vendredi 21 août 2009
Refaire la Guinée ? Pardonner - Se Pardonner - Oublier - Avancer
Abass Pablo Bangoura

Je voudrais comme je l'ai souvent mentionné dans mes articles précédents, à travers ce texte, révéler des blessures de l'âme, mais aussi et surtout, intimer à mes chers compatriotes que vous êtes, de se libérer du ressentiment collectif provoqué par certaines périodes de l'histoire de notre Guinée que nous avons en commun.

Dans cette tentative de réconciliation, je cherche à aider chacun de nous à sortir de son monde de souffrance et à découvrir un univers de lumière auquel nous avons le droit d'accéder.

Si un bilan devait être dressé de ces dernières années nul doute, les historiens du passé et du présent en attesteront certainement, que la question de la haine à tord ou à raison, occuperait une place centrale dans les sujets les plus marquants de la période que nous traversons en Guinée. Tout semble à l’œuvre un peu partout chez nos compatriotes, surtout ceux qu'on appelle affectueusement des intellos à ramener à une brève échéance vers une sorte d’accélération de l’histoire qui se manifeste par des signes aussi éloquents que la préférence de soi, de ses frères, de son ami, de son ethnie ...

Chers compatriotes, et si nous mettions au défi de nous entraider à retrouver la joie de vivre ? A mieux nous comprendre, à propager la paix, à nous soutenir, à nous unir, à nous défaire de la haine, bref à nous pardonner pour l'amour de la Guinée!

Pour que nous puissions dire, dans la responsabilité et la capacité, à l'autre, au groupe, à son voisin, à l'assassin de son père : " je te libère de mon mal ", ce qui, pour Dieu est le vrai pardon et que je souhaiterais ardemment être le PARDON TOTAL pour les guinéens, au lieu de nous accrocher à nos esprits revanchards. Si cela doit passer par l'organisation même des " JOURNEES NATIONALES DE PARDON " pourquoi pas!

Les vengeances châtient mais n’éliminent pas les fautes

Dans les événements de la vie où les gens nous blessent, ou du moins nous croyons qu'ils le font, nous réagissons en contrepartie comme si nous étions des victimes. Notre culpabilité et notre haine envers nous-mêmes se traduisent carrément en émotions profondément réprimées.

Je sais pertinemment que le pardon n’est pas toujours instantané. Quand des parents innocents ont été maltraités ou tués, la plupart d’entre nous ne pensent pas d’emblée au pardon. Notre réaction naturelle est la colère. Nous pouvons même nous sentir le droit de « rendre la pareille » à quiconque nous fait du tort, à nous ou à notre famille.

La Toute Puissance de Dieu est miséricorde et pardon, car Dieu a souffert et souffre avec nous et pour nous. Pardonner n’est pas ignorer mais transformer le monde et Dieu nous demande de l’aider à transformer le monde.

En pardonnant à l'autre, nous nous affranchissons de ce mal mais nous aidons aussi l'autre à se libérer. Il n’est un secret pour personne qu’à certaines étapes de l’histoire de la Guinée, il y’a eu des exactions.

La prise de conscience de ce ressentiment collectif qui nous gouverne représente le premier pas de notre libération individuelle puis de celle du groupe familial et social auquel nous appartenons. Ce qui à mon avis est un grand pas dans la démarche vers une vie plus libre où la souffrance n'est plus la référence ultime.

Le pardon total, est quelque chose dont nous avons tous besoin si nous voulons évoluer en tant qu'être humains mais aussi et surtout en tant que fruits d'un même arbre, du moins plus que nous ne le faisons maintenant.

La vengeance est souvent comme mordre un chien parce que le chien vous a mordu, alors que le pardon est quelque chose que l'on fait avant tout pour soi-même et qui libère les gens d'être consciemment une victime.

Nous ne pardonnons pas pour ceux que nous pardonnons. D'ailleurs, les personnes que nous pardonnons ne ressentent pas notre énergie, seul nous pouvons la ressentir, mais faisons un sacrifice pour sauver la Guinée, surtout que la majorité des bourreaux comme on aime les appeler ont rejoint leur victimes.

Laissons les soins à Allah de faire la part des choses. Dieu sait ce que nous ne savons pas et voit ce que nous ne voyons pas. Toutes les épreuves et toutes les expériences que nous avons traversées sont nécessaires à notre salut.

Je m'oppose à la vengeance parce qu’elle semble produire le bien, le bien qui en résulte n'est que transitoire, tandis que le mal produit est permanent. Celui qui se venge n'a jamais fait revenir la victime mais n'aura fait que rallonger la chaine de victimes

Chers frères et sœurs de Guinée, je voudrais très humblement avec une prière au cœur m’associer à ceux qui l’ont évoqué avant moi, pour vous appeler au PARDON

Sachez que tous les guinéens ont eu le cœur brisé par tout ce qui s’est produit. Nous sommes remplis de chagrin pour tous nos parents que nous avons aimés et que nous continuons à aimer. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de jours pénibles qui ont caractérisé les familles qui ont perdu des proches, c’est pourquoi, tandis que nous nous efforçons tous de reconstruire notre nation, je vous exhorte à mettre notre espoir et notre confiance dans le Dieu qui apporte tout réconfort.

La plupart d’entre nous ont besoin de temps pour surmonter la douleur et la perte de proches. Nous pouvons trouver toutes sortes de raisons de remettre le pardon à plus tard. Une de ces raisons, c’est de vouloir attendre, pour lui pardonner, que celui qui a mal agi se repente.

Nous sommes des âmes en représentation sur terre.

Au fil du temps, nous avons revêtu des "costumes ", de haute personnalité et avons joué la vie sur terre. Mais toutes ces scènes ont laissé des traces, créant un fardeau bien lourd à porter.

Au fil du temps, nous avons agi en fonction des autres, en faveur des uns et contre les autres.

Au fil du temps, nous avons souffert et fait souffrir... 

Au fil du temps, nous avons été forts, méchants, cupides, aimables, optimistes, gentils, généreux, faibles, sournois, francs, détestables, heureux, malheureux, etc.

Aujourd’hui, il est temps, de pardonner, de se pardonner et surtout s'efforcer à oublier et avancer.

Nous souffrons tous de ce que nous infligent des expériences qui semblent n’avoir ni rime ni raison. Nous ne pouvons ni les comprendre ni les expliquer. Nous ne saurons sans doute jamais dans cette vie pourquoi certaines choses se produisent. Mais parce qu’elles se sont produites et qu'on les a subi et supporté malgré nous, il faut qu'il arrive un moment où on se donne la force de les dépasser. Dieu seul connaît la raison de certaines de nos souffrances.

Si nous pouvons éprouver du pardon pour ceux qui nous ont fait du tort, nous nous élèverons à un plus haut niveau d’estime de nous-mêmes et de bien-être. L’unique satisfaction qu'on tire de la vengeance, si satisfaction il y a, ne dure qu'un moment alors que celle que nous donne la clémence est éternelle.

Le Dr Sidney Simon, a donné une excellente définition du pardon appliqué aux rapports humains : « Pardonner, c’est libérer et consacrer à un meilleur usage l’énergie précédemment dépensée à entretenir des rancœurs, à nourrir des ressentiments et à entretenir des blessures non guéries. C’est redécouvrir les forces que nous avons toujours eues et réimplanter notre capacité illimitée de comprendre et d’accepter les autres et nous-mêmes »

 

Abass Pablo BANGOURA


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
brikicamara, mardi 25 août 2009
On dit qu il n y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Sans cela les preuves crevent les yeux Les plus vivants sont les temoignages dans les livres "la piscine" et "Histoire de la Ve republique" de faligot qui denoncent la veracite des 20 annees de complots. et meme Dr. Kourouma Baba ancien de Boiro (10 ans) a confirme qu il n ya pas eu que des innocents a Camp boiro. Vous etes rattrapes par vos affabulations qui desorientaient les Guineens jusqu ici. MaINTENANT QUE LES LANGUES ONT COMMENCE A SE DELIER, tout sera au grand jour.
Oumar Bah de Mâci, dimanche 23 août 2009
À Mr. Briki Camara : quand vous parlez « d’atrocités commanditées par les vôtres », vous accusez des gens contre lesquels votre Révolution n’a jamais fourni la moindre preuve. Vous savez très bien comment les aveux étaient obtenus au Camp Boiro. Tant qu’il y aura des gens qui essaient de salir la mémoire de nos parents, un pardon n’est pas possible en Guinée.
alseny camara, samedi 22 août 2009
Merci mon frere Bangoura, il faut d`abord identifier les charniers pour construire un monument pour les victimes y compris le camp Boiro. C`est le CNDD aui doit faire ce travail et inviter les heritiers du PDG et de feu Conte a demamder pardon a leurs victimes respectives. Aussi l`Etat guineen doit restituer les biens spolies des victimes et de payer un rappel de salaire par victime depuis leur arrestation jusau`a l`age de la retraite, payer les pensions. Ce sont des depenses supportables par l`Etat guineen et c`est le prix a payer par ce monstre qu`est l`Etat guineen. Les victimes sont morts pour raison d`Etat alors corrigeons le tir maintenant ET SURTOUT REHABILITONS TOUTES LES VICTIMES DEpuis 1958. La fin de carmma collectif en depend.
Fassou Etienne Lamah, samedi 22 août 2009
Merci Mr. Bangoura pour votre appel. Je sais que pour éviter les mêmes éternelles répétitions, vous avez dit de se pardonner tout court. Les régimes précédents ont fait trop de victimes, et force est de reconnaître que deux groupes sociaux ont été les plus touchées sous les dits régimes; je ne les citerai pas, mais tout le monde connaît se qui s`est passé sous la révolution, et tout le monde sait également ce qui s`est passé après la phrase satanique de "wo fatara" lancée au palais du peuple. En tenant compte du brassage inter ethnique en Guinée, on peut dire sans risque de se tromper, que d`une manière ou d`une autre toutes les couches sociales ont souffert de ces régimes. Il parait que le PDG regroupait des personnes de toutes les composantes de la nation, tout comme le CMRN et le PUP; au tant dire que le mal a été commis contre les guinéens par des guinéens. Alors comme vous le dites, le salut de notre pays réside dans le pardon mutuel. Nous devons faire un grand sacrifice, celui du pardon et regarder tous désormais dans la direction de l`avenir de notre nation. Les guerres de haine et de vengeance doivent cesser et céder leurs places à l`amour pour les autres, ce qui nous permettra de nous donner les mains pour reconstruire notre pays. Merci pour votre initiative.
briki camara, samedi 22 août 2009
Olaid vous avez completment perdu le nord quand vous parlez des disparitions entre19 61 et 1983 en n accusant qu une poignee de personnes comme ayant ete les seuls responsables. Nul ne nie la veracite des faits, mais qui a fait quoi? Vous avez tendance a prendre des racourcis selon ce qui vous arange en occultant certains passages determinants qui impliquent la responsabilite de vos victimes dans des crimes de sang commis sur les guineens. l exemple de la boucherie du 22 Novembre, de l assassinat sauvage de Boiro mamadou, ect.. je me demande quelle justice faites vous pour ceux qui ont perdu des etres chers dans ces atrocites commanditees par les votres. Je me demande qui n etait pas Pdgiste, car tous etaient a bord du meme bateau, jusqu au revirement dramatique des vestes le 03 Avril 1984.
Charles Camara, vendredi 21 août 2009
Merci Mr Bangoura.Mais les guinéens n`entendront jamais ou tout au moins,n`accepteront jamais.C`est plus fort que nous.Au moment ou les senegalais rt certains autres pays africains sont en train de lancer le défi à l`occident,les guinéens eux sont en train de s`en vouloir au lieu de se depasser et chercher des solutions à nos problèmes.
Ollaid, vendredi 21 août 2009
Cher Mr Bangoura, c`est avec beaucoup de plaisir que j`ai lu votre texte car vous souhaitez réconcilier vos compatriotes. Je veux juste vous dire qu`il n`y a qu`un seul sujet qui provoque des passions: lorsque les PDGistes narguent les parents des victimes du PDG au lieu d`admettre les crimes et ne pas les justifier. S`il n`y avait eu qu`un seul incident ; mais des condamnations à mort et des disparitions de Guinéens sans interruption de 1961 à 1983, ceux ne sont plus des erreurs mais une politique bien pensée et appliquée. Personne ne parle de vengeance car les responsables ont eux même péri entre les mains des personnes qu`ils ont eux-mêmes formé, excepté le maitre d`œuvre dont Dieu s`est occupé en personne. Donc, il ne peut y avoir « vengeance »! Les responsables sont morts ! Juste un pardon à titre posthume si leurs adeptes arrêtent de nous narguer! Et ce sont les seuls à parler de haine et "d`ethnie"(ce qui n`existe plus en Guinée mais plutôt des "COMMUNAUTES") lorsque vous donner des arguments (faits vérifiables et concrets comme les fosses communes, le camp Boiro etc. que nous n’inventons pas !)dont ils ont honte. Tant qu`ils arrêtent de nous narguer, nous n`arrêterons pas non plus de leur rappeler les atrocités de leur régime. Qu`ils veuillent ou non, nous sommes du même pays: à eux de décider sur quelle base ils veulent qu`on cohabite. Si nous étions "haineux" et revanchards, vous auriez déjà entendu parler d`incidents entre pro et anti AST. Ce sont juste des coups de gueule que l`anonymat du Net rend facile. Nous nous comprenons : AST est malgré tout part de la belle famille de certaines victimes (comme moi par exemple). Ne vous en faites pas trop, nous Guinéens sommes des ’’dramaturges’’ ! En privé, nous nous comprenons.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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