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L’inflation en Guinée n’a pas que des causes exogènes. Elle est aussi due à l’inadéquation des politiques salariale et commerciale des gouvernements précédents. Une politique salariale qui consiste à indexer les salaires sur le pouvoir d’achat est suicidaire dans un pays importateur net à plus de 80%, car elle entrainera tôt ou tard un phénomène de fuite devant la monnaie nationale comme ce fut le cas au Zimbabwe. Ce n’est pas la quantité de monnaie en circulation qui importe, mais la vitesse à laquelle elle circule. La croissance exponentielle de l’Asie du sud-est est fondée sur l’organisation, la discipline, le contrôle et le pragmatisme, et non sur les hauts salaires. Toutefois, si une politique salariale doit être envisagée, elle doit être cohérente. « Le gouvernement doit pouvoir disposer d'outils précis permettant d'évaluer l'évolution du pouvoir d'achat des fonctionnaires. Cette évaluation doit bien entendu permettre d'assurer le maintien voire même l'amélioration du pouvoir d'achat des fonctionnaires tout en assurant une gestion satisfaisante des dépenses de personnel » (Oboulo, 2000). La rigidité de certains opérateurs économiques locaux sur leurs structures de prix couplée avec le renchérissement des cours internationaux des matières premières et produits de première nécessité ne peuvent pas laisser présager une politique économique laxiste qui consiste à indexer les salaires sur le pouvoir d’achat ou à ouvrir le pays aux importations tous azimuts. Les importations ne contribuent à la création de richesse que si elles sont utilisées dans la fabrication de biens à valeur ajoutée destinés à l’exportation. « L’ouverture au commerce international a aidé de nombreux pays à se développer beaucoup plus vite car quand les exportations propulsent la croissance, le commerce extérieur contribue au développement économique. » L’élément clef de la politique industrielle qui a enrichi la majeure partie de l’Asie orientale et amélioré le sort de millions de ses habitants, c’est la croissance fondée sur les exportations. Il faut donc créer des outils qui favorisent la production à valeur ajoutée dans le but d’aider les entreprises locales à passer de l’activité de non-production à celle de transformation manufacturière ou de création de valeur tout en assurant une discipline fiscale/budgétaire stricte basée sur les principes de rigueur et de contrôle systématique pour parer aux situations de déficits budgétaires persistants (source d’inflation). Le pouvoir d’achat des populations chinoises ayant quasiment triplé ces dix dernières années, du fait notamment de l’amélioration du niveau de l’éducation et du savoir faire chinois dans des domaines très divers de l’activité économique, l’on peut s’attendre à ce que son avantage comparatif en termes de coûts du travail s’effrite au profit de ses voisins (hors mis la Corée du sud et le Japon bien sûr). La production de biens à haut coût de production devrait prendre le dessus sur celle de produits bas de gamme qui reviendrait à ses voisins pendant que nous nous chamaillons en Afrique. Pour limiter les importations et son corolaire l’inflation, les pouvoirs publics doivent favoriser la création de structures visant à stimuler le développement de l'entrepreneuriat privé, du commerce formel et la production locale. Mais les réformes ne marcheront que s’il y a une vraie prise de conscience des problèmes et de leurs conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages La Chine, de par ses exportations, est devenue une source d’inflation pour les pays à faible capacité exportatrice. Contrairement à ce pays, nous n’avons pas su profiter des bienfaits de la mondialisation, ce qui explique en partie le phénomène structurel de l’inflation en Guinée. Nous devons renforcer notre capacité exportatrice pour juguler l’inflation, en adoptant une politique économique en phase avec le monde des affaires d’aujourd’hui par la mise en place des barrières stratégiques aux importations et en favorisant la production et la transformation manufacturière locales. En résumé, l’inflation en Guinée est due à un double facteur exogène (inflation importée, renchérissement des pris des produits de première nécessité, etc.) et endogène (une politique monétaire laxiste, l’indexation des salaires sur le pouvoir d’achat, et d’autres manœuvres qui sortent du cadre économique que je n’aborderai pas ici).
Thierno Bah
www.guineeactu.com
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