE FOIS DE PLUS LEUR LIMITE A GERER LA TRANSITION, ILS NE BENEFICIENT D`AUCUN CREDIT VIS A VIS DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE ET DU PEUPLE MARTYR DE GUINEE, MILITONS POUR LA FORMATION D`UN GOUVERNEMENT D`UNION NATIONALE COMPOSE UNIQUEMENT DES FORCES VIVES DE LA NATION ET DES MILITAIRES SOLIDAIRES DU PEUPLE MARTYR DE GUINEE. NE RATONS PAS CETTE OCCASION POUR POSER LES JALONS DEFINITIFS DE LA DEMOCRATIE EN GUINEE. LE PEUPLE MARTYR DE GUINEE ET LES FORCES VIVES NE DOIVENT PLUS DIALOGUER AVEC CES ASSASSINS, VOLEURS, BRIGANDS ET DROGUES.
alpha, mardi 6 octobre 2009
Mr wann si vous voulez vous en convaincre ecoutez la reation de Dadis face au propos de Mr Bernard Kouchner. Il dit qu`il a affaire a Sarkozy, il est tellement bete qu`il ne sait pas que Kouchner parle au nom de la France (apres concertation) contrairement a lui qui se lance dans des elucubrations a tout bout de champ...Alla kha won malii
alpha, mardi 6 octobre 2009
Mr pardon Dr Wann, on voit que vous n`avez pas perdu un proche (tant mieux) et que vous n`avez pas encore compris que Dadis est psychiquement affecte (c`est pas votre faute, c`est de l`ignorance)...seulement avec vos si on en a pour un demi-siecle encore de dictature pire que celle de sekou Toure (si on multiplie cacun de vis "si" par 5 ans. Ressaisissez vous et regarder la realite en face. We ca not that

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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