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La démocratie est, de loin, la meilleure forme de gouvernement. Dans un pays démocratique, les questions de sensibilité politique, ethnique et sociale sont gérées équitablement.
Il n'y a aucun mythe: cette simplicité de la démocratie est due au fait que la loi est au-dessus de tous. Tous, sans exception.
Pour revenir à notre processus de démocratisation, en Guinée, il y a lieu de noter un fait réel. Un fait qui pourrait compliquer pour les Guinéens la réussite de leur processus démocratique.
Le RPG d’Alpha Condé et l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, aucune de ces formations politiques n’est en train de faire le maximum pour expliquer le danger des élections mal organisées. Ou le danger des élections organisées pendant que la population guinéenne est totalement divisée.
Ne tournons pas autour du pot. Aller vite aux élections n'est pas l'objectif principal. Mais que les élections s'organisent dans un climat serein et prometteur.
Un président élu dans un climat serein et prometteur, pourra gouverner aisément.
Que le futur président soit Cellou Dalein Diallo ou Alpha Condé, si la population est divisée, la gouvernance sera difficile, voire impossible.
Aucun des deux candidats n’essaie d'adapter son discours aux circonstances actuelles: les tensions ethniques.
Les discours des deux candidats sont extrêmement pauvres dans ce sens. Les points sensibles ne sont jamais au centre des préoccupations.
D'une part, le discours officiel du leader du RPG est très passionné. Et la grande majorité de ses militants répondent par la passion.
D'autre part, si Cellou Dalein Diallo est sobre et réconciliateur dans ses discours, la grande (très grande) majorité de ses militants sont passionnés et prêts à tout.
C'est bien dommage!
Que les discours changent. De préférence que les deux candidats du deuxième tour démissionnent si les tensions doivent rester telles qu'elles sont aujourd'hui en Guinée.
Que la grande majorité des militants du RPG s'éloigne du "préjugé" que "le Malinké est le seul capable de gouverner en Guinée; que le pouvoir est dans son sang".
Que la grande majorité des militants de l'UFDG arrêtent des propos "irrationnels", tels que "c'est le tour des Peulhs de gouverner en Guinée".
Des discours pareils ne font l'affaire d'aucune formation politique. Le pays sera divisé et, comme conséquence, la souffrance continuera.
Mais un autre danger, c'est que les militaires auront toujours l'argument de garder le pouvoir.
Bien évidemment, dans des circonstances d'instabilité totale, les militaires seraient les bienvenus. Car au moins, avec les généraux, la neutralité est garantie. Ce n'est ni le Peulh ni le Malinké ni le Soussou ni le Forestier au pouvoir. On dira les militaires au pouvoir. Ce qui baissera les tensions.
Mais, réellement, voulons-nous, encore, ce genre de régime militaire?
Le RPG et l'UFDG doivent descendre sur le terrain et approcher leurs militants en leur disant que ce qu'ils font n'est pas raisonnable. Que chacun s'adresse particulièrement à ses militants en les fustigeant de critiques.
Que les deux formations du deuxième tour professent la philosophie de vivre ensemble. Pas la philosophie académique, mais la philosophie pratique.
Les préjugés doivent disparaître. Leurs origines doivent être démenties. Les superstitions doivent laisser leur place à la raison.
La démocratie est bien, mais aussi et surtout ses valeurs. Un pays plein de préjugés et de superstitions réussira très (très) difficilement son processus démocratique.
Aux leaders politiques, notamment, Alpha Condé et Cellou Diallo, des intellectuels, des sociétés civiles de prendre leur responsabilité.
Vouloir gagner les élections, c'est bien. On conquiert les autres. Mais si on ne se conquiert pas soi-même, l'entreprise est vouée à l'échec.
Faisons la campagne en informant et en éduquant. La Guinée étant majoritairement analphabète, les discours politiques doivent être raisonnables et adaptés.
Les leaders de l'Ufdg et du Rpg sont des intellectuels. Des intellectuels de formation universitaire. Lorsque nous allons à l'école, c'est pour apprendre, bien évidemment. Pour apprendre à penser, juger et raisonner.
Sans aucun doute.
Parce qu'ils savent au juste quel type de discours il faut donner à une population frappée par l'analphabétisme.
Ils ne le font pas!
Naby Laye Camara Membre de l'UFDG Secrétariat de l'UFDG Belgique
www.guineeactu.com
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