dimanche 6 mars 2011
Réaction à un article sur l'inflation en Guinée

L’inflation en Guinée n’a pas que des causes exogènes. Elle est aussi due à l’inadéquation des politiques salariale et commerciale des gouvernements précédents. Une politique salariale qui consiste à indexer les salaires sur le pouvoir d’achat est suicidaire dans un pays importateur net à plus de 80%, car elle entrainera tôt ou tard un phénomène de fuite devant la monnaie nationale comme ce fut le cas au Zimbabwe. Ce n’est pas la quantité de monnaie en circulation qui importe, mais la vitesse à laquelle elle circule. La croissance exponentielle de l’Asie du sud-est est fondée sur l’organisation, la discipline, le contrôle et le pragmatisme, et non sur les hauts salaires. Toutefois, si une politique salariale doit être envisagée, elle doit être cohérente. « Le gouvernement doit pouvoir disposer d'outils précis permettant d'évaluer l'évolution du pouvoir d'achat des fonctionnaires. Cette évaluation doit bien entendu permettre d'assurer le maintien voire même l'amélioration du pouvoir d'achat des fonctionnaires tout en assurant une gestion satisfaisante des dépenses de personnel » (Oboulo, 2000). La rigidité de certains opérateurs économiques locaux sur leurs structures de prix couplée avec le renchérissement des cours internationaux des matières premières et produits de première nécessité ne peuvent pas laisser présager une politique économique laxiste qui consiste à indexer les salaires sur le pouvoir d’achat ou à ouvrir le pays aux importations tous azimuts. Les importations ne contribuent à la création de richesse que si elles sont utilisées dans la fabrication de biens à valeur ajoutée destinés à l’exportation. « L’ouverture au commerce international a aidé de nombreux pays à se développer beaucoup plus vite car quand les exportations propulsent la croissance, le commerce extérieur contribue au développement économique. » L’élément clef de la politique industrielle qui a enrichi la majeure partie de l’Asie orientale et amélioré le sort de millions de ses habitants, c’est la croissance fondée sur les exportations. Il faut donc créer des outils qui favorisent la production à valeur ajoutée dans le but d’aider les entreprises locales à passer de l’activité de non-production à celle de transformation manufacturière ou de création de valeur tout en assurant une discipline fiscale/budgétaire stricte basée sur les principes de rigueur et de contrôle systématique pour parer aux situations de déficits budgétaires persistants (source d’inflation). Le pouvoir d’achat des populations chinoises ayant quasiment triplé ces dix dernières années, du fait notamment de l’amélioration du niveau de l’éducation et du savoir faire chinois dans des domaines très divers de l’activité économique, l’on peut s’attendre à ce que son avantage comparatif en termes de coûts du travail s’effrite au profit de ses voisins (hors mis la Corée du sud et le Japon bien sûr). La production de biens à haut coût de production devrait prendre le dessus sur celle de produits bas de gamme qui reviendrait à ses voisins pendant que nous nous chamaillons en Afrique. Pour limiter les importations et son corolaire l’inflation, les pouvoirs publics doivent favoriser la création de structures visant à stimuler le développement de l'entrepreneuriat privé, du commerce formel et la production locale. Mais les réformes ne marcheront que s’il y a une vraie prise de conscience des problèmes et de leurs conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages La Chine, de par ses exportations, est devenue une source d’inflation pour les pays à faible capacité exportatrice. Contrairement à ce pays, nous n’avons pas su profiter des bienfaits de la mondialisation, ce qui explique en partie le phénomène structurel de l’inflation en Guinée. Nous devons renforcer notre capacité exportatrice pour juguler l’inflation, en adoptant une politique économique en phase avec le monde des affaires d’aujourd’hui par la mise en place des barrières stratégiques aux importations et en favorisant la production et la transformation manufacturière locales. En résumé, l’inflation en Guinée est due à un double facteur exogène (inflation importée, renchérissement des pris des produits de première nécessité, etc.) et endogène (une politique monétaire laxiste, l’indexation des salaires sur le pouvoir d’achat, et d’autres manœuvres qui sortent du cadre économique que je n’aborderai pas ici).


Thierno Bah


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Thierno A bah, lundi 7 mars 2011
Comme vous le soulignez M. Diakité, nous ne sommes pas en contraction. Il ne s’agit pas de réfuter votre thèse. J’aborde une autre facette de l’inflation qui peut être analysée à travers les ratés des politiques commerciales de nos gouvernements. Il faut une meilleure orientation de la politique économique pour favoriser la création de richesse et la croissance, les socles du développement socio-économique. La politique monétaire est un facteur de compétitivité certes, mais dans un contexte de relance des exportations, comme c’est le cas en Chine. Une politique monétaire laxiste est nuisible à l’économie locale particulièrement lorsqu’elle celle-ci reste dépendante de l’extérieur. Jusqu’ici nous ne sommes pas en contradiction. Il faut sortir des sentiers battus en favorisant une autre politique économique qui consiste à créer de la richesse pour supporter les programmes de développement économiques à long terme. Cette politique exige la protection des acquis locaux. Le protectionnisme, ou plutôt le réalisme dans un contexte de rude concurrence internationale, reste à la mode malgré tous les discours prônant le libre échange. J’admets cependant que dans un contexte de mondialisation, ce serait naïf de croire qu’un pays puisse vivre en état d’autarcie, particulièrement dans le cas d’un pays comme la Guinée qui reste totalement dépendant de l’extérieur. Je suis favorable au libre échange lorsqu’il s’opère sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant (win-win en anglais), i.e. lorsque la maximisation des gains n`est pas recherchée. Bien entendu, la Guinée n’a pas de pouvoir de négociation étant donné la faiblesse de son marché à l’export. D’où la nécessité de mettre en œuvre des projets en vue de stimuler le développement commercial hors de notre marché domestique (les exportations). Ces projets pourraient à moyen terme nous conférer un avantage concurrentiel (ex post) dans la production de certains biens et parallèlement renforcer notre pourvoir de négociation (bargaining power en anglais) sur les marchés internationaux. La protection de ce marché naissant de la concurrence étrangère (parfois déloyale) est la condition de son succès. La plupart des pays industrialisés, dont les Etats Unis, ont édifié leur économie en protégeant sélectivement certaines de leurs industries jusqu’au moment où elles ont été très fortes pour soutenir la concurrence étrangère. Il faut maintenir un bon équilibre entre l’entrepreneuriat privé et l’interventionnisme public (subventions, barrières stratégiques à l’import, etc.) pour assurer une bonne stabilité sociale et économique. Le libre échange ne s’opère jamais dans des conditions optimales. Les ‘‘petits pays’’ qui n’ont aucune influence sur les marchés internationaux sont toujours les grands perdants en raison notamment de leur faible pouvoir de négociation. Il faut revenir sur les fondamentaux en matière de politique commerciale en favorisant la production locale et la protection des acquis. Ce qui va à terme favoriser la stabilité monétaire. Réalisme économique + politique monétaire + pragmatisme = succès économique (la Chine et la Corée du sud).
Mory Diakité, lundi 7 mars 2011
@ Thierno A bah. Monsieur, ce que vous dîtes n’est pas faux et n’est pas en contradiction avec ce que je dis. Dans mon analyse, je dis que l’origine actuelle de l’inflation en Guinée est expliquée à près de 86% par la hausse des prix des matières premières que notre pays importe. Ce que vous vous décrivez, c’est ce qu’on appelle l’inflation par « effet du second tour », qui comme son nom l’indique bien, viens en second tour. Pour avoir l’enclenchement d’ « effet de second tour », il faut pour cela que l’économie soit dans un cercle vertueux et surtout que le taux de chômage soit bas. Or, monsieur Bah, avec un taux de chômage massif (je serai intéressé si vous pouviez me donner son niveau en Guinée) et une « armée de chômeurs » (K. Marx dans le Capital) prêts à prendre n’importe quoi comme rémunération, la pression à la hausse sur les salaires ne joue pas tellement en Guinée. Votre cas convient aux fonctionnaires. Mais M. Bah, pouvez-vous me donner la part des fonctionnaires dans le total de la population active guinéenne (en y incluant l’informel) ? Si ce que vous dîtes sur l’indexation des salaires sur la hausse des prix par effet de « 2nd tour » en Guinée est vrai, de quoi se plaignent alors les travailleurs puisque leur pouvoir d’achat est préservé ? La persistance du mécontentement prouve que seule une petite minorité n’est pas victime de cette érosion monétaire. Je ne suis pas tellement d’accord avec vous sur la croissance de l’Asie basée uniquement sur les exportations. Pouvez-vous me dire si en 2009, c’est la demande interne (consommation + investissement + dépenses publiques + stocks) ou la demande externe (exportations – importations) qui a tiré la croissance dans les pays asiatiques ? (je n’ai pas encore analysé la décomposition pour 2010). Vous semblez omettre que la croissance des pays émergents d’Asie est avant tout due à une devise extrêmement faible. Regardez toutes les pressions des Américains afin que les Chinois laissent s’apprécier le yuan sous peine de protectionnisme. Si la Chine aujourd’hui « exporte de l’inflation » vers le reste du monde, c’est parce que comme nous, elle est énormément dépendante de sa facture pétrolière. Tenez, les derniers chiffres disponibles sur le commerce extérieur chinois montrent que les exportations (+37,7% sur un an en janvier 2011 contre +17,9% sur un an en décembre 2010) et aussi les importations (+51,0% sur un an en janvier 2011 contre +25,6% sur un an en décembre 2010) en forte progression. Ce dynamisme des importations est la traduction d’une activité domestique (consommation et investissement) en plein boom. Du coup, la balance commerciale, toujours en hausse, est moins fringante qu’à l’accoutumée (+6,45 milliards de dollars en janvier 2011 contre +13,08 milliards de dollars en décembre 2010). Ce ralentissement des excédents commerciaux est dû à la flambée des matières premières (22,2% en 2010 pour le pétrole en 2010 et déjà +22,7% depuis le début de l’année 2011 ; les matières premières globalement s’apprécient de 9% depuis janvier 2011 et ont pris 17,4% en 2010 dans le monde). En effet, à titre d’exemple, la facture énergétique (pétrolière) de la Chine vient d’atteindre son niveau de 2007, c’est-à-dire son niveau d’avant-crise. Or, à l’époque, le baril de brent s’était vendu jusqu’à 147 dollars contre 90 dollars actuellement à la fin du mois de décembre 2010. Mais dans le même temps, les importations ont progressé EN VOLUME (et pas en valeur) de près de 60%. C’est la raison pour laquelle, dans cet environnement de boom du pétrole, le gouvernement chinois se montre de plus en plus enclin à permettre une franche appréciation du yuan afin de contrer l’inflation importée.
Mr. Condé, lundi 7 mars 2011
Bonjour Mr. Gandhi, Je suis d`accord avec toi, concernant la situation économique de la Guinée et le comportement de nos dirigeants... merci....
Gandhi, lundi 7 mars 2011
Contrairement au droit, où les choses sont claires, même si elles supposent des interprétations entrainant des Guinéens à nier l`évidence, c`est encore pire pour l`économie, où les concepts ne constituent pas une science exacte, et sont donc susceptibles de discussions interminables. La Guinée n`a pas profité des avantages de la mondialisation pour la simple et bonne raison que nos dirigeants n`en n`ont même pas conscience. Ils sont davantage formatés pour dépenser que pour créer des richesses. Dès lors comment mettre en place des stratégies fondées sur le travail, alors qu`il suffit d`être au bon endroit pour gagner sans travailler ? Avec la nouvelle (??) équipe, cette situation risque de perdurer pour le plus grand malheur du pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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