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Dans la première partie de cet article (cf. archive guineeactu.com), nous avions évoqué la théorie de l’inégalité des races (du Compte Joseph de Gobineau). Nous avions dit que cette théorie très controversée, s’appuie sur des différences d’ordre morphologique, anatomique, historique et socioculturel pour attester de l’infériorité intellectuel de l’homme noir. L’édition n’était qu’introductive, par conséquent brève. Mais, elle nous a permis au moins d’apprécier l’étendue de la diversité du trait pigmentaire - principal « facteur géniteur » de la notion de race. Mieux, elle nous a aidés à cerner quelques facettes mythiques de ladite théorie, notamment le mythe du surhomme blanc qui s’accompagne naturellement du préjudice de la primitivité de l’homme noir.
Afin de mieux étayer la contre argumentation précédemment amorcée, examinons tout d’abord les arguments plus ou moins raisonnés, qui sont érigés en preuves scientifiques en appui à la théorie susmentionnée.
Aujourd’hui, nous pensons à tort que le racisme scientifique est devenue caduque, parce qu’étouffé par des décisions politiques basées sur la nécessite d’établir l’égalité sociale entre tous les hommes sans aucune forme de discrimination. Pourtant, il suffit de fréquenter certains milieux sociaux, politiques et même scientifiques dans le monde occidental pour savoir que la réalité est toute autre. Ceux qui y reprennent ad litteram le raisonnement inepte du compte Joseph de Gobineau se font prévaloir de justifications basées sur des éléments de distinction notamment historiques, humaines, sociales et civilisationnelles, entre divers groupes identitaires de l’espèce humaine. L’étude de la forme et du volume crâniens (craniologie) de celle–ci, les études comparatives menées sur l’histoire du patrimoine scientifique des différentes populations de l’univers et les moyennes de leurs performances cognitives, font ainsi partie d’un large éventail d’approches utilisées pour légitimer la croyance à l’inégalité des races.
Il y’a un très large choix d'ouvrages littéraires sur cette question. Mais pour l’essentiel, retenons que le prognathisme, le teint foncé, un cerveau dit « plus rétréci et léger avec moins de circonvolutions en son sein », sont présentés comme des signes qui caractérisent les « Nègres » et qui témoignent de leur inintelligence. A l’opposé, les traits caucasoïdes notamment l’orthognathisme, le teint clair, le nez fin et la chevelure plus lisse, sont perçus comme des éléments qui font de l’intelligence naturelle, l’apanage de l’homme blanc.
L’«absence » sur le continent Africain, de véritables monuments littéraires, artistiques, architecturaux et scientifiques -fruit d’une construction historique intellectuelle, culturelle et collective, est un argument additionnel de taille qui soutient l’idée de l’inégalité raciale, mais qu’il reste possible de débattre. Feu Pim Forteyn, ex bouillant sénateur hollandais (tué par un fondamentaliste musulman, il y a quelques années) disait que toutes les inventions et innovations scientifiques sont l’œuvre du seul génie intellectuel des occidentaux (ce qui est faux dans la mesure où tout un tas de faits s’inscrit en faux contre l’affirmation).
Il n’est certainement point besoin de douter de l’existence du support biologique de l’instinct et de l’intelligence, mais ce qui en revanche apparaît très discutable, c’est la présomption qu’il existe des formes évoluées et des formes primitives des « gènes de l’intelligence », cautionnant l’hiérarchisation raciale au plan intellectuel.
Il faut également admettre qu’il existe une corrélation entre la race et le Quotient Intellectuel. Cela était également démontré dans l’article précédent. Toutefois, le QI ne peut être un instrument valide de mesure de l’intelligence dans la mesure où il ne tient pas compte de certains facteurs environnementaux (milieux de vie et d’évolution, nature et nourriture). S’il est donc vrai et vérifiable qu’en général les hommes noirs possèdent le plus bas QI moyen, la corrélation entre le QI et l’intelligence ne veut pas dire relation de causation. Ceci est un axiome non reconnu.
La différence en QI a des raisons beaucoup plus historiques et culturelles que génétiques (j’y reviendrai). Elle n’a rien de raciale car la subdivision raciale est principalement basée sur le niveau de différenciation du trait pigmentaire (teint). Mais le teint n’a de véritable importance qu’au plan physiologique. Biologiquement, nous possédons tous des cellules qui produisent une protéine appelée mélanine (pigment qui colore notre peau), sous le contrôle de nos gènes. Suivant son abondance, ce pigment fonce plus ou moins notre épiderme. Par ailleurs, l’ensoleillement, de par sa quantité et son intensité, influent sur la synthèse de la Vitamine D au sein de notre corps qui, pour se protéger, produit plus ou moins de mélanine. Les gènes clairs ont donc été sélectionnés récemment pour aider l’organisme à s’adapter physiologiquement à la demande de synthèse effective de la Vitamine D dans les zones moins ensoleillées. A retenir que la sélection est un processus très lent qui s’étale sur des milliers d’années.
L’étude des fossiles et d’une portion de nos gènes qui nous vient uniquement de notre mère (l’ADN des mitochondries ou organites biologiques se trouvant dans nos cellules) a permis de démontrer que les autres races sont issues des Noirs de l’Afrique. Cela dit toutefois, il faut signaler qu’il d’autres variations inter ou intra-raciales plus spécifiques et subtiles restent inexpliquées, c’est le cas de la diversification de la couleur des yeux chez les caucasiens (les blancs des Europes et d’une partie de l’Asie).
Mieux, au plan génétique, le génome (j’y reviendrai) humain est l’un des plus homogènes des espèces animales. Nos gènes sont exactement les mêmes dans leur séquence, exception faite pour 0.1% de leur total. Cette grande homogénéité génomique chez l’espèce humaine fait qu’il est impossible de soutenir la notion de multiplicité raciale chez l’homme. Chez les animaux, le génome fait souvent l’objet de variations, plus ou moins grandes. Ainsi parle-t- on par exemple, de races félines ou chimpanzés. Une petite précision s’impose à ce niveau. Il faut signaler que cette homogénéité chez nous, masque une terrible réalité. L’ADN support de l’informatique génétique est fait d’une succession de 3 milliards de nucléotides placés bout à bout pour former une chaîne à double brin déterminant. C’est l’enchaînement de ces nucléotides qui détermine le message ou code génétique (voir article suivant). Une dissemblance de 0.1% signifie littéralement que les génomes de deux individus pris au hasard varieront séquentiellement par quelques 3 millions de bases (nucléotides).
Malgré ceci, il y a un fait très curieux qui devrait nous convaincre de rejeter l’idée de race. Il a été noté que la variabilité génétique au sein d’une même race est souvent plus grande et complexe que la moyenne des variations interraciales (très négligeables).
En homme croyant, je me dois de rappeler que le hasard n’existe pas et que même le désordre le plus absolu, constitue un ordre en soi. Cela signifie qu’il y’a une raison à tout et tout est calculé et mesuré par Dieu. Le tout puissant a créé les conditions de diversification du trait pigmentaire pour nous permettre parmi tant d’autres raisons, de nous distinguer les uns des autres, de nous organiser dans notre espace vital et d’apprécier la diversité et la complexité de notre univers.
En effet, imaginez-vous quelle catastrophe c’aurait été, si nous avions tous été physiquement identiques en tout point. N’est-ce pas que ceci relève de l’omniscience divine ? Toutefois, ne nous perdons pas dans quelque exégèse religieuse. Continuons notre raisonnement.
Sur le plan historiques géographiques et culturels, il y’a des faits qui peuvent largement expliquer la différence raciale en termes de QI. Et prétendre que c’est la défaillance présumée de la cognition chez le Noir qui lui vaut d’être à la traîne en terme d’innovation scientifique et de développement socio-économique (cf. à la récente déclaration de James Watson sur l’inintelligence naturelle des noirs) est faire preuve d’inculture. Mais une telle déclaration venant d’un Européen ne peut étonner dans la mesure où c’est la version euro centrique de l’histoire Africaine qui est largement répandue dans le monde d’aujourd’hui. Par exemple, les avancées scientifiques de la cité mythique de Tombouctou sont mises en doute car avant l’arrivée des explorateurs, tel René Caillé (au 19e siècle), Tombouctou n’était plus ce qu’elle était entre le 13e et le 16e siècle. Elle avait été détruite, saccagée et ses œuvres intellectuelles pillées par le royaume marocain au 15eme.
Il est aussi absolument faux de croire que l’Afrique n’ait pas eu une histoire glorieuse. L’Afrique profonde a été géographiquement désavantagée car elle est évolué une bonne partie du temps loin des foyers des grandes civilisations (Afrique du Nord, une partie de l’Asie –vallée de l’Indus la Corne de l’Afrique etc.). De ce fait l’Afrique profonde n’a pas été exposée à la science moderne (l’Afrique a eu aussi sa science) qui est devenue par la force des choses l’apanage de l’occident. Ces faits qui ont désavantagé l’Afrique l’ont laissée à la portée d’autres peuples que des échanges scientifiques et culturels (avec une bonne partie des connaissances venant originellement de l’Egypte et de la Nubie Antique – toutes deux ayant été peuplées de noirs) ont exaltée. Cette Afrique désavantagée continue encore aujourd’hui de subir avec extrême intelligence, ruse et élégance l’exploitation (trahis souvent par une couche intellectuelle apte au lavage de cerveau).
Nous savons aujourd’hui que les facteurs environnementaux et culturels peuvent influencer l’aptitude d’un enfant à l’éducation par l’intermédiaire des phénomènes dits épigénétiques (voir article suivant). Dans la prochaine édition, nous visiterons le passé scientifique de certains peuples (races) pour démontrer comment ils en sont venus à dominer le monde sans que cela n’ait quelque chose à voir avec le volume ou la forme ou la constitution de leur cerveau.
Amadou Modibo Traoré (UK)
www.guineeactu.com
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