La junte militaire guinéenne vient de publier un communiqué dans lequel elle attire l’attention de l’opinion nationale et internationale sur des mouvements de groupes subversifs le long de ses frontières avec la Guinée-Bissau, le Liberia et en Casamance. S’agit-il d’une menace réelle ou d’une manipulation ? C’est en tout cas la question qui taraude les esprits de bien des gens dans le pays qui craignent que cela ne soit juste un prétexte pour le capitaine Moussa Dadis Camara de prolonger la transition.
Dans ce long communiqué diffusé dans la nuit du samedi, la junte cite le ministère de la Sécurité qui selon elle, aurait été informé par « les services de sécurité, ainsi que d’autres sources dignes de foi de la préparation d’une attaque contre la Guinée, à partir de ses frontières avec la Guinée Bissau et dans la région de la Casamance ».
Des regroupements et des mouvements d’hommes ont été donc signalés à la frontière nord avec la Guinée Bissau, à la frontière sud à Foya sur le territoire libérien par les mêmes sources, indique le CNDD. Les autorités guinéennes ont tenu toutefois à prévenir « que tout groupe qui franchira ses frontières, aura posé un acte de guerre, et sera réprimé avec la dernière énergie et sera poursuivi jusque dans le pays qui aura servi de base arrière, à la tentative de subversion, à des fins de poursuite ». Elles ont aussi mis l’occasion à profit pour inviter « les pays limitrophes, à redoubler de vigilance, afin de localiser et identifier tout regroupement et mouvement suspects, dont l’action serait de nature à menacer la sécurité d’un état voisin, dans le but de sauvegarder le bon voisinage, et d’assurer la stabilité de la sous-région ».
La junte relève au passage que les hommes mobilisés sont à la solde des cartels de la drogue, qui ont été démantelés à la faveur du changement de régime intervenu en Guinée.
Pour le CNDD, cela ne fait aucun doute que ce sont des membres des cartels qui ont été mis en déroute par la croisade lancée contre les narcotrafiquants qui veulent déstabiliser le nouveau régime de Conakry, à partir de leurs lieux de refuge en Guinée Bissau, en Casamance et d’autres pays voisins.
Face à cette situation de menace, le Capitaine Moussa Dadis Camara, a mis l’armée nationale en alerte, ce tout le long des frontières. Le communiqué précise cependant que cette mesure ne remet pas en cause la libre circulation des biens et des personnes sur l’étendue du territoire national.
Tout en appelant les populations guinéennes à la vigilance en particulier aux postes frontaliers, la junte réitère le même appel à l’endroit des pays limitrophes, qui à en croire le communiqué, dans le cadre de la coopération militaire et frontalière traditionnelles sont aussi en état d’alerte.
En conclusion, le CNDD s’arroge le droit de défendre et d’user de tous les moyens, pour protéger ses populations et leurs biens contre les attaques ennemies.
Ce communiqué alimente en ce moment la chronique dans la cité et au delà de la psychose que cette menace de rébellion pourrait provoquer chez les populations, il y a lieu de dire que bien des gens sont cependant sceptiques quant à la véracité de cette version servie par la junte à l’opinion nationale et internationale.
Pour cette partie de l’opinion, la junte veut juste agiter le spectre de la rébellion pour se maintenir au pouvoir. Quand on sait que la pression se multiplie sur elle aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur en faveur de l’organisation des élections avant la fin de 2009.
Le chef de la junte a beau réitérer sa bonne foi de n’avoir aucunement la volonté de se maintenir au pouvoir au delà du délai fixé par le chronogramme, beaucoup commencent toutefois à douter de cette promesse.
En plus de cette menace d’attaque dont le CNDD fait cas, le fait de vouloir passer au crible la gestion des 24 ans du régime défunt, a été perçu comme une manœuvre visant à mettre à la touche des candidatures gênantes dans le microcosme politique.
Il reste à savoir maintenant comment les forces vives vont réagir face à cette nouvelle donne qui pourrait compromettre la transition. Car, il ne peut y avoir d’élections lorsque le pays est en proie à des attaques rebelles.
A l’allure où vont les choses, les membres de la classe politique ne pourraient que faire profil bas, au risque de se voir accusés d’être en intelligence avec l’ennemi.
En attendant, la plupart des citoyens pensent à une manipulation concernant cette information relative à des menées subversives.
Mamadou Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com