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Votre site Guinéeactu.Com reçoit comme premier invité, Mr Réal Barnabé qui a animé un atelier de formation du 17 au 21 septembre 2007 pour les parlementaires et journalistes Guinéens sur le thème « Medias et Parlementaires Guinéens ». Mr Real Barnabé est un canadien, né dans la province du Quebec. Ce bilingue parfait (français/anglais) a été, à 21 ans, admis comme journaliste reporter à la chaîne de Radio télévision nationale de son pays pour devenir à 30 ans, avec l’exploit et son talent de professionnel confirmé, Directeur Général de la TV du Canada. Après ce poste de gestionnaire médiatique qu'il a occupé pendant 15 ans , le journaliste a décidé de se professionnaliser dans l’expertise de la communication. En peu de temps, M. Barnabé, Fondateur et PDG du Réseau Liberté depuis 16 ans, devenu consultant international en communication, a visité une centaine de pays dans le monde et à travers les cinq continents. Il offre régulièrement ses services aux journalistes des pays en situation difficile comme Haïti, l’Irak, le Burkina Faso, la Guinée et ceux d’Europe de l’Est. Dans cet entretien, l’expert nous parle de son organisation, des qualités d’un bon journaliste, des comportements requis dans l’exercice du métier, mais également il donne ses impressions sur la Guinée, reputée riche mais dont les citoyens manquent toujours de l’essentiel par rapport à certains pays moins dotés par la nature mais qui arrivent à mieux faire vivre leur population. Guineeactu.Com (GAC) : Parlez nous de Réseau Liberté, dont vous êtes à la fois le fondateur et PDG ? Réal Barnabé (RB) : Réseau Liberté existe depuis seize ans maintenant. C’est une organisation qui se consacre à la promotion de la liberté de la presse partout dans le monde. Jusqu’à maintenant, on a travaillé dans 25 pays environ. La plupart du temps, notre intervention prend la forme de formation, parfois d'ateliers comme ici(ndlr: en Guinée). Généralement, je travaille plutôt en salle de rédaction avec les journalistes. Mais on travaille aussi auprès des gestionnaires, auprès des associations, même auprès des ministères dans certains cas. En Haïti, on a un partenariat avec le ministère de la communication sur des questions comme le changement de la loi sur la presse, etc…Donc notre intervention est assez globale et ne se limite pas à de la formation simplement.
GAC : Vous venez d’animer un atelier en Guinée qui a regroupé des parlementaires et des journalistes autour du thème « les médias et les Parlementaires en République de Guinée ». Pourquoi un tel choix ? RB : Le choix a été fait par la Commission des finances de la République de Guinée. Moi j’ai répondu à un appel d'offre international, il y a eu un concours. J’ai soumis ma candidature et on m’a choisi. Mais c’est un choix qui me plaît beaucoup parce que je trouve que c’est extrêmement important dans les pays où il y a cette transition vers un peu plus de pluralisme dans les médias, que les hommes politiques et femmes politiques parlementaires comprennent mieux le rôle de la presse. Et c’est très important aussi que les journalistes comprennent que la liberté de la presse ne veut pas dire la liberté de raconter du n’importe quoi. Et que les journalistes reporters comprennent habituellement qu’ils ne doivent pas prendre position. Ils doivent vérifier l’information, être plus professionnel, être plus rigoureux. Et comme ça les medias pourront bâtir une crédibilité et permettre aux journalistes de mieux jouer leur rôle. Puisque le rôle de la presse c’est de donner aux électeurs l’information dont ils ont besoin pour se comporter en citoyen responsable. C’est ça le rôle de la presse et non pas imposer aux électeurs leur point de vue.
GAC : Au terme de cet atelier, qu’est ce que vous souhaiteriez que les participants retiennent de vos enseignements ? RB : La matière couverte est très dense, alors je mesure que chacun va y trouver ce qu’il veut. Mais le plus important, ce que je souhaite, ce serait que les journalistes comprennent l’importance de bien se préparer, de faire de la recherche, de vérifier l’information. Qu’ils comprennent que le journalisme est un travail intellectuel. Il faut faire des efforts, même si on prétend et on affirme souvent que l’accès à l’information est limité, il y a plein de choses sur l’information qui sont disponibles. Il suffit de passer une demi heure sur l’Internet pour les découvrir. Il y a des quantités incroyables d’informations disponibles même sur la Guinée. Donc, il faut faire cet effort pour bien se préparer afin de faire un travail plus rigoureux et précis.
GAC : Par rapport à la libéralisation récente des ondes en Guinée et donc à l’éclosion des radios privées avec tous les avantages et risques que cela présente pour le métier, quel conseil pouvez-vous donner aux jeunes journalistes guinéens ? RB : C’est toujours la même chose. Il faut comprendre que c’est un travail qui est très exigeant, pour lequel le journaliste doit faire des efforts. Le journaliste doit être rigoureux, faire des recherches. Le journaliste d’une radio privée, s’il se sent un peu seul, devrait parler à des collègues, essayer de voir si l’association peut l’aider, même son rédacteur en chef, et s’interroger sur sa formation, les séminaires auxquels il peut participer. Mais entre-temps, si le jeune journaliste ne se sent pas en pleine possession de ses outils de travail, il devrait être très prudent. Se limiter à la relation des faits et éviter de prendre parti ou faire de commentaires personnels. Je pense que c’est la règle de base. Cela permet au journaliste d’être plus prudent, d’éviter d’être dans l’embarras et de mettre les autres dans l’embarras aussi. Cela lui permet de faire un meilleur travail auprès du public.
GAC : Qu’est ce que Réseau Liberté, implanté dans les cinq continents à travers vingt cinq pays, a apporté ou compte apporter à la Guinée ? RB : Notre dernière intervention remonte à fin 2004. Mais en 2003 et 2004, nous sommes venus souvent ici avec l’aide de la coopération canadienne et même avant, autour des années 1994; on a eu des activités, on a même fait venir des stagiaires au Canada. On aimerait faire beaucoup mais tout dépend des bailleurs de fonds. Si on n’a pas de sou, on ne peut pas faire le travail, puisque notre organisation n’a pas ses fonds propres. Tout l’argent, vient des projets, nous sommes constamment à la recherche de possibilités de financement. Et dans le cas qui nous intéresse ici, l’invitation est venue de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale guinéenne dans le cadre d’un programme financé par la Banque Mondiale. Si on peut avoir un programme d’appui en trois ou quatre ans, on pourrait travailler à long terme avec les journalistes guinéens et obtenir des résultats très concrets. Mais ce n’est pas exclu, on cherche à y arriver.
GA : Quelle image vous faites-vous de la Guinée par rapport à vos nombreuses visites dans ce pays ? RB : Très heureux d’être de retour après trois ans. C’est un très beau pays mais il y a beaucoup à faire pour le développer. C’est un pays où il y a beaucoup de richesses. Vous savez, comment se fait-il qu’il y ait très peu d’électricité ici alors qu’il y a beaucoup d’eau, il y a des barrages ; à la place du Burkina où il n’y a presque pas d’eau, le sol est sec mais il n’y a jamais de coupure d’électricité. Alors, c’est une question de gestion, d’orientation politique, moi je ne peux pas m’ingérer dans les affaires intérieures du pays, moi je ne sais pas trop. Mais ce que je pense c'est qu’il y a beaucoup à faire pour améliorer la situation de la Guinée et des Guinéens. Entretien réalisé par Abdallah Baldé, guineeactu.com
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