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Je ne suis ni médecin ni juriste pour juger de l'état mental de Dadis mais, malgré les subtilités de l'article d'Adama Sow, c'est un sentiment d'étonnement puis de consternation qui m'a envahi.
Adama SOW Laafa réalise ici une belle analyse académique et doit en être félicité mais me situant sur un site de large lectorat, ma réaction tentera d'éviter un débat de type universitaire. Je ne suis ni médecin ni juriste pour juger de l'état mental de Dadis mais malgré les subtilités de l'article d'Adama Sow, c'est un sentiment d'étonnement puis de consternation qui m'a envahi. Certes, Dadis et ses compagnons du CNDD sont des personnages frustes qui, du fait de disposer de kalachnikovs chargées à toutes occasions de balles réelles, se croient capables de gouverner la Guinée, mais ils ne doivent pas être facilement catalogués comme des fous pour éviter de relativiser leur forfaiture, même si telle n'est pas la position d'Adama SOW à n'en pas douter. Aucun de ces hommes n'est fou comme il est devenu courant d'utiliser ce qualificatif dans notre pays pour (inconsciemment) dédouaner les dictateurs criminels coupables et responsables de leurs méfaits sur la Guinée. J'insiste sur le fait que je ne veux nullement insinuer quoi que ce soit de malveillant à propos des intentions de l'analyste qu'est Adama Sow dans cet article. Je crois sincèrement que comme chacun de nous, il cherche à comprendre comment des hommes équilibrés, qui se déclarent patriotes, sont venus à exercer une répression massive aussi sanglante que celle du 28 septembre 2009 sur leurs compatriotes. Il est vrai que dans une telle situation la réaction de l'homme normal est de penser à ce que l'on appelle couramment la folie. Mais la propagation de ce type d’interprétation par un intellectuel comme Adama Sow peut s'avérer catastrophique au niveau du citoyen lambda dans le sens d'atténuer facilement en lui, la notion de culpabilité et de responsabilité de criminels politiques en Guinée. On a entendu, des années durant, dans notre pays, des gens reporter la responsabilité du Président sur son entourage ou sur d'autres circonstances. Il faut que nous sortions de ce transfert permanent de responsabilité. Il faut que les intellectuels guinéens arrivent à faire comprendre à leurs compatriotes que celui qui a recherché et accepté d'être le « Responsable suprême », « Le Général Président », « Le Capitaine, Commandant des Forces Armées », soit le premier responsable de ce qui peut arriver de bien ou de mal au pays. En somme, il faut sortir du domaine de la responsabilité constamment et volontairement atténuée pour détruire la sédimentation déjà solide de l'irresponsabilité et de l'impunité. Dans le cas de Dadis et de ses camarades du CNDD, voici des hommes qui ont organisé un coup d'Etat, pour disaient-ils remettre l'Etat-Néant laissé par Lansana Conté, sur les rails et le ramener dans un cadre constitutionnel par des élections transparentes en n'étant pas eux-mêmes partie prenante dans ces élections. Tout en criant leur bonne foi sur ces bonnes intentions, Dadis, le chef de cette camarilla, concentre toutes ses activités de propagande politique et tous les moyens (financiers et autres) de l'Etat pour la préparation de sa propre candidature aux prochaines élections présidentielles (janvier 2010?). Le même Dadis, sans aucun scrupule, affirme que les leaders de l'opposition tentent de « barrer la route à un jeune patriote (lui-même) que le Destin a conduit au pouvoir ». Le Destin, voilà ce qui conduit Dadis à s'accrocher au pouvoir. Où a-t-on vu un fou invoquer le Destin pour son avenir? Au sein du CNDD, l'idée répandue et toujours actuelle chez Dadis et ses compagnons était que ce sont eux, militaires, qui ont risqué leur vie pour conquérir le pouvoir, contre qui? On se demande, puisque Conté n'était plus en place. Bref, Dadis Camara, Sékouba Konaté, pour ne citer que les deux principaux chefs du CNDD sont les principaux responsables de l'imbroglio généralisé depuis 10 mois et des crimes du 28 septembre 2009.Il y a bien sûr tous les exécutants de ces crimes .Avez-vous noté parmi eux, un seul qui ait manifesté sa désapprobation de ces monstrueux crimes en donnant sa démission du CNDD et du Gouvernement? Leur appétit du pouvoir est au-dessus de cette humanité et si un cas similaire de manifestation du 28 septembre se reproduisait, je ne jurerais pas qu'on ne verrait pas les mêmes massacres se reproduire car ces militaires sont installés dans une culture d'impunité depuis longtemps. Rappelons seulement les 6 dernières années : juin 2006, 12 morts; janvier février 2007, 150 morts ; 28 septembre 2009, 157 morts et 1200 blessés (chiffres provisoires).Dans n'importe quel pays des cinq continents, à la suite d'une aussi grande tragédie , on aurait déjà observé de nombreuses démissions de responsables du niveau du genre CNDD-Gouvernement, même non directement impliqués dans les massacres. Même en Guinée où la vie d'un citoyen compte peu pour les dirigeants actuels, on aurait pu s'attendre à des démissions par dégoût de l'assassinat des 157 Guinéennes et Guinéens et des blessures infligées à 1200 autres. Au lieu de cela, les deux principaux chefs se disculpent : Dadis était, dit-il, dans son bureau mais sa garde rapprochée était de la fête « du tir aux pigeons », Sékouba était, dit-on, dans un avion, loin du théâtre des opérations. Des lampistes, qui ne méritent d'ailleurs aucune indulgence, sont montrés du doigt ou en voie d'arrestation. C'est le cas du Lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, aide de camp du Chef de la junte mais qui vient d'accuser sur guineenews.com son patron: « mon déplacement sur le terrain a été sur l'autorisation du Chef de l'Etat » dit-il notamment. Pour couronner cette situation de sommet de l'irresponsabilité, Dadis a mis en place, une Commission d'enquête permanente sur les responsabilités dans cette tragédie. Un autre aspect de notre drame national guinéen est que beaucoup vont se contenter de la version officielle des faits et même la propager, selon leurs intérêts personnels. Pour en revenir à ma réaction à l'article d'Adama Sow, j’affirme en mon âme et conscience (et je n'ai pas besoin pour cela du jugement d'un tribunal d'autant plus que le mien ne peut être assorti d'aucune sanction), j'affirme que nous avons en Dadis, en Sékou et leurs compagnons des criminels de la pire espèce. Leurs crimes sur le peuple guinéen ne peuvent que conduire la Guinée à plus de descente aux enfers. Ils ne savent rien faire de positif à apporter au pays. Ils ne justifient leur présence que par les armes pointées sur les Guinéens. Ils sont coupables et responsables des forfaits qu'ils commettent. Si Dadis était fou, il n'aurait pas fait, à plusieurs reprises, allusion à une éventuelle porte de sortie pour lui, vers une organisation internationale comme point de chute. On a, je le répète, jamais vu un fou se préoccuper de son avenir.
Il faut se réjouir de la position du Forum des Forces vives de Guinée (Partis d'opposition, Syndicats, Organisation de la Société civile) de ne pas se rendre à Ouagadougou pour rencontrer un personnage qui ne peut que leur proposer de le reconduire avec l'onction internationale dans le fauteuil qu'il occupe illégalement. Merci à l'opposition dont des leaders ont échappé de peu aux massacres, de cette synergie d’option commune. Je termine cette réaction au frère Adama Sow, à propos de la responsabilité politique, qu'en juriste, mais je ne vais pas le taquiner sur ce chapitre en n'étant pas juriste, il sait quel sort a été réservé aux chefs nazis au procès de Nuremberg (20 novembre 1945-1er octobre 1946). Sur 24 accusés, 3 ne se présentèrent pas, 12 furent condamnés à mort, 7 à des peines de prison et 2 acquittés mais il n'a pas été question de folie à propos de ces criminels. Ils avaient été reconnus responsables de crimes contre l'humanité. Le Guinéen que je suis espère que la responsabilité de Dadis, Sékouba et consorts pour crimes contre des Guinéens sera établie si nous réussissons à les traîner devant une juridiction internationale.
Ansoumane Doré (Dijon, France)
www.guineeactu.com
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