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Les réactions se multiplient après le putsch perpétré par le CNDD, au lendemain du décès de Lansana Conté. Celle de Rabiatou Serah Diallo, la secrétaire générale de la CNTG, a retenu notre attention. Interview.
L’indépendant : Quels sont les sentiments qui vous animent après la prise du pouvoir par le CNDD ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Il faut se féliciter car mieux vaut tard que jamais. L’intercentrale avait lutté pour le changement. Et tous les points évoqués par l’armée aujourd’hui, tout le peuple et le monde entier savent que ces points figurent dans les revendications de l’intercentrale. Nous avons prôné ce changement. Si l’armée prend aujourd’hui le pouvoir et essaye d’aller vers ce changement, on ne peut que s’en réjouir. Mais il faut quand même que le nouveau maître soit conseillé, encadré pour que chacun s’engage dans le changement et que le peuple bénéficie des résultats qui seront obtenus.
Pensez-vous que ce putsch est la solution pour mener la Guinée vers une transition apaisée ?
Vous savez entre deux maux, on choisi le moindre. J’estime que ce n’est pas parce que tout le peuple de Guinée veut que à tout moment que ça soit des militaires qui prennent le pouvoir. Vous savez aussi tout ce que nous avons vécu depuis 2003 jusqu’à maintenant. Il y a eu un déficit de confiance. Vous savez le 17 janvier 2007, on avait adressé une lettre à l’Assemblée nationale pour demander la vacance du pouvoir. Nous n’avons pas été écoutés mais plutôt traités de comploteurs. Lors des journées de concertation du mois d’août dernier, l’intercentrale a évoqué la même chose. Parce que, nous avions senti que le président était malade et affaibli et ne contrôlait plus la situation politique, économique et sociale du pays. C’est pourquoi nous avions demandé aussi la nomination d’un Premier ministre pour alléger un peu les fonctions du président.
Chacun sait le rôle qu’il a joué pour le changement. Même l’armée, puisqu’à un moment donné, on s’est posé la question de savoir quel est le rôle de l’armée dans un Etat de droit. Mais aujourd’hui elle s’est réveillée et a emboîté le pas du changement qui est irréversible. Il faut se féliciter aussi que ce changement ait eu lieu sans effusion de sang. Parce que l’on pensait qu’après Conté, on allait nager dans du sang encore.
Parlant de constitution, si la communauté internationale dit que la Guinée est sanctionnée, c’est parce qu’il y a un principe qu’il faut respecter. Mais ce qu’il faut savoir, la Guinée est dans une situation spécifique. Et déjà à plusieurs reprises cette même constitution a été violée. Sinon, le feu président avait bien voulu deux mandats de cinq ans chacun, mais son entourage a fait de telle sorte qu’on aille à sept ans. Les sanctions qui vont tomber sur la Guinée feront sans doute des victimes au sein de la population. C’est encore le peuple qui est victime déjà et qui va payer un lourd tribut. C’est en cela qu’il faut être flexible dans les sanctions. Il faut essayer de voir comment redorer le blason du CNDD. C'est-à-dire élargir le CNDD, créer même une autre structure comme on l’avait fait en 1984 avec le CTRN.
Qui peut favoriser une transition paisible. Le nouveau président a rendu, les partis politiques, les syndicats, la société civile, responsables de la tenue de la présidentielle en 2010. Mais il n’est pas dit qu’on est tenus d’accepter et de respecter cette date.
Justement les militaires ne respectent pas souvent leur parole quand ils promettent de rendre le pouvoir. Le cas du général Robert Guei en Côte d’Ivoire en est un exemple éloquent. Avez-vous des garde-fous pour les contraindre à ne pas suivre ce mauvais chemin ?
Ce n’est pas le syndicat seulement qui doit mettre des garde-fous. Mais aussi les politiques et la société civile. Nous mêmes déjà dans notre déclaration, on a dit que 2010 est trop éloigné. On peut jumeler les législatives, les communales et communautaires et l’élection présidentielle. Parce qu’il faut reconnaître que dans l’arène internationale, il y a eu des avancées démocratiques concernant les préparatifs des élections. Dire aujourd’hui qu’il faut reprendre tout, on va rencontrer des difficultés. Parce qu’il y a eu cette CENI, des moyens financiers ont été dégagés, je pense qu’il faut exploiter ce minimum qui existe déjà et le mettre à profit. Il faut qu’on puisse faire le jumelage de ces élections après un référendum pour la révision de la constitution qu’ils ont d’ailleurs demandé. Nous ne refusons pas une révision de la constitution, on l’avait demandé parce qu’aussi le poste de Premier ministre est anticonstitutionnelle aujourd’hui. On a à travailler sur la constitution qui demande un référendum. Je pense que si on s’y met (Partis politiques, syndicats, société civile) on pourra y arriver.
Mais l’élection présidentielle en fin 2010 est quand même trop loin pour le guinéen.
Pour le futur gouvernement du CNDD, allez-vous y participer ?
Je ne peux pas décider cela en tant que syndicaliste, il faut que mes mandants me donnent le mandat d’appartenir ou non, à un gouvernement.
Êtes-vous pour les opérations d’audit promises par le président, afin de faire la lumière sur la manière dont nos ressources ont été gérées ?
Vous savez, les nouveaux maîtres du pays ne font que dire ce que nous avons déjà demandé. C’est dans les accords que nous avons signés. Nous de l’intercentrale, on aurait souhaité que ces audits là puissent faire tourner la page définitivement en Guinée. Qu’est ce à dire ? Qu’on fasse les audits, l’état des lieux, afin de savoir qui est fautif de quoi. Qui a abusé des biens du peuple même si les personnes qui seront citées ne sont pas inquiétées ou arrêtées ou quoique ça soit. Mais il faut que le peuple sache que Rabi est fautive de çà ou ne l’est pas. Il faut qu’on arrive à éclairer le peuple cela est important.
Au Ghana par exemple, les membres du gouvernement avant leur nomination sont choisis après ‘’un concours’’. Chacun se présente, on examine ses dossiers, ont fait des enquêtes de moralité pour savoir qui tu es, même dans ta vie privée, pour savoir si tu pourras gérer, redresser et développer l’économie du pays. Après cet examen on fait une délibération au tribunal et c’est en ce moment que le président prend un décret pour nommer quelqu’un. Donc les gens ne sont pas nommés au hasard. Ceci est valable pour notre pas. C’est pourquoi, je suggère aux nouveaux maîtres qu’on réduise le nombre de partis politiques en Guinée à au moins trois. Cela peut résoudre le problème d’ethnocentrisme. Car aujourd’hui lorsqu’on prend un parti politique on voit derrière un visage ethnique.
Les Guinéens ne le méritent pas. Il ne faut pas qu’on laisse à tout le monde le soin de se lever un petit matin pour créer un parti dans son salon. Il faut que les guinéens se retrouvent derrière un ou au moins trois camps.
Pour ce qui concerne toujours les audits, quand on perle de lutte contre la corruption, de détournement de deniers publics, de révision des conventions dans le secteur minier, je m’en réjouis. Car nous l’avions demandé. Je suis toute heureuse que le CNDD ait levé la confusion en ce qui concerne la production minière. Certains se préoccupaient s’il avait était décidé de suspendre cette exploitation mais il s’agissait de la révision des conventions dont les résultats doivent être appliqués. Il faut que l’exploitation des ressources profite aux citoyens non à des individus. Moi j’ai toujours critiqué l’émission ‘’fait comme ton président’’ pour l’agriculture. J’ai dit que j’ai envie de faire comme mon président, mais je n’ai pas les moyens. Je n’ai pas la possibilité de me trouver un tracteur car même le minimum, la charrue, ou la houe, c’est encore difficile pour le paysan de s’en procurer.
Tenez-vous encore à ce que ceux qui ont tiré sur les manifestants en 2006 et 2007 soient poursuivis et condamnés ?
Tout ça se trouve dans nos accords. Nous avons dit quand on parle de l’impunité, il n’y a pas d’exception. Si ont veut panser la plaie, il faut qu’il y ait réparation. Et pour qu’il y ait réparation, il faut qu’on demande pardon aux victimes qui vont accepter parce que l’auteur a reconnu sa faute. Il faut que le peuple ne se sente pas brimé dans ses droits. Le nouveau président a dit qu’il va rétablir l’ordre, on va voir, on attend, on va l’observer.
Nous de l’intercentrale, sommes satisfaits, que l’histoire qui est très têtue, nous donne raison aujourd’hui. Parce que tous les points que le CNDD à évoquer, sont consignés dans un P.V (procès verbal) dans les accords tripartites. L’administration étant une continuité, on va voir. Nous sommes prêts à accompagner le changement prôné dans le sens du développement. Mais si tel n’est pas le cas, on ne peut accompagner. Pour le moment que les uns et les autres acceptent d’être ensemble pour échanger et discuter des problèmes du pays pour qu’on aboutisse leur solution.
Propos recueillis par Mamadou Siré Diallo et Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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