dimanche 9 novembre 2008
Réaction à l’article du Docteur Mamadou Diallo
Bernard Auger

Je viens de lire l'article du Docteur Mamadou DIALLO intitulé : « Jeunesse guinéenne, réveille-toi ! Tu as l'obligation de te battre pour tes droits ».

Entièrement d'accord avec ce qu’il écrit d'autant plus que j'ai pu le constater sur place pendant 7 ans. La situation n'est pas facile en Guinée et dernièrement j'ai reçu un e-mail d'un étudiant guinéen à Conakry que je ne connais pas mais qui a eu en main une photocopie de mon mémoire sur la corruption en Guinée : « si on n'est pas content parce qu'on crève de faim, parce qu'on ne peut plus vivre dans ces conditions de misère, parce qu'on ne peut plus se soigner, on essaie de protester mais l'État s'en fiche. Si on descend dans la rue, on nous tape dessus ou on nous tire dessus : voyez ce qui s'est passé en janvier 2007! Je vous en supplie aidez-nous! »

Cet étudiant a raison : mais que fait la communauté internationale pour aider cette population au lieu de donner des millions d'euros ou de dollars aux gouvernements guinéens successifs ?

Profitent-ils à la population ?

Pas tellement !

Pourquoi la presse Française et Guinéenne restent-elles sourdes aux articles qu'on leur envoie ?

Pourtant la communauté internationale sait ce qui se passe en Guinée, mais fait la sourde oreille quand on leur en parle de corruption, de non-respect des droits de l'homme, de mauvaise gouvernance etc...

Pourquoi la presse française et guinéenne, la communauté internationale ne dénoncent-elles pas le pillage des richesses de la Guinée par des investisseurs étrangers qui s'en foutent plein les poches au détriment de la population ?

Est-ce pour des raisons d'Etat ?

Le résumé ci-dessous très succinct de mon mémoire intitulé « Arnaque et Corruption en République de Guinée » est un témoignage d'un Français donnant raison au Docteur Mamadou Diallo :

Arnaque et Corruption en République de Guinée : Témoignage.

Français je suis resté 7 ans en Guinée à Conakry de 1995 à fin 2002. En 1995, j’étais ingénieur chimiste retraité, conseiller municipal en France depuis 1981, et également responsable national d’une association faisant de la formation aux élus locaux, membre titulaire de la commission départementale des sites et d’urbanisme à la Préfecture des Alpes-Maritimes et vice-président de la Fédération des associations du Sud-Est de la France pour la défense de l’Environnement.

J’ai été invité, sur recommandation et en tant que consultant international en décentralisation au sein d’une société guinéenne à Conakry, par le ministre guinéen de l'intérieur et de la décentralisation pour faire avec des hauts cadres de son ministère de la formation aux élus communaux dans les régions de la République de Guinée (Faranah, Nzérékoré, Kankan, Mamou, Labé, Kindia, Boké, Conakry) notamment sur les thèmes suivants : conseil communal, finances communales, coopération intercommunale, aménagement local et j’amenais au cours de ces séances auxquelles assistaient de très nombreux élus et responsables d’administrations préfectorales ou gouvernementales, l’expérience française dans ces domaines.

Après cette tournée de formation intitulée « Campagne de sensibilisation des Elus de Guinée », le ministre m’a demandé de rester en Guinée pour aider à la création d’un Centre International de Formation des Administrateurs locaux « C.I.F.O.D.A.L » au sein de la société guinéenne et à la rédaction du programme de formation. J’ai accepté car lors des déplacements indiqués précédemment j’avais été partout très bien reçu.

Pendant 4 ans j’ai travaillé au sein de cette société qui faisait également de la formation en secrétariat, en droit, en management et en informatique pour le compte de nombreux ministères.

Mais lors de mes déplacements dans les différents ministères j’ai pu voir de près ce que signifiait le mot CORRUPTION et surtout j’ai pu constater, hélas, l’immense misère qui régnait à Conakry à cause de cette corruption et que quand on voit des enfants et des femmes mourir devant vous dans la rue, comme je l’ai vu, parce qu’ils n’ont rien mangé depuis plusieurs jours ou parce qu’ils sont atteints de la tuberculose ou du choléra, on ne peut pas oublier ces terribles images !

Ne pouvant supporter de voir cela j’ai quitté la société et je me suis lancé dans des opérations humanitaires en prenant bénévolement plusieurs familles à ma charge sur les plans éducatifs, sanitaire, et alimentaires, et en participant à la lutte contre la tuberculose notamment.

J’ai sauvé ainsi des vies humaines et j’en suis fier. J'ai voulu aussi créer bénévolement de petites PME dirigées par des Guinéens avec du personnel guinéen formé sur place ou en France.

Un haut cadre de l’Administration m’avait dit, quand je l’ai entretenu de ce que je voulais faire pour créer bénévolement ces PME « il faut que tu t’entoures d’un douanier bien placé, d’un haut fonctionnaire de ministère, d’un commissaire de police etc... Tous les mois ils viennent hercher leur bakchich et tu peux travailler tranquille »

J’ai évidemment refusé de suivre ce conseil qui s’appelait CORRUPTION et qui était contraire à ma façon de voir les choses.

Je me suis donc lancé dans ces opérations de création de PME mais malheureusement, par excès de confiance et sans doute par naïveté auprès de gens que je croyais être des amis, je me suis fait arnaquer et voler par ces derniers qui faisaient partie de la mafia guinéo-malienne agissant en toute impunité car protégée par des hauts cadres du ministère de la justice guinéenne. En 2002 ces escrocs m'ont fait arrêter et incarcéré arbitrairement pendant 2 mois à la « maison centrale » de Conakry afin que je n’en sorte jamais (en prison on a même tenté de m’empoisonner !)

Sorti de prison grâce au consulat de France mais surtout essentiellement grâce à de hauts fonctionnaires guinéens que je connaissais et qui sont restés des amis, j'ai fait pendant 3 mois, protégé par des militaires en civil, mes investigations pour dénoncer publiquement cette mafia (durant mes investigations on a quand même essayé de me liquider 2 fois).

J'ai vu alors le ministre de la justice qui m'a présenté ses excuses, m'a promis de faire arrêter les escrocs, de me faire réhabiliter officiellement avant mon départ en décembre 2002 et de me faire rembourser.

Evidemment ces promesses n'ont pas été tenues : indifférence totale de l’administration guinéenne. Mais malheureusement ma plus grande déception en réalité a été aussi le fait que l’Administration Française, bien au courant de cette affaire, des menaces de mort et des tentatives d’élimination, n’a rien fait pour protester, me faire réhabiliter (ne serait-ce que pour non respect de l’article 9 de la Charte des droits de l’homme pour arrestation et incarcération arbitraires et non respect de l’article 8 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme : évidemment je n’étais pas une raison d’état !)

Comme disait un artiste Français Jean-Louis BARRAULT :

la dictature c’est « ferme ta gueule » (comme en Guinée par exemple)

la démocratie c’est cause toujours (comme en France par exemple puisque les problèmes de non respect des droits de l’homme, de corruption etc…qui se passent en Guinée et que je dénonce avec preuves à l’appui n’intéressent pas l’Administration)

Durant toutes ces années passées en Guinée, j’ai rencontré de nombreuses ONG, des responsables de dispensaires, des responsables de maisons d’accueils pour enfants handicapés, des responsables de la Croix Rouge, des représentants religieux venant en aide aux enfants abandonnés : TOUS, je dis bien TOUS, me disaient : « pourquoi la France tout comme l’Union Européenne, qui sont au courant de cette corruption, de cette misère, du non respect des droits de l’homme, de cette mauvaise gouvernance, de ce régime autoritaire et perverti, ne font-ils rien pour éradiquer d’abord cette corruption ?

En agissant ainsi ils se rendent complices (c’est ce que disait Mr Bernard KOUCHNER en janvier 2007 à propos de la Guinée dans une interview publiée le 31/01/2007 par l’AFP).

Les millions d’euros ou de dollars qu’ils continuent à verser au gouvernement guinéen pour aider le pays à se développer dans le domaine de la sécurité, de la santé, de l’hygiène, de l’industrie, pour l’aider à mettre en valeur les richesses de ce pays : profitent-ils aux habitants de ce pays ?

Malheureusement NON ; ou permettent-ils à des investisseurs peu scrupuleux hautement protégés, grâce à cette corruption, d’utiliser les ressources du pays pour leur propre compte ? »

On peut effectivement se poser la question et je ne suis pas le seul à le penser ! d’autant plus que parmi ces investisseurs ceux qui sont venus dans le but de créer des PME pour les Guinéens, ont du abandonner à cause de cette corruption institutionnalisée ou se sont fait arnaquer et ont du rentrer chez eux pour ne pas se faire tuer.

Quelques exemples, parmi beaucoup d’autres, de cette misère existante malgré l’aide financière de la France et de l’Union Européenne:

·         Un hôpital public Ignace Dean dans un état déplorable avec des services manquant de matériels, des tables d’opération dans des hôpitaux où le chirurgien est obligé d’opérer en montant sur un escabeau !,

·         Pas d’assainissement,

·         Une insécurité toujours grandissante, vols et agressions

·         Des routes non entretenues

·         La Guinée est un des pays les plus riches d’Afrique de l’Ouest dans tous les domaines et c’est même le Château d’Eau de l’Afrique : et pourtant la plupart des Guinéens, et notamment dans la capitale à Conakry n’ont ni eau, ni électricité.

Beaucoup d’amis cadres Guinéens, avec lesquels je suis toujours en relation, ont essayé aussi de s’insérer dans cette lutte contre la corruption, mais le plus souvent ils ont du abandonner à cause des menaces reçues ou de tentatives d’intimidation ; certains se sont même retrouvés à la maison centrale pour avoir dénoncé telle ou telle malversation ou tel ou tel détournement d’argent dans leur direction respective.

Comment peut-on parler de démocratie, de respect des droits de l’homme et de bonne gouvernance dans un pays où il y a toujours autant de pauvres ?

Tout cela je l’ai écrit à l’Union Européenne au Commissaire Européen pour le développement et l'aide humanitaire, ainsi qu’au Gouvernement Français en apportant les preuves de cette corruption et des arnaques continuelles de la mafia guinéenne qui agit en toute impunité en Guinée car hautement protégée.

Toutes les organisations humanitaires présentes en Guinée, tous les bénévoles, qui effectuaient en Guinée non sans mal un travail extraordinaire pour aider les Guinéennes et les Guinéens dans tous les domaines (éducatif, sanitaire, création de PME etc..), se rendaient compte et le disaient ouvertement, qu’un jour ça se terminerait mal, et que le peuple laissé à l’abandon par ses dirigeants et dans l’indifférence internationale, se soulèverait.

C’est malheureusement ce qui s’est passé en janvier et février 2007 et malheureusement des centaines de Guinéens ont été massacrés pour avoir dit tout haut ce qu’ils pensaient depuis longtemps tout bas et nous ne pouvons que nous incliner devant la douleur de ces familles qui ont tout perdu.

Un nouveau gouvernement a été mis en place, actuellement un autre lui succède et selon les informations que l’on peut lire sur internet et selon les témoignages nombreux que je reçois continuellement d’amis guinéens par e-mail, rien ne bouge, il y a toujours autant de misère, et il ne serait pas surprenant d’apprendre un jour une nouvelle révolte de la population guinéenne qui, celle là, serait encore plus dramatique et catastrophique.

Depuis que je suis rentré en France je n’ai jamais oublié ce que j’ai vécu et cette misère que la majorité des Guinéennes et Guinéens subissent. C’est la raison pour laquelle j’ai aussitôt adhéré en France à une association humanitaire qui aide les Guinéens dans tous les domaines en leur envoyant régulièrement des containeurs avec le matériel dont ils ont besoin avec sur place des responsables pour veiller à ce que le contenu de ces containeurs ne soit pas détourné de leur destination.

Un philosophe Français Michel FOUCAULT disait avec justesse : « J'ai toujours regretté que la corruption, qui attire tant de personnes sans scrupules, intéresse si peu les gens honnêtes »

Si la communauté internationale ne se préoccupe pas de cette corruption institutionnalisée en continuant à financer sans contrôle le gouvernement guinéen alors qu’il y a toujours autant de misère et de pauvres dans ce pays, si la charte Universelle des droits de l’homme continue à ne pas être respectée, alors l’avenir de la guinée risque de devenir catastrophique !

J’ai donc décidé d'écrire un mémoire sur mes 7 années passées en Guinée pour dénoncer publiquement ces arnaques et cette corruption ainsi que toutes les démarches que j’ai effectuées depuis 2003 sans succès en Guinée et en France pour que les droits de l’homme soient respectés, pour que le peuple guinéen que j’aime retrouve enfin sa dignité et puisse vivre dans la dignité dans tous les domaines.

De nombreuses copies de ce mémoire sont déjà entre les mains d’Administrations Française et internationale (ministères des affaires étrangères, ligue nationale et internationale des Droits de l’Homme, Union Européenne etc…) et de Guinéens en France, en Europe et en Guinée.

J’ai l’intention également de créer un blog sur lequel tous ceux qui ont connu des mésaventures en Guinée en voulant aider la population, tous ceux qui ont vu ce que signifiaient corruption et le non respect des Droits de l’Homme puissent apporter leurs témoignages. Sur ce blog je publierai mon mémoire ainsi que tous les courriers envoyés dans les administrations guinéennes et françaises et qui sont restées sans réponses.

Bernard Auger

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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