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Communication faite par Adjidjatou Barry Baud à la conférence-débat organisée à Zurich (Suisse), le 10 octobre 2009, par l’Association des Ressortissants Guinéens et Sympathisant à Zurich.
« Mes sœurs et frères, Amis de la Guinée
En me demandant de vous parler du rôle de la femme dans le développement politique et socio-économique de notre pays, en 15 minutes, vous m’invitez, à la manière d’un athlète, à réaliser une véritable performance tant le sujet est vaste et d’un intérêt capital dans nos sociétés africaines et plus particulièrement en Guinée. Comment définir le rôle de la femme guinéenne dans le développement politique et socio-économique de la Guinée ?
La femme est un tout au service de la société guinéenne. Je veux dire qu’il est difficile de différencier son champ d’intervention en termes de politique, de social ou d’économie. Elle est foncièrement impliquée dans tous ces domaines. Cependant, pour les besoins de l’analyse, essayons de rappeler ses différentes activités ainsi que le demande notre présente rencontre qui est aussi un lieu d’échange d’idées.
La femme guinéenne a toujours a été présente aux côtés des hommes en politique. Ainsi, l’on peut citer des figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance de notre pays comme M’Balia Camara et du combat politique après l’indépendance, telles Camara Loffo ou Jeanne Martin Cissé… Elles ont été le levain de l’action politique des hommes par le soutien qu’elles leur apportent dans leur engagement. Parfois, elles sont même en première ligne lors des manifestations. Ce sont elles qui mobilisent les militants et poussent leurs époux au combat.
La femme guinéenne s’est très tôt affranchie de la tutelle de l’homme. Elle s’est vite retrouvée dans les rangs des forces armées à des postes de commandement comme cette première femme pilote de chasse. Ambassadrices des arts, elles ont formé des groupes musicaux comme Les Amazones de Guinée. On les a vues occuper des postes clefs telle que la Présidence de l’Assemblée générale des Nations unies.
Dans la douloureuse et longue histoire de notre pays, la Guinéenne a été et est la trame qui permet de maintenir le tissu social. Elle s’est battue, souvent seule pour élever les enfants après la mort prématurée du père de famille. Elle a toujours joué le rôle de sapeur pompier pour atteindre les foyers de tension. Par son implication dans les unions entre les composantes sociales du pays, elle a permis le rapprochement des différentes ethnies. Le mot n’est pas assez fort lorsque je déclare que la Guinéenne est le germe fertilisant des liens sociaux. Ce n’est pas un abus de langage non plus de dire qu’elle est le vecteur qui prolonge et perpétue la société à travers l’enfantement.
A travers le temps, la femme guinéenne s’est montrée entreprenante dans le domaine économique. Maîtrisant les ressorts de l’activité informelle, la Guinéenne est la nourricière, au sens propre comme au figuré de la famille. Elle mène des activités commerciales et marchandes. En ville, elle est sous la pluie, sous le soleil sur les marchés pour vendre les produits de ses activités artisanales et pour acheter les biens de première nécessité pour couvrir les besoins de base de sa famille (nourriture, logement, fournitures scolaires, soins médicaux…).
A la campagne, elle est la première sur les sentiers conduisant aux champs où elle cultive la terre, plante des cultures potagères et vivrières dont la récolte servira aussi à nourrir la famille.
La femme guinéenne est aussi quelquefois la banquière de la famille. Elle épargne le peu qui lui reste après les dépenses indispensables pour pallier les moments difficiles. Les tontines ou associations à vocation sociale sont l’une de ses activités au service du développement économique du pays.
Comme nous le voyons, la femme est au cœur de la société guinéenne. Elle intervient dans tous les domaines de la vie nationale. Mère nourricière, éducatrice, actrice sociale, elle est la passerelle entre les différentes composantes de la nation guinéenne.
Vous, frères guinéens, vous devez demander pardon à vos femmes en raison de vos comportements à leur égard. Vous savez bien tous les mauvais traitements que vous leur faites subir. Lorsque vous allez rentrer dans vos foyers, ce soir, mettez-vous à genoux devant elles et demandez-leur pardon. Peut-être laverez-vous ainsi les péchés qui portent préjudice à notre pays et l’empêchent de trouver la voie de la lumière, de la liberté et du bien-être.
Je vous remercie de votre aimable attention. »
La rédaction de www.guineeactu.com
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