mercredi 19 mars 2008
Quid du 31 mars 2008 : Guinée, et maintenant?
Ibrahima Diallo

La date du 31 mars 2008 a finalement de fortes chances d’être un jour du calendrier comme les autres bien qu’étant la fin de "l’ultimatum" lancé par les syndicalistes pour que l’Exécutif Constitutionnel se conforme à leurs volontés.

Malheureusement, les forces du changement semblent n’avoir toujours pas compris que la source de leur problème est leur association à cet "Exécutif ad hoc" dont le chef, M. Lansiné Kouyaté, a perdu toute crédibilité ; pire, il est certainement le principal obstacle au progrès du processus entamé. 

Accusé Conté n’est pas objectif car il ne fait que jouer sa partition comme tout bon politique l’aurait dans la même situation.   

En effet, les syndicalistes n’ont pas su se mettre au-dessus de la mêlée et se comporter en arbitre garant des accords dits tripartites. Ils ont, à tort, pensé qu’en créant une alliance objective avec ce gouvernement dit de "consensus" et Kouyaté, ils se procuraient les moyens et la pression nécessaires  pour faire plier notre Général. Erreur de jugement fatale au succès de la mission car leur partenaire, le PM, avait des desseins inavoués divergents par rapport à l’intérêt de la majorité des Guinéens. 

Que nous l’acceptions ou non, Lansana Conté est au moins constant et cohérent dans son attitude et son comportement depuis 24 ans: Dieu (autrement dit : les Guinéens) lui a donné le Pouvoir, seul Dieu doit le lui reprendre. Il fait ce qu’il faut pour le garder. A notre corps défendant, c’est politiquement de bonne guerre ; reconnaissons le !

Les syndicats de par leur comportement partisan rendent leur défense difficile lorsque l’Honorable J. M .Doré et le Doyen Ba Mamadou disent qu’ils ne peuvent se prévaloir de représenter le Peuple mais seulement les travailleurs : ce qui n’était pas juste il y a un an, mais aujourd’hui ils ont désormais des arguments pertinents pour le dire. 

Ceci dit, quelle fut notre surprise de lire que, pour contrer la hausse du prix du pétrole (essence), l’une des mesures envisagées était l’augmentation des salaires! Je ne suis pas économiste mais je sais que dans une atmosphère inflationniste, cette mesure ne fera que nourrir encore mieux l’inflation : augmenter le pouvoir d’achat va déplacer le point d’équilibre de l’offre et de la demande dans le sens de prix (déjà ascendants) plus élevés. 

Par contre, nous savons tous que le problème de la Guinée se situe au niveau des "fondamentaux", autrement résumé en deux mots : la mal gouvernance.

Et la réponse de La Palisse serait : il faut imposer la bonne gouvernance ! Le seul et unique remède passe par des décisions douloureuses sur le plan social et la remise en cause de tout le système et la manière dont le Pays a été gouverné jusqu’à présent.

Finalement 2007 aura été pour la Guinée une année "blanche" (comme cela arrive dans le milieu universitaire) malgré tous ces morts –martyrs pour que nous puissions vivre mieux et toutes les professions de foi que ce sacrifice ne serait pas vain. Nous avons entamé 2008 sous le signe de la division comme jamais auparavant et d’un désarroi général : la population avait, en pis-aller, reposé tous ses espoirs en ces accords tripartites et sur des syndicats et une Société Civile sensés s’assurer de leur application intégrale. Malheureusement, ces derniers semblent, pour certains, plus soucieux de défendre leurs intérêts personnels que de respecter les promesses faites aux Guinéens. Ils se sont substitués aux leaders politiques dans l’espoir qu’ils feraient mieux mais, hélas, le pouvoir de l’argent les a apparemment perdus.

Maintenant que faire ?

Une des solutions, comme  l’a suggéré un internaute, aurait été que nous fassions appel à l’ancien Président de l’Assemblée, le Vieux Biro (vraiment honorable) qui aurait fait le travail que nous attendons de lui ; si le schéma de sortie de crise actuel était maintenu : un gouvernement de consensus ou mieux, un d’union nationale.

Mais malheureusement même si son état physique le lui permettait, à moins que notre Général ne soit contraint, je crains qu’il ne mette son veto à toute nomination de l’Honorable Biro.

Ceci dit, la situation socio-politique à Conakry est si tendue et confuse qu’il est très difficile de prédire un scénario de résolution et sortie de crise : une partie des étudiants en grève, des enseignants payés en retard, une augmentation de 450 % (de FG  18 à +/- FG 81) du prix du sac de riz pour les militaires et surtout la population déçue des syndicats et la Société civile du fait de leur attitude sibylline ; ou tout au moins équivoque par rapport à un apparent support inconditionnel au PM, à ne pas confondre avec le Gouvernement (on peut soutenir ce dernier tout en se distançant de Lanciné Kouyaté ; vu que nous avons deux entités différentes en terme d’intérêts).

Nous ne savons plus à quel saint nous vouer !    

Vu la gravité de la situation, il serait donc sage d’éviter toute spéculation et jugement hâtif sur ce qui pourrait ou non arriver maintenant.

La Guinée est en quasi situation de banqueroute politique et financière.

Espérons seulement que la raison l’emportera sur la passion et que l’intérêt supérieur du Pays sera au cœur de toute décision !

Que Dieu sauve le Pays !

Ibrahima Diallo – "Ollaid", Londres, UK

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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