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Les articles sur l'économie sont rares sur les sites guinéens. On a pourtant envie d'en faire de temps en temps mais cela n'a pas l'air d'intéresser les lecteurs qui ne portent leur attention que sur le domaine purement politique. Encore qu'économie et politique demeurent intimement liées (cf. l'économie politique). Ecrire d'ailleurs sur un "désert économique" comme la Guinée, peut risquer de conduire à des analyses théoriques ou à des recommandations sans lendemain. Je dis de la Guinée : "désert économique". Cette expression est incorrecte, il conviendrait de parler plutôt "d'économie souterraine", celle dont personne ne peut vous donner des indicateurs macroéconomiques fiables. Quand je dis que les écrits économiques ne semblent pas intéresser les lecteurs, je pars d'exemples que je vais rappeler. Il s'agit de trois articles que j'avais écrits et qui portaient sur: * La Guinée à la porte de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ? (Ce qu'est l'UEMOA, cette union de huit Etats de l'Afrique de l'Ouest, ses étapes depuis 1959, l'expérience monétaire guinéenne de 1960 à 2006). * Le deuxième article était intervenu à la suite d'une interview d'Alpha Sidoux Barry sur www.kibarou.com. Cet article s'intitulait : "Observations économiques sur l'interview de l'invité de la semaine du 8 au 14 juillet 2007". Cet article avait abordé les sujets suivants : le Conseil économique et social, l'intégration dans la zone monétaire du CFA, par quel secteur (agricole ou industriel) fallait-il commencer le développement en Guinée, les infrastructures économiques et sociales, seules richesses dans le développement? Alpha Sidoux Barry avait fait allusion à cet égard au grand économiste américain du XXe siècle, John Kenneth Galbraith (1908-2006). J'en ai profité pour présenter aux jeunes économistes guinéens les principaux ouvrages de cet économiste encyclopédiste. * Le troisième exemple fut, quand Ibrahima Capi Camara, Directeur du site www.kibarou.com avait eu l'initiative de créer une rubrique destinée à aider le citoyen lambda à comprendre des concepts couramment utilisés. J'avais fait dans ce cadre une première fiche sur le mot inflation etc. De ces trois exemples, il n'y eut pas de réaction. C'est dire que ces thèmes économiques n'ont pas semblé intéresser. Or les questions économiques impliquent tout le monde et dans mon esprit, il ne peut pas s'agir dans une intervention sur site d'internet à destination d'un large public, de se lancer dans des théories économiques. Ces théories ont d'ailleurs pour fondements les réactions et les comportements humains. Ainsi, on retrouve dans la théorie des prix ce que rapporte l'article d'Alama Diakité du journal L'Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com, intitulé "Toujours les prix élevés sur le marché" du 3 octobre. C'est un sujet d'économie concrète qui intéresse tout un chacun. Dans cet article, sont soulevés des aspects essentiels des fluctuations des prix : approvisionnements réguliers ou pas des marchés, contrôle des prix, l'Administration compétente en la matière, la sécurité et l'hygiène alimentaires, l'homologation des prix, l'évolution de l'inflation etc. Ces quelques références montrent que l'article de Diakité a trait à un domaine essentiel de l'économie nationale. Dans divers systèmes économiques, les prix ont été ou sont toujours la clé de voûte de l'organisation des marchés. Dans d'autres, ils n'en sont plus qu'un aspect. Dans ces cas, on cesse d'en faire l'instrument essentiel de la politique des revenus. La thématique des prix est généralement abordée sous divers aspects comme : a) La théorie et pratique des prix, b) La réglementation des prix. Il va de soi que je ne ferai ici qu'un survol de ces questions pour montrer ce qui pourrait être entrepris pour leur trouver quelques réponses dans le cadre d'une politique économique cohérente. Je reprends donc rapidement les deux axes indiqués ci-dessus. * a)Théorie et pratique des prix. Il s'agit de sujet sur lequel cogitent les économistes depuis les prémisses de la construction de l'école de pensée économique classique du XIXe siècle. Mais également des philosophes et des théologiens. Ces derniers se sont préoccupés du juste prix considéré non pas comme le résultat d'une confrontation, sur un marché, de l'offre et de la demande, mais comme une exigence de la morale et de l'équité. La pratique des prix s'est toujours imposée à tous les acteurs économiques et aux Pouvoirs publics. Il est arrivé des moments de l'histoire où l'intervention publique se justifiait par la pénurie et l'obligation pour des raisons politiques et sociales de répartir la rareté. Elle peut aussi intervenir dans le cadre de politique de revenus. Mais tout cela baigne dans un univers dont les économistes s'efforcent de schématiser les grandes lignes dans des théories qui peuvent paraître trop abstraites dans ce domaine si concret des prix. C'est pourquoi, cette note étant une réaction à un article du journal « L'Indépendant » de large public, je vais passer presque sous silence des développements de la théorie des prix. Il faut cependant signaler (ce que tout le monde sait) que les prix résultent sur un marché de la comparaison qui se fait entre les offres des vendeurs et les demandes des acheteurs. Dire que dans le cas d'une multiplicité de vendeurs et d'acheteurs, la théorie des prix a recours aux notions d'atomicité (grand nombre de vendeurs et d'acheteurs), de fluidité (l'offre et la demande sont fluides quand elles s'ajustent facilement l'une par rapport à l'autre), faire donc référence à toutes ces notions, dépasse le cadre de cette note. Il en est de même d'ailleurs des notions de marché, de concurrence, du facteur temps, de prix de monopole etc. *b) Réglementation des prix. En terme de politique économique, l'action centrale se porte sur la réglementation des prix. La portée de celle-ci est en fait très générale. Elle peut concerner des secteurs particuliers, et le caractère général de l'ensemble de la réglementation n'évite pas tout contentieux. Par exemple des prix libres appliqués en tels lieux géographiques ou de production et pas en d'autres. Mais la réglementation peut aussi s'appliquer à tous. Dans le cadre réglementaire général, des techniques variées existent : ***La taxation qui comporte divers systèmes: des prix taxés en valeur absolue, c'est-à-dire que le vendeur sait combien il doit vendre, l'acheteur à quel prix il doit payer, et dans ce cas, le contrôle peut se faire facilement. Mais ceci ne peut se réaliser que sur des marchés et sur des produits simples. Ainsi peuvent être facilement taxés, des produits agricoles ou alimentaires, des produits industriels, des services etc. Il peut exister des cas de cadre ou formule de prix comme pour décharger l'Administration d'une partie de ses responsabilités en matière de contrôle : les producteurs ou vendeurs fixent eux-mêmes, d'après leurs éléments de prix de revient mais suivant une grille établie par l'Administration de tutelle des prix. Pour les marges commerciales, la taxation peut procéder de méthodes variées comme celle des marges de valeur absolue ou celle des marges en pourcentage ou taux de marque qu'on ne va pas développer ici. ***Outre la taxation, la réglementation des prix peut porter aussi sur des régimes de blocages des prix. Ces régimes répondent normalement, en dehors de périodes exceptionnelles, à des situations temporaires pour atténuer les conséquences d'une grave crise monétaire, sociale ou politique, etc. *** D'une façon générale, les procédures de réglementation des prix doivent reposer sur : - l'établissement même des prix, d'après des données émanant d'entrepreneurs témoins types selon des justifications comptables indispensables, - l'intervention d'un Comité national des prix, - l'authentification de l'établissement des prix par le Ministère compétent et la publication des décisions arrêtées dans un Bulletin officiel des Services des Prix. On peut même penser à des règles de publicité des prix (ou certains prix) par la systématisation des pratiques de factures. Naturellement ces aspects supposent que l'Etat s'engage résolument à montrer la voie du respect des lois en vigueur. De tout ce qui vient d'être dit, une organisation des Services des Prix est une nécessité absolue. Ces Services doivent connaître les éléments constitutifs des prix (les matières premières, les salaires directs et frais généraux de fabrication, commerciaux et administratifs, les impôts et taxes, les marges bénéficiaires). Une fois les prix établis, il faut que les infractions constatées soient réprimées par la loi. En rappelant ces quelques éléments, il ne s'agissait nullement de donner des recettes en matière de prix. Je n'ai fait que survoler des aspects de cette vaste question des prix abordée par Alama Diakité. C'est en effet une question récurrente dans la presse guinéenne. C'est pour dire qu'il faut insister dans la presse sur ces problèmes de prix et d'inflation dont souffrent les Guinéens. Le Ministère du commerce ne devrait pas en rester, comme indiqué dans l'article de Diakité, à se dire "incapable de créer les services appropriés pour s'assurer de l'effectivité du respect des décisions en la matière". Mais alors, que fait-il dans ce ministère? Ansoumane Doré pour www.guineeactu.com
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