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Hadja Rabiatou Sérah, Secrétaire générale de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), lève le voile sur les rumeurs de dissension entre les syndicats et les partis politiques.
Le Démocrate : Etiez vous présente à la réunion du Groupe de contact international sur la Guinée à Abuja. Si oui, quel est votre sentiment après ces travaux ?
Rabiatou Sérah : J’étais bel et bien avec le Groupe de contact à Abuja. Comme sentiment, je souhaiterais que le communiqué final qui a sanctionné les travaux de cette réunion, devienne une feuille de route, non seulement pour les forces vives, le CNDD et le gouvernement mais pour tout le peuple de Guinée.
Chacun doit pouvoir s’y mettre pour son application.
Les syndicats et la société civile ont appelé les travailleurs à consacrer les journées du lundi et mardi derniers à des prières et au recueillement en hommage aux victimes du carnage du 28 septembre. Cela annonce-t-il un bras de fer avec la junte ?
Non, ce n’est pas un bras de fer. Mais quand même humainement, quand il y a tant de victimes, et nous savons que ce sont les travailleurs et leurs familles qui ont le plus été touchés, on ne peut que procéder ainsi.
Je vous remercie d’ailleurs de me poser cette question, parce que je vais profiter de cette occasion pour remercier tous les travailleurs et leurs familles, la société civile, le patronat et tout le peuple de Guinée d’avoir observer ces deux jours de recueillement à la mémoire des victimes. Cela a permis à chaque Guinéen de méditer, pour dire qu’est ce que je peux faire pour la Guinée, afin que nous puissions sortir de cette crise.
Ce recueillement et les prières dans les mosquées, dans les églises vont servir à tout le peuple de Guinée, pour que la Guinée puisse se retrouver dans ces moments les plus difficiles. J’avoue que je remercie les travailleurs et les félicite. Et nous, nous devons continuer dans ce sens.
Certains observateurs pensent que les syndicats s’étaient désolidarisés des partis politiques lors de ce meeting. Qu’en est-il réellement ?
Ce n’est pas le fait de s’être désolidarisés ou pas. Mais sachez qu’en 2007, les leaders syndicaux étaient au premier rang de la contestation. On était là, les partis politiques n’étaient pas là, eux.
Si les partis politiques appellent un meeting, eux d’abord, ils doivent être au premier rang. Donc c’est ce qui est arrivé. Mais cela ne signifie pas que les syndicalistes ont fuit leur responsabilité. Nous, nous défendons d’abord l’intérêt des travailleurs. Donc, nous devons être dans la logique du travail, respecter les normes du travail, sur le plan national et sur le plan international. Donc c’est cela. Mais il n’est pas dit, que nous étions tout à fait absents du stade. Car les travailleurs avaient leurs familles là-bas. Parce que comme vous savez, on ne peut être Imam que quand on a des fidèles derrière soi. Et les fidèles là étaient là et moi je me considère comme Imam. Vous voulez que je dise que j’étais absente pendant que mes fidèles y étaient.
A votre avis, après ces massacres du 28 septembre, la junte est- elle encore légitime pour diriger la transition ?
Moi, je ne parle pas politique, moi je dis qu’il faut qu’on vienne autour de la table, il faut qu’on parle. Parce qu’on ne peut pas faire tout ce massacre, on ne peut pas dans un stade fermé, tuer des gens. Ce qui est effrayant dedans, j’avoue, c’est quand le chef de l’Etat dit qu’il ne maîtrise pas l’armée. Là vraiment, je vous renvoie la question de savoir quand le premier responsable dit, celui qui est le commandant en chef des forces armées, qu’il ne maîtrise pas ses hommes où allons-nous alors.
Voilà qui nous dérange en tant que travailleurs, ça nous effraie même.
Que pensez-vous de la nomination de Blaise Compaoré comme facilitateur de la crise guinéenne ?
Vous savez la dernière fois, j’ai dit le facilitateur ou médiateur, il ne vient pas de la moyenne Guinée, il ne vient pas de la basse Guinée ni de la haute Guinée, ni de la Guinée forestière donc c’est dire que il va venir pour nous laver le dos. Il faudrait qu’on se lave le ventre. Il faudrait d’abord que nous, en tant que Guinéens qu’on l’aide vraiment à être le bon facilitateur ou le bon médiateur. Mais quelque soit sa volonté, quelque soit son expérience si les Guinéens ne se prêtent pas à cela, ils ne l’aideront pas à trouver la solution à la crise. Et dans ces conditions ça sera voué à l’échec.
Donc d’abord, il faudrait que nous en tant que Guinéens, qu’on se mette à la tâche, qu’on arrive à comprendre, qu’on lui facilite la tâche de faire cette médiation.
Parce que de toutes les façons, j’aime le dire souvent, et je le répète à tout moment, même en temps de guerre ont fini par être autour de la table. Donc pourquoi ne pas commencer par cette formule.
Et c’est pourquoi chaque Guinéen doit être invité à la retenue, nous en tant que syndicalistes on ne pouvait pas rêver que les évènements de 2007 se répètent encore. On a dit qu’on ne voulait même plus qu’un poulet soit tué à l’occasion d’un événement, et voilà ce qui est arrivé encore. De toutes les façons, il faut qu’on trouve cette solution, parce que c’est un problème qui perdure surtout concernant l’armée guinéenne. Et nous en tant que syndicats, très tôt depuis au temps de Conté, nous avons suggéré à ce que l’armée soit restructurée, parce qu’on se pose toujours la question de savoir quel est le rôle de l’armée dans un Etat de droit. N’est-ce pas de protéger son peuple et non pas de le réprimer.
Ce qu’on vient de vivre relève de la responsabilité de tout un chacun, et au premier niveau de tous les responsables. Il faut que chacun prenne conscience, il faut que chacun accepte d’abandonner un peu de sa dignité, se remettre en cause voir plutôt la Guinée en face, que ces intérêts. Et c’est pour ça, aujourd’hui nous, notre préoccupation c’est comment sortir la Guinée de cette crise parce que nous, nous avons honte que la Guinée ait accédé à son indépendance en première position, donné ce bon exemple, et qu’aujourd’hui, on se retrouve en dernière position.
Les femmes ont été celles qui ont le plus souffert lors de cette répression sauvage, avec les viols collectifs qu’elles ont subis de la part des bérets rouges. En tant que femme, quel sentiment cela a-t-il crée en vous ?
Quel est le sentiment que je peux avoir que de dire que je suis violée. Je suis violée, c’est tout. C’est çà mon sentiment, je suis violée. Les femmes qui sont victimes, je considère que j’ai subi le même sort, je partage en moi cette douleur.
Ce qu’elles ont subi, et cela ne doit plus jamais, je dis bien plus jamais se répéter. Tous les hommes sont issus des femmes c’est nous qui avons enfanté, on ne peut pas en plein jour, même au Rwanda, les femmes qui ont été violées c’était dans des lieux un peu isolés, cachés, mais pas en plein jour et puis dans la rue.
Mais ce qui s’est passé en Guinée, nulle part ce genre de viol ne s’était encore passé. Violer et tuer en même temps, violer et enfoncer des baïonnettes dans les sexes des femmes. Ça j’avoue que je ne veux même pas en parler, parce que ça me fait mal, tant que j’en parle, je ne sais pas qu’est ce que je ressens, parce que je ne sais pas pourquoi un pays très religieux, on peut se permettre de faire ces genres d’actes ignobles, parce que ça c’est ignoble, ça amène une malédiction dans le pays.
Avez-vous un message particulier Hadja ?
Je voudrais que tous les Guinéens, hommes et femmes se ressaisissent, qu’on s’écoute, qu’on se tolère, pour qu’on trouve la solution au problème qui se passe.
C’est un problème qui est là, qui sévit depuis la première et la deuxième République. Si on ne trouve pas la solution à la racine même, nous n’irons pas de l’avant. Et chacun de nous est responsable. Il faudrait que les religieux puissent apporter leur contribution, que les sages se ressaisissent, qu’ils apportent leur contribution. Chacun de nous gère une famille parce que c’est sont nos enfants qui vont ramasser le lourd fardeau. Donc il faudrait qu’on arrive à resserrer les rangs et que nous soyons encore beaucoup plus solidaires, qu’on arrive à compatir avec ceux qui ont eu tous ces maux. La plaie est très profonde, il y en qui n’ont pas encore retrouvé leur cadavres, on ne sait pas s’ils sont morts, s’ils sont portés disparus, est ce qu’ils sont entrain de mourir dans des prisons, et la pauvreté est là, les gens n’ont pas accès aux soins de santé, à l’éducation à l’eau et tout ce qui s’en suit. Donc si nous approfondissons la crise dans le pays où nous allons ? C’est à la dérive, il faut que chacun puisse réfléchir pour apporter sa petite contribution.
Que chacun se dise d’abord la ‘’Guinée avant tout, pas de règlement de compte, pas de préjugés, mais la Guinée d’abord.
Propos recueillis par
Saïdou Hady et Alpha Amadou Diallo Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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