dimanche 12 octobre 2008
Réaction à l'article d'Alama Diakhite : « Toujours les prix élevés sur le marché »
Ansoumane Doré

Les articles sur l'économie sont rares sur les sites guinéens. On a pourtant envie d'en faire de temps en temps mais cela n'a pas l'air d'intéresser les lecteurs qui ne portent leur attention que sur le domaine purement politique. Encore qu'économie et politique demeurent intimement liées (cf. l'économie politique). Ecrire d'ailleurs sur un "désert  économique" comme la Guinée, peut risquer de conduire à des analyses théoriques ou à des recommandations sans lendemain. Je dis de la Guinée : "désert économique". Cette expression est incorrecte, il conviendrait de parler plutôt "d'économie souterraine", celle dont personne ne peut vous donner des indicateurs macroéconomiques fiables.

Quand je dis que les écrits économiques ne  semblent pas intéresser les lecteurs, je pars d'exemples que je vais rappeler. Il s'agit de trois articles que j'avais écrits et qui portaient sur:

          * La Guinée à la porte de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ?  (Ce qu'est l'UEMOA, cette union de huit Etats de l'Afrique de l'Ouest, ses étapes depuis 1959, l'expérience monétaire guinéenne de 1960 à 2006).

          *  Le deuxième article était intervenu à la suite d'une interview d'Alpha Sidoux Barry sur www.kibarou.com. Cet article s'intitulait : "Observations économiques sur l'interview de l'invité de la semaine du 8 au 14 juillet 2007". Cet article  avait abordé les sujets suivants : le Conseil économique et social, l'intégration dans la zone monétaire du CFA, par quel secteur (agricole ou industriel) fallait-il commencer le développement en Guinée, les infrastructures économiques et sociales, seules richesses dans le développement? Alpha Sidoux Barry avait fait allusion à cet égard au grand économiste américain du XXe siècle, John Kenneth Galbraith (1908-2006). J'en ai profité pour présenter aux jeunes économistes guinéens les principaux ouvrages de cet économiste encyclopédiste.

          * Le troisième exemple fut, quand Ibrahima Capi Camara, Directeur du site www.kibarou.com avait eu l'initiative de créer une rubrique destinée à aider le citoyen lambda à comprendre des concepts couramment utilisés. J'avais fait dans ce cadre une première  fiche sur le mot inflation etc.

De ces trois exemples, il n'y eut pas de réaction. C'est dire que ces thèmes économiques n'ont pas semblé intéresser. Or les questions économiques impliquent tout le monde et dans mon esprit, il ne peut pas s'agir dans une intervention sur site d'internet à destination d'un large public, de se lancer dans des théories économiques. Ces théories ont d'ailleurs pour fondements les réactions et les comportements humains.

Ainsi, on retrouve dans la théorie des prix ce que rapporte l'article d'Alama Diakité du journal L'Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com, intitulé "Toujours les prix élevés sur le marché" du 3 octobre. C'est un sujet d'économie concrète qui intéresse tout un chacun. Dans cet article, sont soulevés  des aspects essentiels des fluctuations des prix : approvisionnements réguliers ou pas des marchés, contrôle des prix, l'Administration compétente en la matière, la sécurité et l'hygiène alimentaires, l'homologation des prix, l'évolution de l'inflation etc.

Ces quelques références montrent  que l'article de Diakité a trait à un domaine essentiel de l'économie nationale.

Dans divers systèmes économiques, les prix ont été ou sont toujours la clé de voûte de l'organisation des marchés. Dans d'autres, ils n'en sont plus qu'un aspect. Dans ces cas, on cesse d'en faire l'instrument essentiel de la politique des revenus.

La thématique des prix est généralement abordée sous divers  aspects comme :

          a) La théorie et pratique des prix,

          b) La réglementation des prix.

Il va de soi que je ne ferai ici qu'un survol de ces questions pour montrer ce qui pourrait être entrepris pour leur trouver quelques réponses dans le cadre d'une politique économique cohérente.

Je reprends donc rapidement les deux axes indiqués ci-dessus.

          * a)Théorie et pratique des prix.

Il s'agit de sujet sur lequel cogitent les économistes depuis les prémisses de la construction de l'école de pensée économique classique du XIXe siècle. Mais également des philosophes et des théologiens. Ces derniers se sont préoccupés du juste prix considéré non pas comme le résultat d'une confrontation, sur un marché, de l'offre et de la demande, mais comme une exigence de la morale et de l'équité.

La pratique des prix s'est toujours imposée à tous les acteurs économiques et aux Pouvoirs publics. Il est arrivé des moments de l'histoire où l'intervention publique se justifiait par la pénurie et l'obligation pour des raisons politiques et sociales  de répartir la rareté. Elle peut aussi intervenir dans le cadre de politique de revenus. Mais tout cela baigne dans un univers dont les économistes s'efforcent de schématiser les grandes lignes dans des théories qui peuvent  paraître trop abstraites dans ce domaine si concret des prix. C'est pourquoi, cette note étant une réaction à un article du journal « L'Indépendant » de large public, je vais passer presque  sous silence des développements de la théorie  des  prix. Il faut cependant signaler (ce  que tout le monde sait) que les prix résultent sur un marché de la comparaison qui se fait entre les offres des vendeurs et les demandes des acheteurs. Dire que dans le cas d'une multiplicité de vendeurs et d'acheteurs, la théorie des prix a recours aux notions d'atomicité (grand nombre de vendeurs et d'acheteurs), de fluidité (l'offre et la demande sont fluides quand elles s'ajustent facilement l'une par rapport à l'autre), faire donc référence à toutes ces notions, dépasse le cadre de cette note. Il en est de même d'ailleurs des notions de marché, de concurrence, du facteur temps, de prix de monopole etc.

          *b) Réglementation des prix.

En terme de politique économique, l'action centrale se porte sur la réglementation des prix. La portée de celle-ci  est en fait très générale. Elle peut concerner des secteurs particuliers, et le caractère général de l'ensemble de la réglementation n'évite pas tout contentieux. Par exemple des prix libres appliqués en tels lieux géographiques ou de production et pas en d'autres. Mais la réglementation peut aussi s'appliquer à tous.

Dans le cadre réglementaire général, des techniques variées existent :

***La taxation qui comporte divers systèmes: des prix taxés  en valeur absolue, c'est-à-dire que le vendeur sait combien il doit vendre, l'acheteur à quel prix il doit payer, et dans ce cas, le contrôle peut se faire facilement. Mais ceci ne peut se réaliser que sur des marchés  et sur  des produits simples. Ainsi peuvent être facilement taxés, des produits agricoles ou alimentaires, des produits industriels, des services etc.

Il peut exister des cas de cadre ou formule de prix comme pour décharger l'Administration d'une partie de ses responsabilités en matière de contrôle : les producteurs ou vendeurs fixent eux-mêmes, d'après leurs éléments de prix de revient mais suivant une grille établie  par l'Administration de tutelle des prix.

Pour les marges commerciales, la taxation peut procéder de méthodes variées comme celle des marges de valeur absolue ou celle des marges en pourcentage ou taux de marque qu'on ne va pas développer ici.

***Outre la taxation, la réglementation des prix peut porter aussi sur des régimes de blocages des prix. Ces régimes répondent normalement, en dehors de périodes exceptionnelles, à des situations temporaires pour atténuer les conséquences d'une grave crise monétaire, sociale ou politique, etc.

*** D'une façon générale, les procédures  de réglementation des prix doivent reposer sur :    

-       l'établissement même des prix, d'après des données émanant d'entrepreneurs témoins types selon des justifications comptables indispensables,

-       l'intervention d'un Comité national des prix,

-       l'authentification de l'établissement des prix par le Ministère compétent et la publication des décisions arrêtées dans un Bulletin officiel des Services des Prix.

On peut même penser à des règles de publicité des prix (ou certains prix) par la systématisation des pratiques de factures.

Naturellement ces aspects supposent que l'Etat s'engage résolument à montrer la voie du respect des lois en vigueur.

De tout ce qui vient d'être dit, une organisation des Services des Prix est une nécessité absolue. Ces Services doivent connaître les éléments constitutifs des prix (les matières premières, les salaires directs et frais généraux  de fabrication, commerciaux et administratifs, les impôts et taxes, les marges bénéficiaires). Une fois les prix établis, il faut que les infractions constatées soient réprimées par la loi.

En rappelant ces quelques éléments, il ne s'agissait nullement de donner des recettes en matière de prix. Je n'ai fait que survoler des aspects de cette vaste question des prix abordée par Alama Diakité. C'est en effet une question récurrente dans la presse guinéenne. C'est pour dire qu'il faut insister dans la presse sur ces problèmes de prix et d'inflation dont souffrent les Guinéens. Le Ministère du commerce ne devrait pas en  rester, comme indiqué dans l'article de Diakité, à se dire "incapable de créer les services appropriés pour s'assurer de l'effectivité du respect des décisions en la matière". Mais alors, que fait-il dans ce ministère?

Ansoumane Doré 
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
cheik oumar camara, mardi 14 octobre 2008
Les contributions hautement appreciables de Mr Doré peuvent être utiles à la GUINEE,ce sont ces personnes que le pays a besoin pas ceux qui sont actuellement au pouvoir.Merci doyen!
Nassriou, UK, mardi 14 octobre 2008
Bonjour Doyen, Merci pour vos contributions toujours pleine de sagesse. Je souhaiterais que vous teniez un point hebdomadaire ou bimensuel (i.e type colonne "Ecomonie") pour nous aider nous jeunes a mieux maitriser certains termes economiques et meme nous familiariser des conjonctures economiques du moment. Merci et bien de choses a vous.
Ansoumane Doré, lundi 13 octobre 2008
SUITE. Je vais réussir à terminer cette note: *Diallo avait raison de dire que des informations que les uns et les autres tentent d`adresser au plus grand nombre n`intéressent pas les politiciens. Les citoyens lambda étant les plus nombreux, efforçons-nous de tenir compte d`eux. *A Modibo Traoré, je dis que nous n`avons pas eu de divergences d`opinions prononcées mais il y avait eu de ma part une mauvaise interprétation de ce que tu avais écrit.Mais nous en sommes venus rapidement à un consensus. C`est cela aussi la confrontation intellectuelle si l`on s`écoute.Ce que je retiens et j`en suis heureux est que cette rencontre sur le Net nous a rapprochés.Je dois profiter de ce mot pour te remercier de m`avoir publié régulièrement sur www.mafraternite.com
Ansoumane Doré, lundi 13 octobre 2008
Je me rends compte que je m`étais trompé en disant que les questions économiques ne semblaient pas intéresser pas grand monde. Je dois remercier les frères qui lu ma note (bien qu`imparfaite) et qui donné leurs réactions.Même si ces réactions avaient été défavorables, je les aurais accueillies pour mieux faire la prochaine fois.Il arrive aussi que d`autres lecteurs de ceux qui écrivent n`aient ni le temps ni l`occasion de le faire savoir. Quoi qu`il en soit, je renouvelle mes remerciements à: * Tutankhamon pour son encouragement et ses mots fraternels .Si Dieu le veut, on continuera. *Mamadou Oury Diallo qui soulève des questions essentielles pour la Guinée d`aujourd`hui.J`avais eu connaissance en son de sa remarquable interview sur www.nlsguinee.com .N`ayant pas, à l`époque,imprimé cette interview, j`accepte volontiers de la recevoir, en remerciant par avance,(E.Mail:ansoumanedore@yahoo.fr).Tout ce qu`il dit sur les contraintes de l`Economie de Marché est fort juste mais compte tenu de l`état de nos économies africaines , il faudra bien que l`acteur institutionnel qu`est l`Etat , trouve des réponses sans retourner au Tout-Etat.Cela est d`ailleurs dit par Diallo dont j`entrevois l`implication dans la thématique prix-inflation.Enfin, je dois adresser un salut fraternel aux animateurs du "Laboratoire de la LIGUE" pour ce qu`ils peuvent faire pour la Guinée. *Diallo (il ne s`agit pas de Mamadou Oury) a raison de dire que les informations que les uns et les
Modibo Traore Londres, dimanche 12 octobre 2008
Merci infiniment Doyen. Quand vous ecrivez, il y`a toujours de la substance, des enseignements a tirer et une formation a acquerir. meme si quelques rares fois, nous avons eu des divergences d`opinion, vous demeurez pour moi et pour beaucoup d`autres, un modele d`equilibre, de justice, de justesse et du savoir. Vous etes une lumiere vivante. Vous m`avez beaucoup eclaire et continuez a me former. Que Dieu vous garde encore plus longtemps aupres de nous, afin que nous profitions davantage de vos immenses connaissances et de votre sagesse. Merci
DIALLO, dimanche 12 octobre 2008
Je suis content de vos différents articles. Mais les informations correctes qui concenent directement le guinéen lamda n`intéressent pas les pseudo-politiciens et sois-disants journalistes.La grande partie est passionnée par la gerre des sîtes en parlant de la GUINEE. Pauvre Guinée!
Mamadou Oury Diallo, Ontario (Canada), dimanche 12 octobre 2008
Mr Doré, je vous salut. Votre survol sur ces quelques concepts économiques est remarquable. Je partage l`affirmation selon laquelle "Politique et Economie" ne peuvent être dissocié. De même, pour un pays comme la Guinée, j`approuve absolument la nécessité de mettre en place un système efficace de contrôle des prix, ce fut dailleurs l`une de mes propositions à l`une des interview que j`ai accordé en debut d`année à nlsguinee.com, interview dans laquelle j`ai aussi fait état de "par où" prendre le torreau par les cornes (je puis vous envoyer cette interview sur demande). En effet, c`est une grande question que vous soulevez car, nous serrons bien d`accord que nous vivons aujourd`hui , malgré la nécessité d`une regulation, dans un monde d`Economie de marché". Or l`Economie de Marché est allergique à tout contrôle des prix. Au sein de l`économie de marché, et ça je ne vous l`apprend pas, le prix est le régulateur ultime car il permet d`équilibrer en tout instant et tout lieu l`offre et la demande sur le marché. Dailleurs, toutes les institutions financières internationales conditionnenet leur aide par des conditions, dont le respect des lois de l`économie de marché. Cependant,je conviens absolument que le respect de l`économie de marché dans des pays comme la Guinée nécessite des préalables fondamentaux dont: la lutte contre la spéculation dans les produits de base (riz, huile, carburant,...), l`égalité en information des opérateurs économiques et des consommateurs, et une corruption minimale. C`est en cela que au sein de la "LIGUE", nous intégrons absolument cette structure efficace de contrôle des prix dans notre plan de relance à court terme de l`économie, plan qui sera négocié avec la BM et le FMI. Une fois que cet organe est mis en place, il y aura des retombée absolument positifs sur le revenu des ménages et une certaine stabilité des prix , donc de l`inflation. Quant à l`inflation, en dépit de cet organe ad hoc de contrôle des prix, je crois qu`il n`y a pas un secret: il s`agit de ne pas dépenser plus que ce que nous avons, donc il s`agit pour chacun de serrer la ceinture. Ce point aussi a fait l`objet de plusieurs écrits dont je vous recommande( notamment l`interview que j`ai eu à accorder à nlsguinee.com en debut d`année). Comme vous l`avez mentionné dans votre analyse, cet espace n`est surement pas assez suffisant pour allez plus loin, mais je tiens déjà à vous féliciter et à vous informer que le "Laboratoire de la LIGUE" prévoit une série de conférences, de rencontres de travails et de cellules de recherches avec des personnages comme vous, envue de justement dresser de A à Z un plan de redressement socioéconomique à court, moyen et long terme en Guinée. Par ailleurs, la "LIGUE", jugeant l`organisation du symposium minier comme un sujet d`intérêt et de sécurité national, elle vous invite à y prendre position. Sincèrement!
Barry Tutankhamon, dimanche 12 octobre 2008
MR le Doyen vous etes pour moi une source de medecine tres importante a chaque fois que je vous lis, mon jardin s`elargit.Vous etes l`une des rare personnes qui m`apporte cette fraicheur que l`homme recherche dans la lecture. les idees sont claires et tout le monde trouve sa part de gateau merci beaucoup de votre travail

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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