dimanche 8 juin 2008
Réactions à l'article de Jacques Kourouma : " l’opposition politique guinéenne au gouvernement Souare ? "
Ansoumane Doré

Dans un récent article: " Que pouvons-nous attendre ? ", j'avais suggéré que les leaders de l'opposition politique guinéenne ne devraient pas rejeter l'offre de participation au gouvernement d'union que pourrait leur faire le Premier Ministre Souaré. Une suggestion de ce type suppose, bien sûr, le préalable de discussions. L'idée d'une telle suggestion est que, de toute évidence, nous sommes en fin du règne personnifié par Lansana Conté, il ne faut pas se voiler la face. Il me semble que  la date  fatidique de cet évènement doit trouver l'opposition, toute l'opposition, plus exactement sa représentation, dans les rouages de l’appareil d'Etat. Cette présence ne peut être que bénéfique pour la démocratie. Se cristalliser dans la position qu'accepter d'y être, c'est se "placer à l'ombrage du système Conté" est une analyse courte. Lansana Conté n'est pas éternel, il faut anticiper l'après-Conté  car le système qu'il va laisser en place à été à bonne école et ne se laissera pas facilement évincer même au nom de la loi. Pour l'opposition être dans les rouages de l'Etat sera déjà, même modestement, un début de conquête du pouvoir avec les moyens d’Etat, encore une fois même modestes au départ. Beaucoup ont critiqué l'inefficacité de cette opposition et ces critiques n'étaient toujours sans fondement. Toutefois l'explication en tenait pour l'essentiel à son manque d'unité d'action et au manque de moyens qui s'en est suivi. J'ai dans des articles comparé les leaders de l'opposition de notre pays à des rivières dans l'imaginaire de bien des militants de leurs partis. Pour bon nombre de ceux-ci, ils sont apparus comme des rivières dans lesquelles on peut aller puiser à volonté. La preuve est qu'il fut un temps, la cour des leaders politiques, ressemblaient, aux heures de repas, à la Cour des Miracles ou plus modestement à des cantines scolaires (pour militants) et tout cela suppose des moyens. Les mécènes qui les soutenaient au départ ont petit à petit disparu. Toute cette évolution a contribué à l'affaiblissement de l'opposition, sans parler des traquenards du Pouvoir.

Entrer par conséquent dans les rouages de l'Etat pour bénéficier des moyens d'Etat pour le réorganiser, n'est pas synonyme de venir s'associer à des pilleurs de deniers publics. Cela ne constitue pas non plus un adoubement du système qu'on critique depuis si longtemps. Si affirmer cela en direction d'hommes et de femmes à qui l’on n’a rien à reprocher, paraît naïf, alors je veux être naïf. En effet, croire que si l'on participe au gouvernement à former, c'est accepter de servir Conté, c'est encore croire que celui-ci est immortel. Au contraire, une présence dans ce gouvernement montrera à la population, à qui on l'aura expliqué par le canal de son parti, qu'on n'est pas animé seulement par le pouvoir mais par le redressement du pays. Si l'on est empêché de faire ce qu'on peut faire, on aura tout de même montré toute sa disponibilité pour le service de la Guinée.

Voilà l'argumentaire que je n'avais pas suffisamment développé.

Jacques Kourouma avec lequel j'ai souvent des échanges, hors sites internet, a, comme une réplique à ce que je viens de poser, une approche différente. Il parle de " critères de participation de l'opposition politique à un gouvernement placé sous l'ombrage du système Conté ? " et toutes les magouilles qui entourent un tel gouvernement. Je réponds que tout ceci est connu mais va-t-on continuer à regarder en spectateur ? Je pense que non pour ceux qui se sont engagés dans le combat politique.

Il est plus que temps de sortir des " Mythes révolutionnaires du Tiers monde " si bien décrits par Gérard Chaliand en 1976. Des comportements de ce type n'ont, le plus souvent, conduit nulle part. Les exemples abondent en Afrique et en Amérique Latine. Sur ce continent dont on cite volontiers les exemples, le manque de réalisme de certains hommes qui ne manquaient pourtant pas de qualités les a conduits ou maintenus longtemps ou définitivement dans l'impasse. C’est le cas des hommes du Sentier Lumineux du Pérou (1980-2000), ou encore ceux des FARC de Colombie depuis 1964 et dont les dirigeants vieillissent et meurent dans la forêt équatoriale alors que la situation du pays qu'ils voulaient changer demeure inchangée.

Quand Jacques Kourouma écrit " Au lieu d'entrer dans un gouvernement ombragé par le système Conté, les partis d'opposition auraient mieux fait de former un gouvernement parallèle de transition si le système Conté s'opposait à toutes les options présentées. ", la question est ici alors comment une opposition divisée, faible et sans moyens peut-elle constituer ce gouvernement parallèle ? Si le système Conté se sent frontalement attaqué, en l'état des choses, il se redressera et c'est de son côté que "les mutins" de l'Armée se rangeront.

La réalité est que ni l'opposition guinéenne ni la population n'ont  les moyens que Jacques leur recommande. Les Guinéens sont recrus de misères depuis cinquante ans et quand Jacques parle de sacrifices nécessaires, cela fait penser à une entrée dans le maquis, autrement dit à une guérilla. Or la plupart des Guinéens qui ont entendu ou ressenti les guerres  fratricides des pays voisins, ne souhaitent pas et surtout ne veulent pas une guerre civile.

Le souhait ardent que nous pouvons formuler c'est l'émergence de leaders moralement, intellectuellement  et physiquement capables de transcender des positions qui semblent figées, pour arriver à une situation de renouveau de la Guinée. Malgré les désillusions, cette vision est du domaine du possible. 

Ansoumane Doré, Dijon, France
pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Bayer, lundi 9 juin 2008
C`est une occasion Unique pour les partis politique désierux de participer aux gaspillage de nos ressources, de le faire maintenant, car après Conté ce ne sera pas^possible ou aisé de d`enrichir illicitement. C`est vari, c`est le moment pour les partis politique de venir au gouvernement, trouver de l`emploi ppour les cousins et cousines des leaders parcequ`après conté ces pratiques seront revolue. Qu`on ne se trompe pas, Personne, même pas le premier Souaré ne pourra contribué au developpement de la Guinée avec Conté. Developpement? il n`y en aura pas en Guinée avec COnté , Sylla Mamadou et Kassory
Ibrahima Sory Baldé, lundi 9 juin 2008
Un autre Ibrahima écrit. EtJ`espère que ce ne seront pas seulement des Ibrahima qui commenteront cet analyse que, personnellement je partage totalement. J`ai eu le privilège de discuter aveccertains leaders politiques. Ce que je peux dire, c`est que c`est une occasion unique pour les acteurs politiques de Guinée de contribuer au développement d`un meilleur système politique en Guinée. Ils ne seront pas les premiers à le faire. Car Abdoulaye Wade, qui dirige aujourd`hui le Sénégal, a expérimenté cette "compromission". C,est ce que Léopold Gnininvi fait aujourd`hui au Togo. Alors, félicitations à toux ceux qui participeront à ce gouvernement et surtout qu`ils n`oublient pas leur appartenance politique. Baldé I. Sory Montréal (Canada)
ibrahima, dimanche 8 juin 2008
Je respecte votre point de vue mais un avis tout à fait contraire car à entendre Souaré on n`a peut d`espoir.Travailler avec Conté c`est aller à la betise.Nous avons vu avec Sidya, Lounceny Fall, et les elections passées, Conté a toujours réussi à salir la reputation de tous ceux qui ont travaillé avec lui. C`est un homme satanique. Souaré ne fera que ce que Conté voudra . Pour tout opposant qui se respecte il doit eviter de participer à ce gouvernement au risque de ternir sa reputation . Tant que Conté sera à la tete de ce pays l`espoir n`est pas permis.Les exemples ne manque pas. Ce monsieur n`aime pas la Guinée ce qui bon nombre de guinéens à poser cette question : "Conté est-il guinéen"
Ibrahima Diallo, dimanche 8 juin 2008
Voila du bon sens! J`en suis arrivé au meme raisonnement et tenant compte de la réalité sur le terrain. Le coeur est tres souvent mauvais conseiller, il faut plutot écouter la raison qui évite de faire de la politique fiction. La bonne politique est aussi l`art du compromis et de real politik par la remise en cause de certains principes selon ses objectifs. Nous avons beaucoup de griefs contre Conté mais néanmoins ce n`est pas le pire que la Guinée ait connu et certainement pas le diable non plus surtout que nous avons tous d`une certaine maniere contribuer a le "fabriquer".

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011