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Le gouvernement d’Alpha Condé semble résolument déterminé à faire de la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, son cheval de bataille. Mohamed Saïd Fofana et son équipe ne veulent lésiner sur aucun moyen pour traquer tous ceux qui se sont rendus responsables de malversations financières ou de gabegie durant ces dernières années. Les auditeurs s’intéresseraient même à la gestion de la transition de 2010. Et la question que l’on pourrait se poser est de savoir si l’ancien chef de la transition, le général Sékouba Konaté n’est pas dans le viseur du comité d’audit ?
Le week-end dernier, le ministre des audits et du contrôle économique et financier, a animé une conférence de presse sur le plateau de Koloma. Aboubacar Sidiki Coulibaly avait convié la presse pour donner plus d’éclaircissements sur la bataille engagée par son département pour recouvrer les créances de l’Etat. Dans cet exercice, il était appuyé par le ministre conseiller à la présidence, Dr Ousmane Kaba. Ce dernier, il faut le souligner n’est pas membre du gouvernement, était venu « assister » le jeune ministre qui, il faut le reconnaître, a réveillé un dossier complexe et difficile à gérer.
Et c’est effectivement au cours de cet exercice que le ministre conseiller à la présidence prendra la parole. Dr Ousmane Kaba profitera pour donner quelques détails. D’abord il expliquera que l’ennemi numéro 1 de la Guinée est la « corruption » qui a gangrené la société. En s’exprimant sur le dossier des créances, il dira qu’il existe deux types de créanciers de l’Etat. Ce sont ceux qui ont eu des relations commerciales avec l’Etat et qui n’ont jamais versé les contreparties et ceux qui ont détourné les fonds publics au détriment du peuple. Dr Ousmane Kaba, avertira ensuite que si les faits sont avérés, rien n’empêchera l’Etat d’user des moyens nécessaires pour récupérer ses dus, qui s’élèveraient à plus de 900 milliards de francs guinéens.
Au cours de son intervention, le Dr Ousmane Kaba fera savoir que la gestion de la transition de 2010 n’est pas aussi en reste des malversations financières connues ces dernières années. Selon lui, les malversations enregistrées en 2010, dépasseraient même toutes les malversations connues depuis l’indépendance de la Guinée. Pour Ousmane Kaba, beaucoup de fonds ont été engloutis lors de cette transition, sans qu’on ne sache réellement leur destination. Il liera ainsi l’inflation nationale à la gabegie financière de l’année dernière. « Il y a une forte inflation aujourd’hui parce que, l’année dernière il y a eu énormément de sortie frauduleuse d’argent. Donc la quantité d’argent dans l’économie guinéenne est énorme.
Au fait, la masse monétaire a été multipliée par deux, 100% d’augmentation. Et cette augmentation est supérieure à toute augmentation depuis l’indépendance de la Guinée », explique-t-il. Et de renchérir qu’il y a des détournements qui ne sont possibles qu’en Guinée. Où des cadres peuvent se permettre de transférer des dizaines voire des centaines de millions de dollars à partir des comptes de l’Etat. Sous le prétexte de faire un « placement financier ». Alors qu’en réalité c’est pour détourner. Surtout que les bénéficiaires de ces fonds placés seraient des « ONG caritatives ». Et que trois mois après, les mêmes comptes sur lesquels ces montants ont été virés sont annulés.
Donc pour Dr Kaba, il y a là aussi beaucoup de choses à vérifier. Ce qui porte à croire que la gestion de l’ancien chef de la transition pourrait aussi faire l’objet d’audit. Le général Sékouba Konaté se trouverait-il donc dans le viseur des auditeurs ? Rien n’est moins sûr. Mais pour Dr Ousmane Kaba, il faut aller méthodiquement en commençant par le début. Et de préciser qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs.
Il faut noter que depuis quelques semaines, la liste des créanciers de l’Etat fait la Une de l’actualité guinéenne. Dans les cafétérias et les petits salons, les commentaires vont bon train. Ceux qui soutiennent cette action pensent que l’Etat a bien fait d’ouvrir des audits pour moraliser l’administration guinéenne gangrenée par des cadres véreux qui ne pensent qu’à leur poche. Mais surtout pour réduire le phénomène de la corruption qui a infecté tous les secteurs de développement.
Ainsi pour eux, l’Etat doit user de tous les moyens pour obliger ceux qui seront épinglés par les audits de s’acquitter de leurs créances.
Par contre d’autres, naturellement opposés, estiment cette affaire de créanciers de l’Etat n’est qu’une simple mise en scène pour régler des comptes. Ces derniers argumentent que ce n’est pas la première fois qu’on parle des audits en Guinée. Mais malheureusement que, ça n’a jamais abouti. Parce que tout simplement l’audit a toujours visé certaines personnes qu’on veut casser, selon ce groupe.
Dans l’un ou l’autre cas, l’important aujourd’hui est que les nouvelles autorités montrent la volonté de mettre un terme aux anciennes pratiques. Qui ont mis le pays sur un seuil de pauvreté sans précédent. Avec ce nouveau régime, on estime que ce ne sera pas un feu de paille. En tout cas la transparence dans ce dossier est indispensable pour marquer les premiers signes de « changement » prôné par le président Alpha Condé.
Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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