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Le propos d’aujourd’hui est consacré encore une fois à l’attitude et à la stratégie de nos acteurs politiques, notamment, nos opposants "bien aimés" ; raison pour laquelle nous les interpellons tout le temps : nous sommes frustrés de les voir subir la politique alors qu’ils auraient dû la faire ou tout au moins l’influencer. Commençons en vous faisant partager les citations ci-dessous ; pas dans le but être pédant mais pour baser nos propos sur les pensées de personnes références : « Le hasard n’a jamais encore satisfait les espoirs d’un peuple qui souffre » Marcus Garvey (noir activiste de la Jamaïque) « Le pouvoir ne s’obtient jamais sans exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. Découvre justement pourquoi un peuple va indolemment se soumettre et tu auras découvert la mesure exacte d’injustice et de torts qui lui seront imposés, et cela va continuer jusqu’à ce qu’ils résistent soit avec des mots ou des coups, ou les deux. Les limites des tyrans sont prescrites par l’endurance de ceux qu’ils oppriment .» Frederick Douglass (1815-1895 ; noir américain activiste abolitionniste, auteur) Dans la deuxième citation, nous qui écrivons des pamphlets, nous reconnaissons parmi ceux qui résistent avec des mots. Avant de continuer, mettons nous d’accord sur le rôle de chacun d’entre nous. Et pour ce faire, utilisons un exemple imagé du football : les hommes politiques - leaders et le Président de la République - sont les joueurs sur le terrain ; les institutions républicaines représentent l’arbitre du jeu ; et nous autres, le peuple, sommes les supporters et journalistes dans les tribunes les regardant jouer. Comme au football, c’est notre rôle de critiquer les attaquants qui ne marquent pas de buts et les équipes qui en encaissent en les vouant aux gémonies par dépit : après l’échec des accords de Marcoussis qui visaient subtilement à le déposer, le Président Laurent Gbagbo disait que « lorsque tu joues bien, même si l’arbitre est contre toi, tu vas gagner ». Morale : un bon joueur, même en politique, rehausse son jeu en fonction de l’adversaire. Profitons en pour dire que la politique est bel et bien un "jeu", certes potentiellement létal dans les pays en développement à cause de l’enjeu matériel qui l’accompagne : c’est le moyen privilégié pour faire fortune et devenir quelqu’un d’important (VIP). La nature ludique de la politique / du pouvoir s’explique notamment en Occident par l’attraction qu’elle / il a sur des personnes comme Berlusconi (le plus riche d’Italie), G.W. Bush et d’autres très fortunées pouvant s’en passer avec les avantages que procure l’argent sans les inconvénients de la politique : ces personnes en font pour le plaisir d’avoir le pouvoir et de l’utiliser pour un dessein particulier ou autre ; certainement pas pour s’enrichir ou pour une promotion sociale. Et puis, en regardant ce qui ce passe actuellement en Guinée entre les deux exécutifs - constitutionnel, Conté et ad hoc, Kouyaté -, la politique ne ressemble-t-elle pas à un "jeu" ? Au point que certains s’amusent même à compter les points marqués par chaque camp. Dans nos pays, les contingences matérielles ont changé les rapports que nous avons avec la politique. Si nous sommes d’accord sur ces prémices, continuons dans le vif du sujet. Après avoir lu les articles et interviews du Doyen Ba Mamadou, du Pr. Alpha Condé, M. Sidya Touré, M. Cellou Dalein et M. Bah Baadikko (avec les propos les plus réalistes), il faut reconnaître qu’ils nous ont plutôt laissé sur notre faim. Les diagnostics et solutions proposées sont admis de tous ; ainsi que leur vision, projet de société qui sont hautement désirables pour le Pays. Néanmoins, avant d’en arriver là le chemin est encore long et semé d’embûches. En tant que leaders de parti politique, nous aurions voulu savoir plus exactement leur position dans la crise actuelle (pas en langage diplomatique) et surtout quelle stratégie ils proposent pour s’inviter et influencer une sortie de crise devant conduire à l’apaisement puis à l’organisation des scrutins électoraux tant espérés - et pas attendre que les choses se passent. Malheureusement, les partis politiques se comportent en associations à but uniquement électoral. En effet, ils avouent leurs impuissance et désarroi en misant tous leurs espoirs de rebondir sur l’éventuelle organisation d’élections. Ils ne participent pas à la vie de la "Nation" sous prétexte que le gouvernement s’y oppose. Et à ce propos, référons-nous à la citation de Frederick Douglass : « Le pouvoir ne s’obtient jamais sans exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. (…) ». Le Pays traverse une crise sans précédent depuis son existence et les partis politiques attendent de façon "responsable" qu’on leur demande leur avis et d’être invités à intervenir ! Pas étonnant donc que le syndicaliste M. Ibrahima Fofana ait dit dans une interview (Infoguinee.com) : « les partis politiques n’ont pas été en mesure de faire face à leurs obligations(…) ». D’où l’intervention des syndicats à leur place : la nature a horreur du vide. Il est en effet très difficile de le contredire sur ce fait bien que, depuis, beaucoup d’eau ait coulé sous les ponts et que les syndicats ne se soient pas montrés meilleurs. Et à propos, le succès de M. Cellou Dalein, dernier arrivé dans l’arène politique, n’est pas un épiphénomène mais plutôt l’expression de la déception des militants du peu d’engagement politique des autres leaders, plus anciens mais si peu que point efficaces à faire naître un espoir de changement. Il n’est pas difficile de parier que si M. François Fall entrait en politique, il serait tout aussi populaire et pourrait, dans les conditions actuelles, être le seul challenger capable d’inquiéter M. Cellou Dalein. Il n’y a rien de pertinent à comprendre que ce sont les mêmes causes qui ont conduit M. Yayi Boni (relativement inconnu) au pouvoir au Bénin ; et à l’inverse en Côte d’Ivoire M. Laurent Gbagbo qui a toujours occupé le terrain, même dans la clandestinité, a fini par devenir Président de la République avec l’aide d’un Général Guéi naïf. Nous comprenons que, par soucis du maintien de la paix sociale, les leaders politiques ont voulu faire montre de retenue et respecter les injonctions du gouvernement. Mais est-ce que la lutte n’est pas aussi faite de défiance, de bras de fer et de compromis sans pour autant menacer la paix ? Pensons aux Mandela, Martin Luther King, Gandhi et aux pères de nos indépendances qui, face à la persécution, ont su trouver la force, les voies et moyens de résister dans la persévérance jusqu’à la victoire finale. Pourquoi pas vous ? Les leaders politiques semblent être les seuls à ne pas avoir compris que les élections n’arrangent personne d’autres qu’eux et le peuple! Ils attendent patiemment comme nous le public / les observateurs - qui ne sommes pas acteurs - que la nature fasse les choses. Pourquoi Kouyaté et les syndicalistes qui profitent de cette nouvelle donne vont-ils se presser d’abréger cette promotion avec l’organisation de législatives qui vont leur retirer leur "légitimité vox populi" et les avantages nouvellement acquis ? Comme en Côte d’Ivoire, le gouvernement peut se hâter très et très lentement au rythme d’une étape tous les six mois sans compter avec les inévitables problèmes techniques inhérents à tout projet. En Guinée, les législatives accusent déjà 18 mois de retard puisqu’elles n’auront pas lieu avant novembre 2008, au plus tôt. Pour finir, le Pays a passé une année "blanche" et n’accusons pas cette fois le Général, à moins que vous ayez des preuves irréfutables (même si sans surprise et logiquement il traîne les pieds) : il a laissé Lansiné Kouyaté et les syndicats gérer la Guinée pendant une année : résultat : le peuple souffre encore plus qu’avant ; alors que les hommes politiques, quant à eux, ont baissé les bras et semblent compter sur la fatalité. Et à ce sujet, rappelons leur encore une fois la citation d’en haut : « Le hasard n’a jamais encore satisfait les espoirs d’un peuple qui souffre». Que Dieu nous sauve ! Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK
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