vendredi 8 janvier 2010
Rabat, capitale de la Guinée
Saïdou Nour Bokoum

M. Sekouba Konaté, le nouveau chef de ce qui reste du CNDD, n’était pas allé à Rabat pour s’enquérir de l’état de l’ex premier « magistrat » de cet organe militaire qui gérait l’Etat d’exception depuis ce 23 décembre 2008, quand le 3 décembre 2009, une balle mit fin à sa carrière militaire et politique. M. Konaté était convoqué par les principales puissances qui nous gèrent depuis quelques mois. Le Maroc, la France et les Etats-Unis d’Amérique. Chacun peut imaginer le rôle de chacune de ces puissances dans la crise guinéenne.

Ayant à peu près dit tout ce que j’avais à dire sur cette longue crise qui nous gouverne depuis plus de cinquante ans, je voudrais ici proposer quelques idées simples, nées de réflexions antérieures, dont certaines remontent à 2004, date de publication du Manifeste Guinée 2010, Odyssée de l’Impasse. D’après les images de la prestation de M. Konaté et le ton du texte lu, il semble que ses principaux pairs l’ont investi dans son nouveau rôle : Président de ce qui reste du CNDD. Dont acte.

Les Forces vives qui avaient accepté d’entamer un dialogue avec le Capitaine Moussa Dadis Camara, avec l’intercession de M. Compaoré, logiquement, devraient continuer ce dialogue, même si la réunion de Rabat semble avoir disqualifié poliment, M. Compaoré.

Donc voici la substantifique moelle de ce discours :

 « Opposition désignez un Premier ministre issu de vous ! »

En réalité, l’Oncle Sam, le Tonton de la Gaule et le Cousin chérifien, depuis Rabat, auraient pu ajouter, excusez le quasi blasphème :

« Je vous ai envoyé un messager issu de vous.. »(1)

Oublions pour une fois Sékou Touré. Oublions Lansana Conté, puisque nous avons déjà oublié Dadis et sa fosse, sa chambre à gaz aux dimensions du Stade du 28 Septembre.

Oublions la dissolution du CNDD, premier des 15 points d’un certain mémorandum remis au Groupe de contact et à M. Compaoré. Toumba s’en est chargé. Pour faire vite, je vais essayer de répondre aux questions que le nouveau Chef de la Guinée et ses « conseillers » d’outre-Atlantique ne se sont pas posées.

Le futur Premier Ministre devra être désigné par un organe législatif et non pas seulement par l’Opposition, ni seulement par les Forces vives. Pour ce faire, il faudrait des Etats généraux des composantes de toute la nation. C’est devant cet organe que ce Premier ministre sera responsable et non pas auprès d’un organe d’exception quel qu’il soit.

Cet organe aura auparavant confectionné les termes de référence précis, qui guideront les actions de ce Premier Ministre et de son équipe. Nous sommes nombreux à être devenus allergiques au concept de feuille de route, qui convient pourtant mieux que ce jargon tiré du marché de l’emploi, inventeur de technicien de surface au lieu de balayeur, ou femme de ménage, passons..

Des Etats généraux de la nation sont incontournables

Ils devront rassembler non seulement la centaine de Partis politiques, mais les Centrales syndicales, les deux sensibilités de ce qu’était le CNOSSG aujourd’hui fragmenté en deux (il n’y a plus seulement celle de Ben Sékou Sylla qui n’en est qu’une tendance), des représentants des Guinéens de l’Extérieur, des personnalités de la société civile qui ne se retrouvent pas exactement dans les CNOSSG. Cela fait beaucoup de monde, j’en conviens, mais il y va de la démocratie, de la solidité des nouvelles institutions dont la Guinée veut se doter, pour enfin aller vers cet Etat de droit, condition sine qua non du départ pour un développement digne de nos richesses naturelles et humaines.

Ce Premier ministre et son équipe devront, et ce sera formellement inscrit dans les termes de référence, refléter l’équilibre de nos régions dont les richesses naturelles et surtout culturelles ont été dévoyées, instrumentalisées par les mêmes commis dont on retrouve les pires espèces dans toutes nos ethnies.

Enfin depuis l’avènement du CNDD, nous avons perdu beaucoup de mois à marteler qu'il faut d'abord aller à des élections, en faisant l’impasse d’une parole libérée du Peuple qui avait pourtant dit clairement ce qu’il voulait en janvier et février 2007. On a fait des voyages couteux et inutiles à Abuja, à Ouagadougou, comme pour y planter des urnes. Après la "rencontre au sommet" de Rabat, et les oukases réécrites pour M. Konaté, prenons le temps, pendant un mois au maximum, d’assurer notre propre médiation.


Saïdou Nour Bokoum


Note (1) Saint coran, sourate 9, 3 ou 4 derniers versets.

PS : Lire plus, lire mieux, aller voir www.manifeste-guinee2010.org


www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Keoulenba, mardi 12 janvier 2010
Les mots n’ont donc de sens que quand ils sortent de la bouche des personnes qu’on aime ? Qu’a dit Konaté dans son discours qui n’avait pas été dit par DADIS ? Pendant que Dadis souffrait le chaud et le froid dans cette armée mélangée, Sekouba en tant que Ministre de la défense nationale a-t-il fait quelque chose pour débarrasser l’armée des bandits armés ? Non ! Il préférait souvent s’éloigner pour ne pas assister au drame. Dieu merci, les mots déjà dits par Dadis ont été entendus et compris par tous, quand Sekouba les a prononcé. Le béret rouge et la tenue de camouflage sont rassurant quand c’est un Sekouba qui les porte. Hey ! Le non dit, c’est que c’est Dadis CAMARA, le forestier qui était le problème, comme Eugène Bakary CAMARA l’a été une fois. Je prie que les choses aillent pour le mieux pour la Guinée et je prie Dieu de guider les pas de Sekouba sur ce chemin hanté par les loups de tout genre. A qui la prochaine balle ?
Saïdou Nour Bokoum, dimanche 10 janvier 2010
REPONSE A DES COMMENTAIRES SILENCIEUX Ci-dessous un éclairage de mon titre et de l’essentiel de mon propos, qui auraient surpris voire déçus d’aucuns, dont certains de mes amis : Etats-Unis, France et Maroc ont profité d`un récent séjour d`une semaine dans ce dernier pays du général Konaté pour le rencontrer. "Les Marocains l`avaient travaillé au corps, facilitant les discussions", se félicite le négociateur. Selon Rabat, qui ne les a révélées qu`après-coup, "plusieurs séances de travail ont été tenues directement avec le général Konaté ou alternativement avec de hauts responsables français et américains". Côté américain, il s`agissait du secrétaire d`Etat adjoint pour les Affaires africaines, Johnnie Carson. Côté français, d`André Parent, conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy. Un plan de partage du pouvoir conduisant à des élections a été soumis au général Konaté. En échange, Américains, Français et Marocains ont promis de former son armée et de lui fournir une aide technique. Le 6 janvier, l`officier a accepté publiquement de gouverner avec l`opposition, une décision aussitôt saluée par Paris, Washington et Rabat. Source : AFP PS : en cherchant bien, vous trouverz le reste de la dépêche sur certain site..

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011