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Nous savions à l’arrivée du CNND, que plusieurs petits groupes se voyaient vizirs à la place du Vizir. Dadis s’étant avéré têtu et finalement, pas aussi naïf et manipulable qu’ils l’estimaient, le commun des guinéens doit encore payer pour la versatilité de ces démocrates occasionnels qui revendiquent liberté et démocratie, lorsqu’ils sont enchaînés, servitude et prosternation lorsqu’ ils croient tenir le fouet et le gouvernail. Non, ceci n’est plus 1958-84 ou 1984-2008 !
Sa réponse à ces manœuvres des temps anciens est tombée, tel un couperet : c’est lui qui a pris les risques, pourquoi le céder aux marionnettistes.
Tous les moyens étaient bons pour réduire au silence ceux d’entre vous qui refusaient l’assimilation. Vos apprentis et vous qui êtes encore en activité, souhaitez faire pareil en 2009 ?
Pendant cinquante ans vous avez demandé de suivre le chef, auquel vous aurez promis de réunir le troupeau : obéit ou fuit, autrement tu périras, n’est-ce pas ? Vous ne direz la vérité à tout le monde (sauf le vrai destinataire) -comme vous le prétendez souvent- qu’une fois épuisés, tous vos atouts et tours de magie : contacts, relations et réseaux dites-vous.
Je dis « sorcellerie politique guinéenne » (c’est l’impression que j’ai toujours eu de ces tractations nocturnes entre bureaucrates et afférés de Kaloum, qui pourtant se côtoient toute la journée sur la presqu’île) qui, de nos jours, a lieu en plein jour au camp Alpha-Yaya, si ce n’est par le biais du net et autres voies de communication pour ceux qui sont outre-frontières.
Et vous voulez que nous jeunes -qui avons observé vos échecs et faiblesses, vos éternelles disputes, vos louvoiements, vos lamentations et surtout la division qui vous caractérisent, autour du chef dans le souci d’obtenir un petit quelque chose (ce sont vos termes pour la dépense)-, fassions le même chemin de croix ? Quelle générosité, quel amour ! Dignité où est tu ?
Pendant que vous vous entre-dévoriez, les autres bâtissaient des institutions et des industries. Qu’à cela ne tienne, il fût peut-être un temps ou ceux qui vous entouraient, étaient des moutons (selon vous et votre comportement à leurs égards), dont vous avez souhaité demeurer les éternels bergers. Cependant, vos faits et gestes ont vidés l’enclos et les brebis galeuses (que nous sommes) ont appris de vos faiblesses et échecs. Souffrez donc que l’on se marre de vos frétillements de comtes des temps modernes.
Quoi ? Sékou Touré et Conté étaient mauvais, Dadis est différent, il est parfait et irremplaçable, c’est l’homme providentiel, c’est Moise ? Oh, excusez du peu !
Croyez-moi, les jeunes de 2008 ont beaucoup appris de ceux de 1958 et 1984. Nous savons par exemple, que la vérité devient compliquée et difficile à retrouver, lorsqu’elle n’a pas été confiée aux bons soins de la justice. Ne vous y méprenez pas, nous voulons tout savoir, absolument tout. Nous voulons connaître tous les artisans de notre galère, piètre résultat du passif hérité malgré nous, de nos anciens. Le gap entre vous et nous, résulte du fait que des règlements de comptes, de justice partielle ou partiale, nous n’en voulons plus. Nous voulons des preuves, des procès, des enquêtes, de la transparence …, la totale quoi !
Et, le moment venu, nous ferons ensemble le bilan des actions de Dadis que nous comparerons à ceux de ces prédécesseurs, puis la postérité pourra alors juger son œuvre, ainsi que les nôtres. Pour l’instant nous refusons de lui faire un chèque en blanc, comme ceux qui ont été signés à ces prédécesseurs. Un homme avertit, deux fois, en vaut plusieurs ! Nul besoin d’être historien pour le savoir, il suffirait d’observer avec les yeux humains (il parait qu’il en existe pour les sorciers) la souffrance et le désespoir qui se lient sur les visages des autres 80% de Pareto.
Non, vous ne nous apprendrez pas à encourager un guinéen, nous serons très nombreux et très fiers de le faire lorsqu’il en créera lui-même, les conditions qui s’imposent. Mais d’ici-là, nous voulons que Dadis, ainsi que tous ceux qui lui succèderont, comprennent que l’intimidation par les mots, les maux et/ou les armes, ne passeront plus. Leur vocabulaire sera la notre ! Devrais-je être plus précis?
Non, Chers aînés !
De coupables-victimes (et vice versa), nous ne voulons pas en parler pour les cinquante prochaines années. Et il est temps que le trait d’union entre les deux, qui a déjà coûté assez cher et continue de vous diviser, disparaisse pour le bien de la postérité. C’est le rôle que nous voulons voir assigné à la justice.
Des hommes parfaits et irremplaçables, nous en voulons -tels ces héros connus sous d’autres horizons, que nous citons sans ménage, dans nos textes– mais, nous ne voulons plus de parfaitement irremplaçables en Guinée, tant la quête de cette perfection a saigné ce pays.
Non, nous refusons de participer au jeu d’amnésie sélective : elle ne sera pas collective, c’est sûr !
Nous ne voulons pas de demi-dieu, maître suprême et unique juge. Nous avons Dieu le Tout Puissant pour combler ce besoin, s’il en était. Bref, nous voulons des institutions. Suffit les instructions !
Faut-il encourager Dadis ? Absolument ! Comme tout bon fils/fille de cette nation, lorsqu’il agit pour l’intérêt de la population, cette dernière n’attend pas nos riches textes pour le manifester, unanimement d’ ailleurs.
Faut-il vraiment se disputer le mérite des bonnes décisions Dadissiennes, entre ceux qui adhèrent totalement aux idéaux du CNDD et ceux qui ont choisi de lui mettre de la pression dessus. Il a pourtant fallu ces pressions, nationale et surtout internationale, pour qu’il prenne des décisions et engagements, qui tiennent la route.
Et que oui, nous continuerons à faire appel à la Communauté internationale : nous préférons leur implication dans le processus de transition, à vos promesses messianiques d’un meilleur lendemain Dadissien. Merci, mais nous ne sommes pas parieurs !
Quoi, nous ne pouvons pas nous réjouir de voir nos souhaits se matérialiser, ne ce reste que verbalement, sans passer pour les ennemis de Dadis, mal reconvertis en lèche bottes ? Dadis n’a jamais été notre ennemi, et comme tout autre Guinéen, nul ne mérite plus que lui, d’occuper le fauteuil qui -faut-il le préciser- était vide. Pour nous, c’était clair depuis le début.
Mais voyons un peu les choses autrement :
- Nous avons demandé un organe qui soit charger de piloter la transition, des élections, le plus tôt possible, le respect de l’équité et la justice impartiale pour toutes et tous, une commission pour de vrais audits, à la différence de la mascarade actuelle. Bref, un retour à l’ordre civil et démocratique, le plus tôt possible. Vous y avez compris : éviction de Davis.
De Dadis, nous avons obtenu son engagement :
- De mettre en place un conseil qui pilotera la transition. Ce que nous réclamions, lorsque vous prétendiez que si l’on est contre Dadis, alors on est pour Somparé.
- De rendre le pouvoir aux civils, en organisant des élections au plus vite, et donc, retour à l’ordre civil dans un délai supportable.
- De laisser la justice faire son travail, impartialement.
- De rester neutre entre les politiciens.
- Etc.
Parlant du pouvoir, il reconnaît qu’aucun régime militaire n’est viable de nos jours, alors que vous souhaitiez qu’il s’éternise au pouvoir, qu’il prenne tout son temps (ce sont vos mots) pour nettoyer, qu’il punisse tous les coupables, dont vous déteniez les listes avant enquête. Bref, qu’il fasse tout, selon sa volonté, la vôtre en fait. Shut, le chef a parlé !
Etes-vous réellement victorieux ? Ou criez-vous encore victoire, malgré-vous, comme le 23 décembre, avant que vous découvriez que le Joker est en fait un champion aux échecs, qui finira par déclarer tous les gageurs des grands casinos politiques perdants ?
Ah oui, les audits sont menés tel que vous l’avez souhaité, résultat : tous ceux qui devraient être châtiés -selon vos calculs- sont encore libres, à défaut d’avoir été blanchis. Nous vous concédons volontiers cette victoire.
Chers compatriotes, trouvez l’imposteur !
Peut-être que Dadis en sait quelque chose, lorsqu’ il dit que c’est l’entourage de Conté qui était pourri. Le sien a-t-il compris le message ? Pourquoi inventer des ennemis à celui qui n’en demande point ?
L’on ne peut interdire au peuple d’être frustré : c’est fou de le prétendre ! C’est une évidence immuable que cette frustration résulte du comportement de la classe dirigeante et des conseillers tout genre qui, tels les démons de l’enfer auxquels la mission a été confiée de recruter des âmes pures pour leur seigneur, veulent entraîner tout le monde dans leur sillage. Le hic est que les derniers ont reçu un mandat clair de leur patron. Dadis aurait-il mandaté quelqu’un ?
Par contre, l’on peut demander, voire exiger, du leadership, qu’il adopte des comportements rassurants pour la prospérité et la pérennité de la nation dans son ensemble. Est-ce un péché, pour que nous soyons condamnés à vous suivre aveuglement ?
Cet exercice est moins onéreux pour la nation et plus juste, pour qui veut l’être, que l’embastillement populaire dont sont friands, les dictateurs et maîtres de la pensée unique.
Vous vous confondez aux âmes sincères qui désirent voir le CNDD, rester pour les bonnes raisons. Vous usez de leurs arguments, pour justifier ce que nul n’est censé connaître/comprendre : votre désir d’être Khalife à la place du khalife.
- Non, nous ne vous aiderons pas à en faire un monstre. Ce sera un Guinéen exemplaire, malgré le jeu de jambes et les grands écarts, comme si on en avait peur. Les brebis du voisinage se marrent inlassablement des bergers sans bâton, dont l’enclos s’est vidé.
Nous étions parfaitement au courant des manœuvres qui avaient cours, avant le décès de Conté. Dadis est une grosse déception, n’est ce pas ? Ce n’est pas à nous de payer pour les dégâts causés par le Joker devenu chef. C’est çà, la politique : tel un biscuit, on a beau calculer, jamais il ne brise au point souhaité.
Vous ne soutenez pas Dadis plus que nous§ Le seul point de discorde est que vous voulez qu’il vous rende service, tandis que nous, nous voulons qu’il rende service au peuple et non aux nouveaux clans, encore moins les anciens.
- Non, vous voulez qu’il reste le temps qu’il faut pour vous installer confortablement.
Arrêtons le vacarme ! Les campagnes de terreur collective et de contorsions verbales, où l’on fait croire que l’autre est un démon parce qu’il contredit le chef, ne peuvent plus fonctionner. Aussi populaire qu’Obaldia l’est, il n’a pas obtenu 100% de votes. Dadis pourrait essayer de faire mieux en termes de popularité, il faudrait toutefois qu’il garde en mémoire ceci : la dictature naît de la pensée unique, et la démocratie, de la contradiction.
N’essayez pas de lui faire croire le contraire, je vous prie !
Rassurez-vous, cher frère Dubalaye, la Guinée est prête pour le changement, nous devons juste préciser quelques trucs de temps à autres, pour aider ceux de nos compatriotes qui éprouvent de la résistance au changement.
Vous savez, ceux qui étaient des 20% de la loi de PARETO, ainsi que ceux qui aspirent à les remplacer, pour jouer les mêmes rôles, tout en faisant croire que le sorcier, c’est l’autre.
Courtisans Plumitifs, me diriez-vous. Distributeurs de somnifères, je préciserai.
Guinéens, si nous n’avons pas compris le jeu depuis 1958, il serait temps pour le grand réveil en 2009. C’est une histoire de clans et non d’ethnies. Ne nous laissons pas entraîner dans le cauchemar qu’ils vivent.
Woulé Bara Gnon !
Boubacar Barros Diallo
pour www.guineeactu.com
NB : Le lecteur est prié de comprendre ceci : les uns ne sont pas nécessairement les autres
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