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La nomination de la syndicaliste Hadja Rabiatou Serah Diallo à tête du Conseil National de la Transition (CNT) a des dessous dont nous vous relatons quelques temps forts. Lisez.
La rumeur a couru les rues de Conakry près de 72 heures avant qu’un décret du président de la Transition le général Sékouba Konaté ne vienne lui donner corps le lundi 8 février dernier. La Secrétaire générale de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) Hadja Rabiatou Serah Diallo, membre du Forum des Forces vives de Guinée a été nommée en début de semaine au poste de présidente du Conseil National de Transition (CNT). Cette structure consultative qui aura entre autres tâches le toilettage de la Constitution guinéenne avant les élections présidentielles prévues dans un délai de six mois, à en croire la déclaration de Ouagadougou. Justement, cette déclaration que certains appellent "Accords de Ouaga" prévoyait la nomination d’un religieux à la tête de cet organe fondamental de la transition tel que le préconisait la transition relancée le 15 janvier dernier, suite aux négociations menées par le médiateur Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso. Certains observateurs qui ont la critique à fleur de langue n’y vont déjà pas par quatre chemins pour dire que les Accords de Ouaga ont été violés dans leur plénitude. Estimant que la non nomination d’un homme de Dieu à ce poste constitue un précédent grave dans le cadre du respect des Accords signés au moment où beaucoup de Guinéens ne croyaient plus en une telle sortie de crise rapide.
Alors, comment en est-on arrivé à la nomination de Rabiatou Serah Diallo à la tête du CNT ? Selon nos informations, cette nomination a été suscitée par ce qui s’apparentait à un début de conflit entre le Premier ministre Jean Marie Doré et la Secrétaire générale de la CNTG. On se rappelle que Hadja Rabiatou Serah Diallo a été battue par le leader de l’UPG et porte parole des Forces vives dans la bagarre pour le poste de Premier ministre, chef du gouvernement de transition. Pressentie par la suite pour occuper le poste de premier Vice-Premier ministre, la leader de la CNTG finira par renoncer à ses prétentions. L’opposition de Jean Marie Doré, dont le choix par les Forces Vives (comme le stipulent les accords de Ouagadougou) avait été confirmé par un décret du général Sékouba Konaté, y était pour beaucoup. Comme s’il fallait trouver un lot de consolation à la syndicaliste, des informations persistantes feront état de son possible parachutage au MATAP (ministère de l’Administration du Territoire et des Affaires politiques), qui aura un rôle déterminant à jouer dans l’organisation d’élections libres et transparentes. D’autres informations indiqueront que Raby était déterminée à occuper ce poste. Une fois plus, Jean Marie Doré s’y serait catégoriquement opposé.
Au final, la Secrétaire générale de la CNTG consentirait d’y renoncer à la seule condition qu’elle se retrouve à la tête d’un organe prépondérant de la transition comme le Conseil National de Transition (CNT). Comment a-t-elle pu y arriver ? Selon nos informations, le général Mamadouba Toto Camara y a joué un rôle important. L’homme le plus gradé de l’armée guinéenne et Vice-président du CNDD (junte), aurait mené un véritable ballet de négociations pour y parvenir. Ainsi, après s’être entendu avec les leaders du Forum des Forces Vives (où l’inquiétude était grande de voir cette structure secouée par une crise grave autour du cas Raby), le Général Toto avait la tâche ardue de convaincre les religieux de lâcher prise. Egalement pressenti au poste de deuxième Vice Premier ministre, celui qui occupe actuellement le ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, a usé de toue son expérience pour accorder les violons des religieux sur le cas Raby.
Ses arguments ? Il faut forcément éviter une crise en ce début de la transition. Car le Mouvement social auquel appartient la Centrale syndicale pilotée par Rabiatou Serah Diallo serait vigilant quant au traitement qui sera réservé à son poulain dans le choix des personnalités chargées de gérer la transition. Autre argument, la personnalité de la syndicaliste qui aura beaucoup payé de sa propre personne pour un changement positif en Guinée. Ce n’est pas tout. Le général Mamadouba Toto Camara a prêché pour une sorte d’équilibre religieux à la tête des institutions de l’Etat guinéen…
Ainsi, tant auprès des chefs religieux musulmans que chrétiens, l’officier supérieur de l’armée guinéenne s’est montré convaincant sur le cas de la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo. Il est vrai que la tâche n’était pas aisée, mais la sagesse des leaders religieux aidant, le général Toto a atteint son objectif.
Une fois le principe acquis, le premier Vice-président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) se retrouvera nez à nez avec quelques leaders politiques des Forces Vives. Ces derniers iront ainsi à la rencontre du général Toto Camara à son bureau pour finaliser les termes de cette proposition qu’ils se devaient de porter à la connaissance du président de la Transition. C’était le jeudi 4 février dernier. De ce pas donc, la délégation composée entre autres de François Louncény Fall (président du FUDEC et nouveau porte parole des Forces Vives) et de Mouctar Diallo (leader de NFD) et conduite par le général Toto s’en ira à la rencontre du général Sékouba Konaté à son domicile à Taouyah. Mis au courant de l’objectif de cette visite, le président par intérim se dira favorable à cette décision si elle était approuvée par les religieux, bref par les Forces Vives. Très chaleureux à l’égard de ses visiteurs, le général Konaté leur aurait demandé de hâter le pas pour aller rapidement aux élections. « La transition est déjà en marche. On doit faire vite », a-t-il dit dans la foulée. Bref, c’est dans une atmosphère bon enfant que l’entretien entre la délégation du jour et le président de la Transition s’est déroulé.
Le général Toto Camara et ses compagnons s’en iront donc très satisfaits de chez le nouveau chef du pays. Avec le sentiment d’avoir trouvé une solution à la question Rabiatou Serah Diallo.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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