vendredi 10 octobre 2008
Réalisation de grands travaux : Les dessous d’une manœuvre
Ahmed Tidiane Souaré

Depuis le 2 octobre, on assiste à une cascade d’inaugurations d’édifices d’intérêt public. Ces chantiers qui s’inscrivent dans le cadre de l’année du cinquantenaire, ne seraient-ils pas un moyen pour le gouvernement de conforter ses assises dans la perspective des élections législatives à venir ? C’est en tout cas l’impression qui semble se dégager de cette forte mobilisation autour de ces grands travaux qui seront réalisés à coup de milliards de nos francs.

Le Premier ministre Dr Ahmed Tidiane Souaré a eu un calendrier chargé la semaine dernière. Convié qu’il était à présider des cérémonies de pose de première pierre d’édifices d’intérêt public, aussi bien dans la capitale qu’en province. Il s’agit du pont sur le fleuve Bafila, situé à l’entrée de la ville de Forécariah, dont les travaux vont coûter la bagatelle de 6 millions d’euros, les sept kilomètres de route reliant les transversales 1 et 2, d’une valeur de 29 milliards de francs guinéens, la construction de 12 forages industriels pour un coût avoisinant les 7 millions d’euros… A l’en croire, ces travaux seront réalisés dans le cadre de l’année du cinquantenaire qui s’étendra jusqu’au 2 octobre 2009. Le parti au pouvoir ne peut que se frotter les mains ; à l’allure où vont les choses, étant donné que ces réalisations seront portées à l’actif du président de la République qui n’est autre que le président du PUP. C’est donc la campagne qui a commencé avant la lettre, du côté du parti au pouvoir et de ses affidés. C’est du moins ce que pensent de nombreux observateurs pour qui le pouvoir ne voudra en aucun cas perdre la majorité à l’Assemblée nationale lors de la prochaine législature. Entamer ces nombreux chantiers en même temps, n’aurait en réalité qu’un seul but, celui de freiner l’élan de l’opposition, qui se voit déjà vainqueur du scrutin à venir. Les partis d’opposition croient qu’aucune manipulation des résultats n’est dorénavant possible avec la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Qu’ils ne se leurrent point. Les vieilles habitudes ayant la vie dure dans notre pays, rien n’est encore gagné, tant ce régime compte des cadres qui ne voudront en aucun cas se débarrasser des méthodes dignes de Staline. L’opposition risque donc d’être prise au piège surtout qu’elle a accepté dans sa majorité de participer au gouvernement d’union nationale formé, au lendemain de l’éviction de Lansana Kouyaté. Une façon de taire les rancoeurs, en attendant que le président Lansana Conté ne reprenne la main. Ce qui est maintenant fait. D’ailleurs n’a-t-il pas nommé Alpha Ibrahima Kéira, au poste de ministre secrétaire général à la présidence de la République, sans que ce come-back d’un des anciens barons du régime ne suscite le courroux des forces vives. Et tout porterait à croire que cette recomposition de la ‘’famille présidentielle’’ va se poursuivre. Ces grands travaux ne pourraient que contribuer à détourner l’attention de l’opinion, qui ne verrait pas de mal à ce que Lansana Conté achève son mandat, dans la tranquillité absolue. Le PUP n’est donc pas le seul gagnant dans ce qui s’apparente aujourd’hui à une manoeuvre digne de politiciens habiles. Il y a aussi ceux qui sont tapis dans l’ombre et qui, sans porter dans leur cœur le parti au pouvoir, soutiennent bien les actions du président de la République qui le leur rend bien.

Dian Baldé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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